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Étonnements

 

Cette nuit, j’ai fait un rêve.
Mon père, d’abord, m’interpelle, lorsque je sors de ma chambre. Je m’apprête à partir travailler. Il me demande si je serai revenu à temps (pour quelque chose à faire avec lui qui n’est pas précisé). Cette contrainte, que j’avais oubliée, m’énerve un peu : je lui dis que je ne peux décemment pas partir deux heures avant la fin de mon service. Je ferai mon possible pour quitter à 15h30, mais j’ai une heure de route pour rentrer.
Il n’insiste pas. Puis, il me raconte qu’il a rendu service, comme convenu, pour le Club dont je fais partie. Mais lorsqu’il a émis des suggestions, il a bien senti qu’il n’était pas le bienvenu. Je lui raconte qu’Annie, la cheffe du protocole, a probablement eu peur qu’il s’immisce un peu trop dans le fonctionnement et les règles. Après tout, faire partie du Club est une question de cooptation. Il me répond que c’est Jean-François qui avait demandé des volontaires pour récupérer des costumes de théâtre et, comme c’était près de Langres (le nom de Montigny-le-Roi est cité), il s’était proposé. Il a ainsi rendu service, mais je lui fais comprendre qu’il ne peut aller plus loin, ignorant les usages du Club. Il est contrarié : « Maintenant, je ne ferai plus rien ».
Le rêve se termine là. Je me réveille.
D’une manière générale, mes rêves suivent une logique sans faille, une cohérence étonnante dans leur déroulement. Mais là, une fois réveillé, la réalité de ce songe me sidère au cœur de la nuit. J’ai retrouvé exactement les attitudes, la voix, les intonations de mon père disparu depuis cinq ans. Dans ce rêve, il était cependant en forme, plus jeune, et moi également, puisque m’apparait de façon précise, dans la première partie du rêve, que ce sont les dernières journées de mon travail, avant donc mon départ de l’entreprise, disons vers janvier 2017. L’irruption des personnages que je côtoie habituellement (Annie, Jean-François) ainsi que leurs rôles, rend crédible l’anecdote racontée.
Je n’ai pas l’habitude d’interpréter les rêves. Mais celui-ci, qui met en scène mon père, me trouble profondément. Depuis qu’il est parti, il m’arrive de m’adresser à lui, comme on le fait avec des personnes qui ont beaucoup compté. Dans telle situation, aurait-il agi comme cela ? Ce genre de pensées me traverse fréquemment. On cherche également des signes d’une existence spirituelle encore vive. Le lustre qui s’est décroché du plafond de manière inexplicable quelques mois après son décès dans la maison qu’il a occupée pendant 40 ans, était-ce une marque de sa présence immatérielle ?
Ainsi, j’ai toujours pensé qu’il me guidait depuis l’au-delà, c’est une façon de rendre l’absence plus supportable. Les décisions, que je continue à prendre pour ma mère, c’est lui qui me les suggère encore aujourd’hui.
Alors forcément, sa présence si vivante dans mon rêve est source de questions : qu’a-t-il voulu me faire comprendre ? Quelles leçons, conseils, prémonitions, puis-je en tirer ?
Son renoncement à la fin de ce songe (« Maintenant, je ne ferai plus rien »), je le perçois d’abord comme un désappointement, une hésitation qui lui ressemblait peu. Il est aussi question d’incommunicabilité, de la difficulté d’appréhender tous les points de vue, des tensions que cela provoque entre les êtres. Est-ce à dire que les certitudes que j’ai cru percevoir depuis son départ sont remises en cause ?
Mais il est possible également que j’interprète mal le « Maintenant, je ne ferai plus rien ». Ce peut être, non pas un désappointement, un désenchantement, mais, au contraire, une affirmation, une proclamation : « Maintenant, je ne ferai plus rien, je te laisse désormais libre de décider sans forcément m’en référer ». C’est, de sa part, une manière de dire : je suis mort et bien mort, prend tes aises. C’est un passage de flambeau et une liberté nouvelle.
(05/03/2026)

 

Il y a tout juste un mois, dans cette même rubrique, j’ai évoqué le traditionnel bilan annuel de mes courses à pied. Cela fait en effet dix-sept ans que je trottine plus ou moins gaillardement. Je m’y suis mis tard, à plus de cinquante ans, mais je n’ai toujours pas arrêté. Ainsi, tout en relatant mes modestes entrainements de l’an passé, j’espérais continuer sur la même trajectoire pour l’année nouvelle.
Or, quelques jours plus tard, l’occasion m’a été donnée de m’inscrire au cinquantième cross de Sceaux. Je n’ai pas longtemps hésité : je connais bien le parc de Sceaux qui allait accueillir la compétition, c’est un endroit magnifique pour courir. Je n’ai pas hésité non plus longtemps pour le format de la course. Le cross de 5 km me paraissait un peu court en distance, moi qui ai l’habitude d’en rajouter un peu plus à chaque entrainement. Donc, j’ai choisi le format maximal de 10 km, l’épreuve-reine comme on dit. Je n’ai pas tardé à m’inscrire, le nombre de participants étant limité pour ces deux cross.
Mais, une fois l’inscription finalisée, il me restait tout juste trois semaines pour m’entrainer et je n’avais pas couru une telle distance depuis l’automne dernier. J’ai ainsi augmenté mon parcours habituel d’environ deux kilomètres, j’ai couru jusqu’à trois fois par semaine et j’ai testé l’épreuve en dépassant quelque peu la distance requise. Bien entendu, mes performances s’amoindrissent d’année en année, conséquence de l’âge, mais ce regain d’activité m’a conforté dans la possibilité de terminer ce cross dans une fourchette de temps que j’espérais ne pas dépasser.
Le jour J, bien-sûr, beaucoup d’interrogations : est-ce que je ne suis pas trop présomptueux ? On annonce de la neige, c’est un cross, donc de la boue en perspective, des côtes…etc. Par chance, le départ étant assez tôt dans la matinée, le temps demeure relativement sec au début, même s’il fait un froid de loup. Je supporte ainsi trois couches d’habits, les gants et le bonnet. A mes pieds, mes traditionnelles chaussures Fivefingers (pour l’occasion un modèle de trail Spyridon de douze ans d’âge un peu usé mais qui a accompli son office).
Je rejoins l’ambiance bonne enfant habituelle des compétitions, la foule, les coureurs qui s’entrainent, les familles et les voisins venus encourager les proches. Pour ma part, je rejoins tranquillement la ligne de départ. Nous sommes 1600 à nous presser devant, 530 pour les 5km et 1070 pour l’épreuve-reine des 10km. Au top départ, il commence à floconner.
Comme d’habitude, je pars très lentement. On me double à droite, à gauche, généralement des participants d’une génération plus jeune que moi. Je fais vraiment figure d’ancêtre avec mon style old school (13 participants seulement sur 1000 inscrits avaient mon âge ou plus). Mais c’est sympa de retrouver cette ambiance de course. Après une légère descente où chacun s’esbaudit, on remonte dans l’autre sens en direction du château, quelques raidillons, une volée d’escaliers grimpés au pas de course (on vient à peine de faire 500 m) et on bifurque vers un chemin boueux que j’avais déjà repéré auparavant. Rien de vraiment collant en revanche, et on attaque la principale difficulté, une montée avec deux lacets pour rejoindre le plateau sur lequel le château et ses dépendances sont installés. Là encore, on court depuis (seulement) 2 km, la montée et les faux plats sont avalés en petites foulées, bon souffle, bonne forme, aucun muscle ne tire.
Avant de faire quelques circonvolutions autour du château, petite descente le long des cascades, mais remontée ensuite ! Je connais bien cet endroit. J’en avais fait un de mes terrains de jeux favoris pour m’entrainer aux trails de 1000 m de dénivelé que j’envisageais, mais j’étais plus jeune de dix ans… Faux plats qui alternent avec des plats descendants, on approche des 5 km, pas de fatigue. Je laisse les inscrits à la demi distance s’acheminer vers la ligne d’arrivée et je bifurque à gauche pour un nouveau tour. Le temps de boire un verre d’eau au seul ravitaillement à mi-course et me voilà reparti tout seul ou presque, les rangs se sont beaucoup clairsemés, la plupart sont devant moi.
J’en profite pour écouter mon MP3. Le concerto pour violon de Tchaïkovski me donne la pêche pour attaquer à nouveau la montée au deuxième tour, puis les faux plats. Je m’applique à courir régulièrement, il me reste bientôt plus que deux kilomètres.
Devant le château, mon MP3 me sert maintenant Neil Young, Cortez the killer : ambiance un peu rock qui s’accorde très bien aux foulées, parfait pour terminer ! Il y encore des coureurs derrière moi, je ne serai pas dernier. Puis, tout se passe très vite. On sort du parc pour rejoindre les jardins de la Ménagerie et la ligne d’arrivée. Il y a trois coureurs devant moi. Je pousse un sprint final, je les double (petit plaisir) et je passe la ligne. La puce de mon capteur enregistre mon temps, très humble (du même niveau que les 20km de Bruxelles couru en mai 2024) mais c’est ce que j’escomptais avec ce parcours bosselé et ses 140 m de dénivelé.
Je récupère rapidement mon souffle, pas de fatigue, ni de courbature, juste le bonheur d’avoir participé à ma 36ème compétition, sans en avoir jamais abandonné aucune.
(20/02/2025)

 

Je n’ai pas trouvé de bonne traduction pour « smartphone ». Une commission placée sous l’égide de l’Académie française proposait en 2018 de remplacer l’appellation anglaise par « mobile multifonction ». La même commission avait proposé auparavant « terminal de poche » ou « ordiphone » qui n’avait pas rencontré davantage de succès. On trouve également la mention « téléphone intelligent » ou « portable tactile » sur le Web. Force est de reconnaître qu’il n’existe aucune association de mots capable de glorifier dans la langue de Molière le petit appareil si indispensable à nos vies.
Ajoutons à cela que l’Intelligence Artificielle s’amuse à brouiller les pistes. D’ailleurs, interrogé à ce sujet un chat I.A. me répond « qu’en français, le mot « smartphone » se traduit par « smartphone » !
J’ai longtemps cru que le smartphone désignait un appareil « smart », donc élégant, mais il paraît que le « smart » initial était un acronyme qui signifiait « Technologies d'autosurveillance, d'analyse et de reporting ». C’est évidemment moins « glamour » (pour rester dans la langue de Shakespeare), même si le smartphone, avec son écran lisse, est un bel objet, une sorte de miroir qui réfléchit nos vies et que nous sortons constamment de nos poches pour s’assurer que nous sommes toujours vivants.
A travers ces périphrases, je n’ai toujours pas de traduction idéale pour ce beau téléphone.
Lors de mon premier roman Central (déjà 26 ans), je me souviens avoir démonté un vieux téléphone S63 à cadran : « Que retenir de ce téléphone ouvert ainsi qu'un coffre et de l'ensemble des pièces de cuivres et armatures de laiton y brillant comme de l'or ? Le départ d'un rêve, l'île au trésor pour rechercher le correspondant au bout du monde. Une aventure. Au-delà de l’imagination, entrevoir la fabrication minutieuse liant soigneusement les fils de cuivre ensemble en nappes de fils symétriques. Un art. Une patience, encore et toujours comme la marque de celui travaillant aux confins du mystère électrique. » (Central, p. 205-206).
Autant les années glorieuses de la technique rendaient visibles ces gros combinés en bakélite, autant notre technologie actuelle ne montre rien des possibilités infinies d’un smartphone. Autant l’acte de téléphoner était important dans les années soixante (on avait le temps de tourner ses phrases sept fois dans la bouche avant d’obtenir un correspondant), autant les appels indésirables et autres logorrhées verbales ont rendue insupportables les conversations, on se replie derrière l’anonymat de réseaux sociaux, on scrolle des informations qui nous indiffèrent, on vit dans une magie numérique aliénante.
Mais l’objet smartphone reste beau.
Au fait pourquoi je tenais tant à l’évoquer ? A cause d’un récent article d’un hebdomadaire intitulé « Se libérer du smartphone » et combien ce titre m’a apparu incongru pour moi, même si je ne suis pas naïf et que je remarque la dépendance d’un entourage rivé en permanence sur le petit écran tenu dans la main : piétons (qui traversent sans regarder), voyageurs, au restaurant, dans les magasins, la rue, les transports…
J’ai vérifié mon temps d’écran bien sûr : il est d’une heure trente par jour (quand la moyenne française est de 5 heures). Côté réseaux sociaux, une grande partie est due à l’application Waze lorsque je roule en voiture, une autre est à WhatsApp (ma seule concession faite à Mark Zuckerberg). La fonction appareil photo est désormais pour moi prépondérante sur tout autre manière de prendre des clichés. Je consulte le Web, j’utilise la calculette, les agendas partagés. Le téléphone (hors WhatsApp) est de 5mn par jour, mais c’était sans doute également le cas dans les années soixante. Les usages pratiques et quotidiens ont évidemment décuplé et rendent le machin (autre traduction du smartphone) plus pratique et attractif. Pour autant, je reste fidèle à ce que j’ai toujours pensé depuis le début : un téléphone portable reste un simple outil, comme le serait une binette pour un jardinier, un tournevis pour un bricoleur. Facebook, Twitter (X), Instagram, TikTok sont toujours honnis de mes usages, je n’écoute pas de musique, je ne regarde pas de vidéo, je ne connais aucun influenceur, je reste décidément un piètre utilisateur de « ce marteau phone ».
(10/02/2026)

 

Je suis allé voir Alain Souchon dans ma ville, accompagné de ses deux fils, Charles (Ours) et Pierre. Je passerai vite sur ce concert forcément mémorable. Les chansons d’Alain Souchon ont rythmé toutes les époques de nos vies et c’est une traversée dans nos réminiscences en fredonnant ses paroles si connues.
En parlant de souvenirs, il y en a un qui s’associe immanquablement à chaque fois au célèbre chanteur à l’occasion de sa toute première venue dans notre ville.
Je ne me rappelle pas vraiment de la date précise, mais je revois le lieu, un chapiteau installé pour l’évènement sur le parking d’un supermarché ( la ville ne possédait pas de salle de spectacle digne de ce nom, comme celle qui a accueilli à nouveau le chanteur il y a quinze jours). Nous avions vu également Patricia Kaas dans des conditions similaires, probablement à la même époque.
J’ai d’abord pensé que la date de ce premier concert de Souchon se situait à la fin des années 80, à une période où je devais être un mari tout juste estampillé, peut-être pas encore un père. Une chose est sûre, c’était une époque où je travaillais au Central téléphonique. Internet était dans les limbes ; il y avait encore des cabines et le mot « smartphone » n’était pas inventé.
Ce qui demeure précis aussi, c’est que nous étions trois à assister à ce concert : mon épouse, ma belle-mère et moi. Pour preuve, à un moment du spectacle, Alain Souchon a lancé des balles dans la foule (sentimentale) et ma belle-mère a eu la chance d’en voir arriver une à ses pieds. Elle l’a prestement saisie et elle est ainsi repartie avec ce souvenir, une petite balle en mousse jaune, dédicacée par le chanteur.
Grâce au web, j’ai retrouvé la date de ce concert : c’était en novembre 1994, il y a trente et un an donc. Du concert, peu de souvenirs là-encore. « Allo maman bobo » et « J’ai dix ans » ont dû être inévitablement chantés, ainsi que « L’amour à la machine » et « Foule sentimentale » tout récents.
1994 : dans ma ville, le maire était Guy Chanfrault, apparenté PS et décédé depuis (je le fréquenterais plus tard, lorsqu’il ferait partie, comme moi, de l’Association des écrivains de Haute-Marne). Il avait organisé des fêtes de la jeunesse et c’est dans ce cadre qu’Alain Souchon avait été invité à se produire.
Deux ans auparavant, Johnny Halliday avait fait de même (cohue et malaises : mon épouse, requise comme médecin au poste de secours, avait eu toutes les peines du monde pour utiliser son stéthoscope avec la sono à fond).
En novembre 1994, donc, à l’occasion de Souchon, je ne sais plus qui avait gardé nos enfants, alors âgés de 6 et 4 ans. Trois ans plus tard (exactement 37 mois et 20 jours), ma belle-mère disparaissait quinze ans après son plus jeune fils.
J’en parle parce qu’au moment du concert de 1994, comment imaginer que nous n’étions pas encore marqués, onze ans après, par la perte de cet adolescent de 14 ans (fils, frère ou beau-frère). Le moindre signe pouvait faire sens : ainsi, une balle de mousse qui atterrit par hasard aux pieds de ma belle-mère peut-elle être interprétée sinon comme un signe du ciel..
Parmi les souvenirs, photos, objets que nous avons récupérés d’elle, il y a cette balle en mousse. Nous la possédons toujours et sa charge symbolique est du même acabit que les autres choses prélevées dans des circonstances similaires : nous faire penser, nous rappeler, convoquer des souvenirs, retarder l’oubli. Car le temps a fait son œuvre : disparu également mon beau-père en 2013, la maison a été vendue un an après, avec la chambre du jeune fils qui était restée intacte. Il reste désormais peu de matière pour évoquer ces années, cependant, cette petite rotondité jaune signée par l’artiste en est une.
Nous n’avons jamais échangé nos sentiments à son sujet, sur ce qu’elle convoque en nous, mais le fait que nous sachions toujours à chaque instant où se trouve cette petite balle en mousse en dit long sur la persistance des sentiments et la délicatesse nos peines pudiques qui ne s’effacent jamais complètement.
Alors, quinze jours auparavant, dans ce nouveau concert, lorsque Alain Souchon a entamé « Foule sentimentale », nous étions seuls à voir une petite boule jaune flotter au-dessus de nos têtes et à entendre les paroles d’une manière singulière : « avec soif d'idéal, attirées par les étoiles, les voiles…».
(30/01/2025)

 

901 : voici les kilomètres cumulés en 2025 à pied, à vélo, dehors ou sur tapis de course, bref, tout ce qui est à traction animale, l’animal étant mezigue. Cela représente Paris-Nice par la nationale 7, chantée par Charles Trenet ou Lille-Toulouse, magnifiée par Nougaro et ville dans laquelle j’ai fêté mes 20 ans.
Pour le vélo, on repassera : juste une seule sortie de 48 kilomètres le long d’un chemin de halage (mais sur un vélo de course !).
La marche à pied représente 478 km, souvent dans ma ville ou à proximité de Nancy, mais aussi avec d’autres randonnées plus exotiques ou sportives, les Cinque Terre italienne en avril, le Panama et San Andres en juillet, ou, très récemment, Marseille et San Remo.
J’aurais aussi accompli 381 km de footing, deux fois moins qu’en 2024 (mais j’avais couru les 20 km de Bruxelles et je m’étais entrainé pour). Ceci dit, ça représente tout de même une moyenne de 7,4 km par semaine, ce qui est pile poil la distance de mon parcours favori. Mon emploi du temps a parfois interrompu jusqu’à un mois la régularité que j’essaie d’avoir en courant 2 à 3 fois par semaine. Le mauvais temps (ou la canicule) a également contribué à quelques arrêts, même si j’ai quelquefois remplacé l’extérieur par des courses bien au chaud sur mon tapis. J’ai tenté, lorsque j’étais en forme, d’augmenter mes distances jusqu’à dépasser 10 km, histoire de renouer avec mes trajets fétiches, du temps où je courais 3 fois plus avec des semi-marathons en moins de deux heures et des trails de quarante kilomètres.
Mais ça date de dix ans et, à cette époque, j’étais déjà dans la deuxième moitié de ma cinquantaine. L’âge d’être grand-père s’est rajouté depuis. Ceci dit, j’éprouve toujours le même plaisir à chausser mes remarquables Fivefingers (changées il y a un an), toujours aucune douleur musculaire ou articulaire et un souffle qui résiste bien ; l’allure tranquille que j’adopte me convient parfaitement. J’éprouve une fierté physique à continuer de courir ainsi, tandis que la participation de ma catégorie d’âge (ou plus vieux) se raréfie dans les compétitions : seulement 20 participants sur 1000 aux 10 km de ma ville en 2025.
Je n’aime pas prendre de bonnes résolutions pour l’an nouveau, mais concernant la course, j’aimerais faire en sorte que le bilan de l’année prochaine soit du même acabit.
(16/01/2025)

 

L’écrivain Armand Gautron s’en est allé le 18 décembre. La nouvelle s’est répandue dans le petit landernau local, car Armand était très connu (il aurait protesté : « Je ne suis plus écrivain local, je suis interdépartemental, s’amusait-il à dire, je vais jusqu’à Chalons en Champagne »). Derechef, la médiathèque de ma ville a concocté une exposition en hommage. Volontiers blagueur, d’un humour à toute épreuve, c’est d’ailleurs par l’intermédiaire de son épouse qu’il a annoncé sa mort sur Facebook : « dernier chapitre et sans relecture ».
Il m’avait fait l’honneur de m’inviter à la fête du livre d’Aulnay-l’Aître le 18 mai dernier où il avait fêté ses 30 ans d’écriture (note d’écriture du 30/05/2025). Auteur prolifique, ses polars avec le détective Antoine Landrini étaient attendus par ses nombreux fans. « Monsieur Armand », comme on disait, était une entreprise éditoriale à lui tout seul. Loin du petit monde des lettres conventionnel, il publiait la plupart de ses ouvrages en autonomie, assurant lui-même ses parutions en poche !
Il s’en sortait plutôt bien, parvenait à en vivre depuis 30 ans. Il avait même été finaliste du prix du Quai des orfèvres. Il faisait sa propre promo sur les foires et les fêtes du livre et c’était un bonheur de discuter avec lui le samedi au marché de ma ville où il déployait son étal mobile (une remorque aménagée), mêlant sa culture livresque au milieu des légumes et des fromages. C’est d’ailleurs ainsi que la littérature devrait se vendre (comme l’écrivait Gabriel Garcia Marquez dans Cent ans de solitude : « Le monde aura fini de s'emmerder le jour où les hommes voyageront en première classe et la littérature dans le fourgon à bagages »).
Infatigable travailleur et génial touche à tout (chanteur et compositeur de rock, il a fondé la scène de l’Orange Bleue à Vitry), je l’avais invité à ma dernière rencontre le 6 décembre dernier. Il avait décliné ma proposition car il était aussi en représentation à Reims. Il voyageait en effet beaucoup et était très connu, malgré sa modestie : souvenir de l’avoir retrouvé par hasard dans un salon du livre dans l’Indre en 2015. Dans son dernier message, quinze jours avant sa disparition, il me souhaitait bonne chance et ses derniers mots prennent un sens particulier désormais.
Évoquant le cancer qu’il avait combattu, il disait : « J’ai gratté un peu sur la date de péremption ». La Camarde ne lui a jamais pardonné, comme le chantait Brassens. D’ailleurs, en évoquant Georges, c’est à son ami René Fallet que je pense. Armand lui ressemblait sur bien des points : même voix rauque de fumeur, même sens de l’hospitalité et de la fête, même goût pour l’anarchie et la décontraction ironique, même passion pour l’écriture. Tout de même, Armand, tu n’étais pas obligé de suivre les exemples des tontons Fallet et Brassens et de casser ta pipe à un âge aussi jeune.
(09/01/2026)