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depuis septembre 2000
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Notes de lecture
La maison vide, de Laurent Mauvignier, Éditions de
Minuit.
Je partage quelques aventures littéraires avec Laurent Mauvignier, bien quil me
semble que je ne lai jamais rencontré. Nous avons tous les deux participé à
laventure dInventaire-Invention au début des années 2000 et il
ma précédé en obtenant le Wepler en 2000 pour Apprendre à finir
(jai eu la mention deux ans plus tard pour Composants). A cette époque,
être édité comme lui (ainsi que François Bon et Tanguy Viel) aux Éditions de Minuit,
cétait déjà se singulariser dans un héritage du Nouveau roman encore marqué aux
début du deuxième millénaire. Depuis, lempreinte sest estompée ; on
considère Marguerite Duras et Claude Simon comme des romanciers classiques.
Et Laurent Mauvignier avec Histoires de la nuit (note de lecture du 15/10/2020) ou Des hommes (note de lecture du 09/02/2024) continue dans
la même approche de la fiction.
La maison vide ne renie pas cette écriture, même si, à travers quelques
interviews et confidences, lauteur indique sêtre inspiré de quelques
éléments familiaux. Cette quête généalogique qui remonte au début du XXème siècle
est particulièrement réussie. Le livre est un véritable page turner : on
veut savoir ce qui arrive aux protagonistes, à ces aïeules de lauteur, Marie
Ernestine et Marguerite. Il est difficile den dire plus : cest vraiment
un livre qui se découvre page après page.
Cependant, le vrai personnage de ce roman est la maison vide, ou plutôt inoccupée. Nous
avons tous dans nos mémoires les lieux des générations précédentes, les objets, les
murs, le papier-peint, tout ce que nous avons cotôyé presque par effraction. Ainsi la
maison M, par exemple, en notes d'écriture et en Webcam, cette semaine également.
Bien sûr, je nai pu mempêcher de penser à mes propres secrets de famille
(moi aussi jai eu une grand-mère qui sappelait Marguerite) et, assurément,
jai déjà pensé en faire un livre. Cest toutefois trop tôt. Pour
linstant je nai pas envie de commettre un nouveau roman généalogique après Yougoslave
qui sattachait au versant paternel.
(05/03/2026)
La beauté du geste, de Philippe Delerm, Seuil.
Cest un livre qui présente des photographies issues du monde sportif et Philippe
Delerm, grand spécialiste de la prose instantanée et des premières gorgées de bière,
en assure les commentaires. Il sait de quoi il parle, amateur de sport et
dathlétisme, il a pratiqué la course à pied à un bon niveau.
Les clichés choisis présentent tous un moment particulier dans des sports
diversifiés : Mohamed Ali en plein combat, le plongeon suspendu dun gardien de
foot, lenvol dun sauteur en hauteur, autant dinstants pendant, mais
aussi avant ou après la compétition : les mains sur la ligne de départ avant un
cent mètres, ou la très belle photo qui orne également la couverture : Michel
Jazy, écroulé sur une barrière, lors de sa défaite aux 5000 mètres des J.O. de Tokyo
en 1964.
La prose qui accompagne chaque cliché présente les circonstances, en quoi la femme ou
lhomme, ainsi figé dans leffort sportif, en devient extraordinaire.
Il y a quelques années, jai accompli un ouvrage similaire avec lami Alain
Delatour, peintre et handballeur (Instants handball) et je connais la joie éprouvée à
commenter les images (pour moi les tableaux dAlain et non des photos) qui se
rapportent au sport, quil sagisse dun geste technique (la roucoulette ou
le pénalty du handball), de lenvironnement (le banc de touche ou les tribunes) ou
du matériel indispensable (le sac de sport ou le sifflet). Dans le livre de Philippe
Delerm, il faut ainsi sattacher à regarder au-delà des héros physiques, leurs
balles, ballons, raquettes, gants de boxe, javelots, spectateurs, tout ce qui forme
létrange partage du sport.
(20/02/2026)
Quatuor, dAnna Enquist, Actes Sud.
Jai déniché ce livre à la librairie de la Philharmonie de Paris en allant voir un
concert en octobre dernier. Jai toujours aimé les histoires qui ont un rapport avec
la musique (classique). Jai adoré le film Le quatuor, avec lexcellent
Christopher Walken. Ce Quatuor, dAnna Enquist, ne pouvait que
mintéresser (jai la chance de suivre depuis plusieurs années les
répétitions dune formation similaire qui se passent chez nous et dans lequel mon
épouse joue le second violon). On nimagine pas combien est intéressante la somme
de quatre individualités pour mettre au point une uvre de musique de chambre.
Cest un raccourci très significatif des rapports humains nécessaires pour vivre
ensemble.
Le livre dAnna Enquist néchappe pas à cette règle. Sans dévoiler
lintrigue, les quatre musiciens qui composent cette formation damateurs ont
chacun une vie propre à Amsterdam, un métier, une famille, ont connu des drames et
nourrissent des espoirs comme tout un chacun. Une situation particulière lors dune
répétition viendra transformer la belle histoire en un thriller inattendu.
Anna Enquist, auteure prolifique dune vingtaine de romans, pianiste et
violoncelliste, se sert de son expérience personnelle pour écrire des récits ciselés.
Jen lirai dautres.
(10/02/2026)
La collision, de Paul Gasnier, Gallimard.
Ce récit raconte laccident dont a été victime la mère de lauteur en 2012.
Elle circulait à vélo et fut percutée par un motard faisant une roue arrière dans le
centre de Lyon. Cette tragédie est caricaturale. Elle oppose deux archétypes, le fils
dimmigré, dealer plusieurs fois condamné, qui ne se respecte pas les règles de
circulation et la mère de lauteur, professeur de yoga, soucieuse de bien-être et
décologie. A travers ce récit, Paul Gasnier tente dexpliquer les fossés qui
ont séparé ces deux destins. On peut lui reconnaître le mérite de ne pas verser dans
le choix de la prédestination, ne pas verser outre mesure dans laffectif dun
côté et la haine de lautre. Ce récit sapparente plus à une étude
sociologique avec toutefois un but avoué : ne pas laisser le ressentiment
sinstaller au point de verser dans les récupérations idéologiques de
lextrême-droite.
Ce récit, qui tente de démêler en détail le drame, ma fait penser à Vivre
vite, le récit de Brigitte Giraud qui obtint le Goncourt en 2022 (note de lecture du 12/04/2024). Là aussi, le
drame dont le mari de lautrice a été la victime en 1999, mettait en scène une
moto trop rapide et là encore, cela sétait déroulé à Lyon.
(30/01/2025)
Le nom des rois, de Charif Majdalani, Stock.
Cest un ami libanais qui ma offert ce livre, et il a eu une
excellente idée !
Charif Majdalani est journaliste et professeur à luniversité de Beyrouth. Il est
lauteur dune douzaine douvrages, dont plusieurs romans récompensés par
les prix littéraires. Son dernier ouvrage, Le nom des rois, paru en août dernier,
raconte les années terribles de la décennie 70 qui ont emmené le pays dans une guerre
fratricide. A cette époque, le narrateur (probablement très inspiré de lenfance
de lauteur) est un jeune adolescent cultivé qui trouve refuge dans la lecture de
récits historiques. Il se passionne pour les noms des rois exotiques, noms quil
recopie dans un carnet et dont les destins le font rêver. Mais cette rêverie est souvent
interrompue par les obligations familiales, les dîners damis quorganise ses
parents, commerçants aisés de Beyrouth. Mais ce sont également les troubles
annonciateurs de la guerre civile qui empêchent ladolescent de se consacrer à sa
passion. Bientôt, il ne lui est plus possible déviter les évènements et le
passage à une réalité violente le font murir rapidement. Que restera-t-il de cette
enfance précipitée, des premières amoureuses qui disparaissent dans les remous de
lhistoire, tout le récit tourne autour de ce monde désormais disparu dont il ne
subsiste que des nostalgies de jeunesse.
Magistralement écrit, ce roman entre (malheureusement) en résonnance avec les millions
dautres enfances pareillement tronquées, abîmées aux quatre coins de la planète.
(16/01/2025)
Comme une oie dans un édredon, dArmand
Gautron, éditions AG.
Sorti en 2014, Armand avait lui-même réédité cette version poche en 2022. On y
retrouve le détective Antoine Landrini, cette fois dans les parages du festival de la
photo animalière de Montier-en-Der, déjà maintes fois relaté sur FdR. Il faut
dire quArmand Gautron était un fidèle de la librairie du festival et ses aficionados
passaient toujours le voir dans ce rendez-vous annuel.
Alors que le festival sapprête à ouvrir ses portes, Antoine Landrini est
confronté à la disparition de deux photographes, dont Pascal Bourguignon (qui est
fondateur de cette manifestation avec Vincent Munier). Jimagine que le photographe
sest régalé à la lecture de son enlèvement fictif. Il a dailleurs
illustré lédition de poche par un très beau cliché.
Donc, deux photographes ont disparu et, bien entendu, je ne dévoilerai pas
lintrigue. Juste dire que le personnage dAntoine Landrini est toujours aussi
attachant, colérique et nostalgique, entouré damis singuliers : en fait, ce
héros particulier ressemble vraiment à Armand !
Au passage, lauteur nous assène quelques vérités sur le business de la photo
animalière, insoucieuse de la dépense carbone et qui met en péril certaines espèces
pour le graal dun cliché réussi. Cette vision est de plus en plus partagée par
les grands noms du domaine, comme Vincent Munier qui a recentré son activité autour de
ses Vosges natales.
Bref, les aventures dAntoine Landrini sont non seulement distrayantes mais donnent
à réfléchir.
(09/01/2026)
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