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Notes de lecture

Au-delà des sommets, de Kilian Jornet, éditions Artaud
C’est ma collègue Anne-Lau, avec qui je courais lorsque je travaillais encore, qui m’a parlé pour la première fois de Kilian Jornet. C’est elle aussi qui m’avait fait découvrir les trails, il faut dire qu’elle avait l’habitude d’arpenter les vignes de Champagne en petites foulées. Bons souvenirs donc et de belles compétitions ensemble.
Pour en revenir à Kilian Jornet, ce n’est pas les petites foulées qui font sa réputation, jugez plutôt : 4 fois vainqueur de l’ultra-trail du Mont-Blanc (170 km et 10000 m de dénivelé) dont la dernière fois en moins de 20h. On ne compte plus les records d’ascension qu’il a établis : Chamonix-Mont Blanc en moins de 5h, aller-retour du Cervin en moins de 3h, l’Everest sans oxygène en 26h, exploit qu’il réitère quelques jours plus tard, sans l’aide de sherpas en 17h.
Ce livre raconte bien entendu ces exploits, mais surtout, tout ce qui les dépasse « au-delà des sommets ». Car l’homme est redevable. Il sait qu’il est privilégié : enfance dans un refuge dans les Pyrénées, père guide de haute-montagne, mère entraineur de ski, un premier 3000m réalisé à 3 ans. « L’hiver, pour aller à l’école, avec ma sœur, on faisait quinze kilomètres en ski de fond. », dit-il. Marié à une athlète norvégienne, il aspire désormais à lutter contre la pollution et dénonce l’exploitation abusive de la montagne en se remettant soi-même en cause. Un des passages les plus beaux de son livre est lorsqu’il raconte une randonnée (en courant bien sûr) de plusieurs jours sur l’ensemble des sommets norvégiens, sans chrono, juste pour le plaisir, tout seul avec son sac à dos. Je le comprends d’autant mieux que je ressens la même exaltation lorsque je pénètre tout seul en modestes foulées dans une forêt pour une balade de 16 km avec mon petit sac de trail, mes 2 barres de céréales et ma réserve d’eau.
(09/06/2024)

 

Marchands de sable, d’Agnès Mathieu-Daudé, Flammarion
Suzanne, issue d’un milieu populaire, a épousé l’héritier d’une dynastie industrielle établie en Sardaigne. Préoccupée par les enjeux environnementaux, elle déchante face à une famille juste intéressée à conserver son train de vie et ses avantages. De plus, Suzanne découvre un secret bien gardé : son mari, alors enfant, aurait été enlevé par des militants d’extrême-gauche au moment où l’Italie était en proie à des groupuscules révolutionnaires. L’indifférence familiale au sort du bambin la révolte autant que sa fortune amassée par des compromissions avec Mussolini et d’autres accords louches.
Suzanne semble ainsi découvrir la cupidité du capitalisme avec un angélisme désarmant. On reste cependant sur sa fin dans cette histoire puisque l’héroïne, assez confusément, semble adopter toutes ces compromissions. Alors, tout ça pour ça ?
Le style d’Agnès Mathieu-Daudé est toutefois convainquant et la peinture de la Sardaigne (j’y étais quand je l’ai lu) bien documentée.
(02/06/2024)

 

Vivre vite, de Brigitte Giraud, Flammarion.
J’ai rencontré Brigitte Giraud en 2004 aux Petites Fugues de Franche-Comté où elle venait présenter Marée noire. Pour ma part, je venais de publier Paysage et portrait en pied de poule. Je sortais d’une présentation de mon livre et j’avais rejoint le petit groupe venu l’écouter à la médiathèque de Champagney en Haute-Saône. J’ai retrouvé Brigitte Giraud en 2008 où elle organisait la fête du livre à Bron. Elle m’avait invité, j’avais publié CV roman, l’année précédente, et j’avais retrouvé avec grand plaisir François Bon qui venait de publier sa bio de Bob Dylan. Ensuite elle a dirigé la collection la forêt chez Stock et elle a édité Anne Savelli (Franck, 2010).
C’est une autrice que je lis souvent et Vivre vite, récompensé par le Goncourt en 2022 est pleinement justifié. Son œuvre est souvent traversée par le drame qu’elle a vécu : son compagnon est décédé d’un accident de moto en 1999. A présent, un précédent récit publié en 2001, évoquait déjà ce même sujet (Note de lecture du 08/12/2004). Vivre vite reprend ce thème avec l’exploration intacte, même après plus de vingt années, de faire en sorte que le destin bascule autrement.
(12/04/2024)

 

Instants handball, Alain Delatour et Thierry Beinstingel, Le livre d'art.
J’ai déjà souvent évoqué le projet Instants Handball, auquel j’ai participé, mais jamais dans cette rubrique le livre qui en a découlé, publié en 2016 chez la très belle maison d’édition Le livre d'art. Seul ouvrage labelisé par la fédération française de Handball pour les championnats du monde organisés en 2017, il réunit l’ensemble des textes et des peintures proposés depuis 2015 dans les diverses expositions. On y trouve également le travail réalisé avec les écoles primaires de Dunkerque puisque l’équipe professionnelle de l’USDK, pilier sportif de cette ville, a été notre partenaire, grâce à Alain. Tandis que j’animais quelques ateliers d’écriture, Alain a réalisé avec les élèves une immense fresque qui a orné également les abords du terrain lors de la manifestation. Cette fresque est dépliable et reproduite dans le livre. J’ajoute que des coffrets frappés du logo de l’USDK dans lequel s’insère notre ouvrage ont été réalisé par un autre sponsor. Bref, tout concourt encore à ce que Instants handball demeure un objet d’exception, même cinq ans après les championnats du monde puisque les succès de nos équipes nationales féminines et masculines sont toujours au plus haut niveau.
(04/04/2024)

 

Summer, de Monica Sabolo, Jean-Claude Lattès.
J’ai lu ce roman il y a plusieurs mois, presque un an peut-être et je dois dire que je ne m’en souviens pas beaucoup. Il m’avait été conseillé, ou plutôt, une discussion au sujet de la possible adaptation de ce roman au cinéma m’avait incité à le lire. Je garde juste le souvenir d’une disparition au bord d’un lac, une jeune fille (Summer) que le narrateur (son frère) n’arrive pas à oublier, partagé entre le remords d’avoir été un témoin qui n’a rien pu faire. Je ne sais même pas si l’intrigue se résout, si on connaît la vérité à la fin. D’abord, je ne révèlerai pas le dénouement bien sûr, et surtout, je suis un spécialiste de l’oubli des péripéties finales. Je peux regarder cent fois un film policier, je découvre à chaque fois celui qui a tué comme si c’était la première fois. C’est pratique lorsqu’on lit des récits à suspense, la fin paraît toujours inédite.
Avec tout cela, vous n’êtes pas plus avancé pour connaître mon sentiment au sujet de ce roman : j’ai juste gardé l’impression que le récit était bien mené et bien écrit. Mais au moins que mon petit laïus amnésique vous incite à le lire à votre tour.
(22/03/2024)


La tentation du pire, l’extrême droite en France de 1880 à nos jours, de Pierre-Louis Basse et Caroline Kalmy, avec les regards de Dany-Robert Dufour, Benjamin Stora, Jérôme Leroy et Adrien Gombeau, éditions Hugo Image.
C’était la veille de Noël, derniers achats en vue du Réveillon, dans une librairie de Mont-de-Marsan, j’ai vu ce livre, je me le suis offert égoïstement (non merci, pas de papier cadeau). Ce qui m’a attiré dans le titre c’est 1880, car c’est exactement à ce moment précis qu’il me semblait que justement, l’extrême-droite avait commencé. Plus précisément 1885, pleine affaire du Tonkin avec Jules Ferry, quelque chose qui me paraissait emblématique des relations colonialistes de l’époque et que je creuse un peu dans le nouveau livre à venir, bref… Ceci dit, l’extrême-droite démarre vraiment sur le sol français avec l’affaire Dreyfus, antisémitisme, méfiance de la démocratie, manipulation des foules… Tout cela est magistralement retracé dans cet ouvrage qui fait la part belle aux documents d’époque. Bien sûr, l’histoire va s’enchaîner via les drames qu’on connaît et qui mèneront à Pétain, englueront l’histoire. Hélas, ce n’est pas que d’histoire qu’il s’agit et c’est là tout l’enjeu de ce livre, de montrer comment les faits (qui sont têtus, comme le répète souvent Pierre-Louis Basse) découlent de celle-ci, comment l’actualité a un lien évident avec nos vieux démons, une guerre d’Algérie ravalée à grand peine et des racines qui prennent jusque dans le terreau de l’ancien régime. C’est détaillé, opiniâtre, partisan et on en redemande. Heureux d’avoir pu lire les contributions des co-auteurs cités, je n’oublie pas la reproduction de l’article ô combien nécessaire d’Annie Ernaux à propos des dérapages d’extrême-droite rédigés par Richard Millet. Quant à Pierre-Louis Basse, je me souviens avoir été interviewé par lui et avoir constaté un lecteur précis, véritable passionné de littérature. Oui, on peut aimer les écrits de Céline, Drieu ou Brasillach, et détester les idées qu’ils ont véhiculées. Faire la part des choses, savoir comment fonctionne le mouvement des idées nauséabondes est devenu salutaire dans notre époque où les « roms » deviennent les juifs à abattre, où il est si facile de hurler avec les loups quand tout semble aller mal, la crise est toujours la faute des autres… Bravo pour ce livre indispensable !
(15/03/2024, note initialement parue le 08/01/2014, reproposée le 02/05/2017)

 

New York sans New York, de Philippe Delerm, Seuil.
Écrivain minimaliste (comme il se décrit lui-même dans ce livre, reprenant l’étiquette qui lui colle à la semelle comme un chewing-gum), Philippe Delerm n’a jamais mis les pieds dans la ville-pomme, et on comprend qu’il n’ira jamais. Ce qui ne l’empêche pas de parler avec passion de cette ville, de la même manière que je suis capable de décrire Sarajevo dans Yougoslave, bien que je n’y ai jamais mis les pieds. Beaucoup de lieux sont ainsi dépassé par la charge mythique qu’ils représentent. Souvenir d’un voyage en Égypte, où juste après avoir atterri, nous voilà propulsé pour un son et lumière aux pieds des gigantesques pyramides, ce qui fait dire à une voisine de voyage : « c’est bien joli tout cela, mais quand est-ce qu’on verra les vraies ? ».
New York porte en elle ses légendes, la ville cosmopolite, la ville démesurée, la ville qui ne dort jamais… Philippe Delerm les reprend à son compte mais se sert de la manière dont la ville apparaît dans les livres ou au cinéma avec Woody Allen. Il évoque aussi Vivian Maier, la photographe ignorée de son vivant, récemment découverte, et qui a su magnifiquement exprimer les situations de quartier et les poésies urbaines. On voyage donc, Central Parc, Madison square Garden, Bronx, Brooklyn, Harlem, on court le marathon avec Dustin Hoffman (qui ne figure pas dans le livre, mais quand même). L’écrivain évoque le World Trade Center et le Onze septembre, mais à travers la photo controversée de Thomas Hoepker qui montre 5 jeunes gens discutant paisiblement sous le soleil alors que les tours brûlent. Mais c’est cela aussi New York, un endroit immuable, invincible, où la vie des hommes se régénère sans cesse.
(01/03/2024)

 

Correspondance d’Arthur Rimbaud, de Jean-Jacques Lefrère, Fayard.
Jean-Jacques Lefrère a réalisé un travail titanesque pour réunir toute la correspondance établie autour du vivant d’Arthur Rimbaud, mais aussi toute celle qui a suivi la disparition du poète jusqu’en 1920. Cette somme considérable représente 4 tomes et plus de 5500 pages.
On mesure la générosité et l’esprit scientifique de l’auteur, par ailleurs éminent hématologue, pour livrer le fruit de ses recherches. Le grand intérêt de cette étude consiste en l’absence de commentaires, digressions ou avis personnels, auxquels un personnage mythique tel qu’Arthur Rimbaud ne peut ordinairement échapper. La correspondance nous est livrée ainsi, brute de fonderie (avec toutefois un nombre abondant de notes de bas de page, sur la provenance et les circonstances des articles retrouvés) et c’est à nous, lecteurs, de voyager entre les lettres écrites par le poète, celles qui le concernent, les articles de presse qui vont participer à la construction de la légende, à nous donc, de nous faire une opinion. C’est assez rare en littérature de laisser un champ ouvert au lecteur et c’est important de le souligner. Bien sûr, il faut empoigner cette prose et ces missives à bras le corps. Mais quel voyage dans la fin du XIXème et le début du XXème !
Je me suis largement inspiré de cette somme pour écrire Vie Prolongée d’Arthur Rimbaud et j’ai d’ailleurs dédié ce roman « en mémoire de Jean-Jacques Lefrère (1954-2015) » lors de sa parution en 2016. J’aurais dû en effet rencontrer l’auteur de cette quantité fantastique de recherches. Mon éditeur allait organiser un rendez-vous, mais hélas, Jean-Jacques Lefrère a soudainement disparu. Il reste ces quatre tomes, inépuisables dans lesquels je vais fréquemment regarder.
Ainsi, à l’occasion des lettres à sa famille récemment données au musée de Charleville, sachez qu’elles étaient déjà recensées (d’ailleurs existe-t-il une seule missive encore inédite relative au fameux poète ?). Jean-Jacques Lefrère a précisé pour chacune d’elle « localisation actuelle inconnue », mais désormais elles sont revenues à leur destination voulue par Arthur Rimbaud : dans les Ardennes.
(23/02/2024)

 

Ermites dans la Taïga, de Vassili Peskov, Actes Sud.
C’est mon cousin Philippe qui m’a conseillé ce livre. Curieux de tout, il s’est découvert une vocation tardive pour les voyages, Sardaigne, Italie, Roumanie, Dordogne, Autriche et bien d’autres escapades accomplies depuis décembre. Et ainsi ce récit Ermite dans la Taïga lui a beaucoup plu. Je l’ai dévoré à la suite.
Ce n’est pas un récit de voyage proprement dit, ou plutôt, les héros de cet ouvrage sont sédentaires, reclus au fin fond de la Sibérie depuis toujours ou presque… En février 1982, le journaliste russe Vassili Peskov entend parler d’une petite communauté qui vit dans une contrée totalement perdue. Quelques années auparavant, des géologues installés à proximité ont repéré depuis un hélicoptère des traces de potagers et de constructions. Ils entrent en contact en 1978 avec cette petite famille qui vit isolée de la civilisation depuis les années 30, suite à un schisme religieux qui les avait contraints à l’exil. En effet, ces « vieux croyants », comme on les nomme également, sont profondément pieux, prient et renient leurs supposés pêchés avec ferveur. Si cette vie spirituelle constitue la base de leurs relations, il leur a fallu s’adapter aux conditions extrêmement rudes de la Sibérie sans contact avec l’extérieur.
A partir de 1982, donc, Vassili Peskov réalise une véritable étude ethnographique, relevant leurs habitudes, leur nourriture, évaluant la façon dont ils ont utilisé les matières premières à leur proximité, écorces, peau de bêtes, mais économisant aussi les ustensiles d’origine qui les avaient suivis dans leur exil, seaux de fer, outils, cordes et sacs de toiles. Malheureusement, la vie rude et peut-être sans doute les maladies apportées par les visiteurs extérieurs, ont provoqué la perte de plusieurs membres de la famille. Il ne reste bientôt plus que le chef de famille, un vieillard, et sa fille la plus jeune, nommée Agafia, qui ne tarde pas à se retrouver seule. Elle fera une tentative pour rejoindre la civilisation dans un monastère avant de renoncer et de retourner dans sa chère forêt perdue. C’est ce que raconte le livre de Vassili Peskov, paru en 1992.
Le journaliste est mort en 2013 à l’âge de 83 ans. Aux dernière nouvelles, Agafia vit toujours en ermite sur ses terres dans la Taïga, dans une nouvelle maison qu’on lui a offerte. En avril, elle aura 80 ans.
(16/02/2024)

 

Des hommes, de Laurent Mauvignier, éditions de Minuit.
Paru en 2009, le livre Des hommes raconte en filigrane l’histoire sombre de la guerre d’Algérie.
Mais l’intrigue se met en place de façon progressive, insidieuse comme la manière avec laquelle les soldats de l’époque que nous connaissons tous, vieux tontons octogénaires maintenant, ont été appelés sous les drapeaux, parfois pour plus de 2 ans. La plupart en sont revenus avec des traumatismes comme Bernard, l’anti-héros de Des hommes, qui noie ses angoisses dans l’alcool. A l’occasion d’une fête familiale, ce passé resurgi, par l’intermédiaire notamment de son cousin Rabut qui était incorporé en même temps que lui. Entre culpabilité et innocence, ce livre montre comment toute une génération a subi ces « évènements » comme on disait.
Un film éponyme a été réalisé par Lucas Belvaux en 2020. En parlant de cinéma, sur le sujet de la guerre d’Algérie, on peut aussi revoir le très beau film  Avoir vingt ans dans les Aures, de René Vautier, ou encore Dupont Lajoie d’Yves Boisset, sorti à la même époque.
(09/02/2024)

 

L’enfant dans le taxi, de Sylvain Prudhomme, éditions de Minuit.
Sorti au mois de septembre dernier, L’enfant dans le taxi raconte une quête sur fond de secret de famille. Lors de l’enterrement de son grand-père, le narrateur découvre qu’il a eu un premier fils avec une allemande alors qu’il était en garnison dans ce pays. Mais remuer le passé n’est pas chose aisée, la vie s’est construite sans ce fils oublié et peu tiennent à ce que l’équilibre familial soit rompu. Pourtant, comme dans la plupart des cas, certains - vieux oncles, tantes âgées – en savent plus. Nous suivons ainsi le narrateur de Sylvain Prudhomme qui dénoue fil après fil les nœuds de cette histoire, avec finesse et poésie.
(02/02/2024)

 

Un pedigree, de Patrick Modiano, Gallimard.
Paru en 2005, neuf ans avant l’attribution du Nobel de littérature, Un pedigree est une biographie des première années de Patrick Modiano. Écrit à la fois avec distance et ironie, cette biographie rejoint la fiction en apportant, outre les éléments déjà connus de l’écrivain (sa mère, l’actrice Luisa Colpeyn, Alberto Modiano, son père avec lequel il se brouillera définitivement), des personnages qui traversent ses romans, comme Jean et Kiki Daragane, dont le narrateur (l’auteur ?) est amoureux.
Ironie aussi, car la définition du mot anglais « pedigree » renvoie à la généalogie d’un animal de race, chien ou cheval le plus souvent, bref, la parfaite alliance du hasard et de l’après-guerre qui ont fait se rencontrer une actrice belge, fille d’un docker d’Anvers, avec un trafiquant de marché noir au sortir de la guerre. Mais Paris, où les protagonistes vivent, est la ville de tous les possibles. L’auteur se promène avec Raymond Queneau, finit par se tourner vers l’écriture : on connait la suite…
Pour en savoir plus : le réseau Modiano...
(26/01/2024)

 

L’inconnu de la poste, de Florence Aubenas, éditions de l’Olivier.
Florence Aubenas, journaliste, nous emmène du côté d’un fait divers sordide : le meurtre d’une employée des postes en 2008. Or, c’est la personnalité du principal suspect qui nous interpelle : Gérald Thomassin, acteur trop tôt encensé pour sa participation à 16 ans dans Le petit criminel. Titre prémonitoire… A la suite d’une carrière chaotique, devenu toxicomane et alcoolique, il est accusé du meurtre de la postière en 2013. Or, bien des incohérences sont constatées, notamment la présence d’un ADN qui n’est pas le sien sur la scène du crime. Ces incohérences aboutissent à un non-lieu rendu en 2020, mais c’est trop tard : Gérald Thomassin a disparu soudainement depuis 10 mois. A ce jour, il n’a pas reparu et est considéré comme mort par ces proches.
Comme d’habitude, la plume de Florence Aubenas est précise, sachant donner vie à tous ceux qui ont gravité et disparu autour de cette petite agence postale aux confins des Alpes. Aucun pathos, ni parti pris dans cette affaire qui ne sera sans doute jamais franchement élucidée malgré la condamnation en octobre dernier du suspect qui avait laissé son ADN.
(19/01/2024)

 

Cutter d’Yves Ravey, éditions de Minuit.
L’auteur bizontin, une fois de plus, nous régale d’une histoire mi-policière, mi-série noire qu’il concocte avec un soin précis. Les intrigues sont généralement puisées dans des situations en apparence normales, vies ordinaires qui finissent par déraper gravement.
Cutter met en scène un jeune handicapé placé dans une institution, son oncle, jardinier chez une belle jeune femme, mariée à un entrepreneur. Le mari est retrouvé mort. Il s’est suicidé par asphyxie en laissant tourner le moteur de sa voiture. Du moins, c’est ce qui apparaît lorsque la belle épouse et le jeune handicapé, venu aider son oncle à des travaux de jardinage, le découvrent dans son garage.
Évidement, on se doute que la vérité sera toute autre…
Yves Ravey, comme d’habitude, excelle à révéler la part noire des personnages auxquels on aurait donné jusque-là le bon Dieu sans confession.
(12/01/2024)