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Notes d'écriture

 


J'ai envoyé le 18 février dernier la seconde version de Y. J'avais déjà relaté dans cette même rubrique le 13 janvier dernier la nécessaire cure d'amaigrissement qu'il me semblait devoir entreprendre au sujet de ce texte, remaniement d'ailleurs acté lors de ma visite chez ma maison d'édition quelques jours après. Voilà, c'est fait, il m'a fallu moins d'un mois pour reprendre les mille pages de la version initiale, je m'attendais à plus. Au final, le texte s'est réduit de près de 25%. Ça peut paraître beaucoup, mais en réalité, Y demeure le plus long texte que j'ai jamais produit, malgré ces coupes. Dans une édition grand format (comme celle de VPAR qui atteignait 415 pages), on devrait être aux alentours de 500 pages. Gros livre donc, et c'est pourquoi une relecture du premier jet était nécessaire pour éliminer les scories qu'un texte au long cours laisse apparaître, mais aussi prendre en compte l'obligatoire lassitude que le lecteur peut ressentir devant un texte long. En effet, si, au départ je voulais bâtir une œuvre comme Les Misérables ou La Guerre et La Paix, force est de constater que le lectorat d'aujourd'hui n'est plus adapté à des entreprises de longue haleine. Le zapping permanent que nous impose la vie moderne nous a déshabitué à ces lectures d'un autre siècle. Pour VPAR, et pour Faux nègres aussi qui dépassait les 400 pages, j'avais tenté de rendre la lecture plus attractive en élaborant des chapitres courts, nécessaire à une respiration plus agréable que de devoir suivre avec inquiétude des blocs de pages ininterrompus qui nous donnent l'impression de ne pas avancer. J'ai suivi là encore ce précepte. Mais j'ai surtout tenté de resserrer le texte autour des personnages. Si l'apport historique est nécessaire pour comprendre ce qui passé dans l'Europe que je décris pendant 230 ans, il ne faut pas non plus perdre le fil du récit dans un luxe de détails qui, au final, apportent peu à la compréhension des situations. Exit donc, les références trop lointaines ; exit aussi pas mal de précisions qui délimitaient le contexte littéraire de l'époque (il reste tout de même des allusions incontournables comme Hugo et Tolstoï). Au final, mon orgueil de bâtir une épopée s'est réduit à un tiers seulement d'une œuvre comme Les Misérables ou La Guerre et La Paix et c'est tant mieux. Reste donc à travailler le texte ligne par ligne, à me poser des questions et à les résoudre : placer une carte géographique, peut-être un arbre généalogique, faut-il supprimer l'épilogue qui me paraît superflu.
Mais ce qui me reste de cette seconde version, c'est d'avoir bâti un récit dont certaines manières d'écrire, de s'impliquer en tant qu'auteur sont différentes : j'en vois trois principales : premièrement, le début (enfin les quatre premières parties, soit plus de la moitié du livre) sont tributaires essentiellement de mon imagination ; deuxièmement, la cinquième partie (la plus grande et probablement la colonne vertébrale du livre) est tributaire de souvenirs racontés ; troisièmement, ma propre vie fait irruption dans la dernière partie avec les inconvénients liés à " se raconter ".
A suivre…
(20/02/2020)

 

 


Troisième et dernier jour de poésie au lycée Chanzy de Charleville-Mézières. La quatrième séance, officiellement prévue, est dévolue à la restitution du travail accompli par la classe de seconde dans laquelle j'interviens cette année scolaire avec Karine, la professeure de français, et tout cela est prévu le vendredi 20 mars prochain.
Cela a passé tellement vite ! Au départ, notre projet était plutôt vague : la poésie bien sûr, puisqu'on est dans la ville natale d'Arthur Rimbaud. Et puis évoquer Haïti et sa poésie populaire, car c'est le domaine de passion de Karine (et qui me l'a transmise, merci beaucoup). Enfin, profiter de la manifestation du Printemps des poètes qui aura lieu tout le long du mois de mars pour officialiser le travail accompli. Mais où ? A la médiathèque toute proche ? Au lycée ? Et comment ? Lectures par les lycéens ? Expositions de leurs textes ? Et quoi mettre en avant ? Beaucoup de questions, peu de réponses fermes. Dans l'instant, nous restions avec nos questions initiales en suspens, chacune des trois séances (1h30 par demi-classe de dix-huit élèves) était dense, retour sur le travail précédent, explications à fournir, puis jeux d'écriture, pas le temps de penser à grand-chose, de prendre du recul pour prévoir la suite.
Mais la magie (de la poésie ?) a opéré : au moment de cette troisième et dernière séance, j'ai mesuré combien nous étions finalement pilepoil dans le thème retenu cette année pour le Printemps des poètes et qui est le courage. La première séance en effet a été consacrée à produire de courts poèmes dans le style des haïkus, et combien cette activité anodine en apparence requiert comme courage individuel : écrire, lire, se dévoiler devant un lecteur ou plusieurs. Avec la seconde séance consacrée à Haïti, il s'agissait cette fois-ci de la poésie en symbole absolu du courage collectif qu'il faut pour vivre là-bas. Les textes seront bâtis à l'aide d'anaphores, d'embrayeurs comme " il y a ". Au début de la troisième séance, les lycéens reviennent sur ce qu'ils avaient écrits : très beaux textes. Je mesure combien ils n'ont rien à envier à des poèmes de même facture, par exemple le " il y a " d'Arthur Rimbaud dans Les illuminations ou celui d'Apollinaire.
Pour la troisième séance, ce sont des poètes courageux que nous abordons, Pablo Neruda, notamment Le livre des questions  (voir en note de lecture) nous permet de continuer de la même manière que le poète chilien, avec en écho, Le livre des questions d'Edmond Jabes, écrit à propos de l'holocauste, autre forme de courage. Et courage donc pour les lycéens, puisque cette troisième séance vivante leur donnait l'occasion d'écrire à la vue de tous leurs questions au tableau.
Ainsi, tout ce qui a été produit pendant ces trois séances d'écriture - haïkus, anaphores, questions - constitue une belle matière poétique pour le Printemps des poètes (bravo à tous). Je ne doute pas que la restitution prévue en mars, les lectures, l'exposition des poèmes sera une vraie réussite (une fraîcheur dans un environnement scolaire marqué par la navrante disparition de l'écriture d'invention). J'ai prévu de revenir quinze jours avant cette manifestation, d'abord pour en régler les derniers détails avec Karine et cette classe attachante et aussi parce que les élèves ont lu Retour au mots sauvages (grande fierté pour moi) et que nous n'avons pas eu l'occasion (ni le temps) de beaucoup échanger ensemble sur mon travail.
(05/02/2020)

 

 

 

C'est encore en pensant à Paul Léautaud que j'aborde ce jour de grève pour aller à Paris. En effet, je ne chercherai même pas à prendre le RER B, j'ai décidé de me rendre à la capitale à pied, ainsi que le faisait l'écrivain pour aller de Fontenay au Jardin du Luxembourg et y nourrir les chats errants. La coulée verte qui va du Sud au Nord offre d'abord un terrain facile et tranquille, outre les joggers, il y a les cyclistes et les adeptes de la patinette électrique qui suivent les allées bordées d'arbres, loin du bruit et la circulation. D'où j'habite, le périphérique et l'entrée dans Paris est exactement à six kilomètres et il m'en faudra quatre de plus pour rejoindre les parages du Luxembourg et de la Sorbonne, le coin des libraires et Saint-Germain.
A midi, j'ai rendez-vous à la Closerie pour discuter de la suite de Y et de sa parution. Alors que la dernière fois j'étais assis à la place d'André Breton (voir Webcam du 07/10/2019), c'est à celle qu'occupait le grand Samuel Beckett que je me trouve aujourd'hui : bon présage ? En fait, le remaniement de Y ne me pose pas de problème : le texte en effet se doit de devenir plus nerveux, d'éviter que le lecteur se perde dans les deux siècles et un tiers et les six générations d'un récit dont le contexte historique est ardu. L'après-midi, retour chez l'éditeur où j'aborde plus précisément avec Jean-François, que je retrouve avec joie, le principe des modifications, la manière dont nous allons procéder et le calendrier. Car même si septembre paraît lointain, les contraintes éditoriales imposent de tout boucler quasiment dans les deux mois qui viennent. Nous abordons aussi l'illustration de couverture, cherchons des idées. J'émets le souhait d'une carte afin que le lecteur puisse retrouver les lieux exotiques de la Mitteleuropa que je cite.
Retour dans l'après-midi en banlieue Sud, toujours à pied et par le même chemin, sous l'air froid et sec. Un peu mal au pied en arrivant : j'ai tout de même parcouru 24 km !
Bénéfice direct de cette confrontation à propos de Y : j'envoie à mes éditeurs dans la foulée du week-end suivant les deux premiers livres remaniés et le projet d'une carte. A suivre !
(28/01/2020)

 

 

Note d'écriture de Pauline Delabroy-Allard :
" En quelque sorte. Il me faut du temps libre devant moi, beaucoup. Et puis un horizon libre, physiquement je veux dire, le mieux étant les endroits quasi vides. J'aimerais pouvoir écrire toujours dans un endroit où la vie matérielle n'a pas ou peu de prise, où la vie est déchargée d'un coup de ses contraintes quotidiennes. En attendant d'avoir la chambre de bonne dont je rêve, j'écris chez des amis. Les journées, pour l'écriture de Ça raconte Sarah, se passaient ainsi : je me réveille tôt, j'écris un poème d'échauffement, j'écris quelques mots ou quelques pages sans relire les lignes écrites la veille, je vais à la piscine nager un kilomètre, je déjeune, je fais la sieste, j'écris à nouveau quelques heures l'après-midi. Il me faut énormément dormir quand j'écris, c'est très important d'avoir un bon lit dans ces moments-là. "
(22/01/2020)

 

J'ai terminé Y le jour du 228ème anniversaire de la mort de Mozart, le 5 décembre dernier et j'ai aussitôt envoyé le manuscrit à mon éditeur. 228 ans d'histoire familiale, c'est la distance exacte de Y, commencé le jour du décès du musicien et où entre en scène mon arrière-arrière-arrière grand-père autrichien, âgé de quatorze ans et qui réside alors au Sud de Vienne. 228 années ne s'écrivent pas (ne s'inventent pas) en peu de pages et le livre déployé double presque Vie Prolongée d'Arthur Rimbaud, le plus grand que j'avais écrit jusque là. J'avais dans l'idée un roman de la teneur de La Guerre et la Paix de Tolstoï. En réalité, je n'ai atteint qu'un tiers. Pour autant, alors que je m'apprête à retravailler le premier jet avec les deux éditeurs de confiance qui m'accompagnent depuis des années, se pose la question de l'opportunité d'une cure d'amaigrissement de ce premier jet de Y.
En effet, d'un côté, la tendance d'une lecture au long court n'est plus de mise : qui peut se prévaloir de lire " vraiment " en entier Hugo, Tolstoï ou Balzac ? Le risque existe ainsi de délaisser des pages forcément éloignées d'une intrigue qui se déploie sur plus de deux siècles. D'un autre côté, la coquetterie qui me laissait imaginer un lecteur s'astreindre à être emporté par un souffle ininterrompu genre Guerre et paix ou Les Misérables tient du leurre et de la prétention la plus inouïe. Donc relire, traquer les longueurs qui ne doivent pas manquer lorsqu'on s'est attelé pendant seize mois à un travail régulier et conséquent, resserrer le texte autour du récit, des personnages principaux, se poser la question des anecdotes inventées, de leur utilité dans le texte, bref, cure d'amaigrissement du texte.
Plus délicat en revanche reste la méthode à utiliser. Comment en effet détecter dans deux cents ans d'histoire ce qui est essentiel de ce qui ne l'est pas ? La fiction et l'invention ne s'oppose pas aux anecdotes historiques que j'ai patiemment retracées (et avec difficulté tant l'histoire de cette région est complexe, tant je m'aperçois qu'en France cette Europe est méconnue : il m'aura fallu explorer des documents en allemand, en anglais, en serbo-croate). Dans cette imbrication, je dois repérer pour chaque historiette, rebondissement, souvenir raconté, voire vécu, ce qui est important, de ce qui est délayé dans l'écriture. En gros, c'est un tableau à quatre entrées que je dois résoudre (à l'exemple du tableau de gestion du temps qui m'a souvent servi dans ma vie professionnelle sur le partage des priorités entre ce qui est important et ce qui est urgent). Cela donnerait quelque chose comme cela :

 

Important ++

Important --

Délayé ++

A garder (voir pour faire plus court)

A retirer (anecdotique)

Délayé --

A garder (à compléter si besoin)

A retirer (superflu)

La notion d'important n'est pas facile à identifier. Bien sûr, dans mon histoire globale, certains évènements ne peuvent être passés sous silence. Ce sont souvent des faits vécus ou racontés. Ce sont parfois des vérités historiques dénichées, des dates, des documents importants, irréfutables. Mais ce peut-être aussi des histoires inventées (comment ne pas imaginer par exemple ce qui s'est déroulé le jour de la mort de Mozart).
La notion de " délayé " fait beaucoup plus appel au métier de l'écriture, à la manière de raconter, parfois de s'entourer de précautions inutiles, voire de certaines allégories pour masquer une pudeur ou une retenue pour éviter de se mettre en scène. Le moyen que j'ai trouvé à la relecture a été de re-chapitrer le texte par " historiette ", anecdote, évènement ou période racontée. Cette multiplication des chapitres présente l'avantage, d'un coté, d'être plus digeste pour le lecteur, qui " zappe " en quelque sorte d'une histoire à l'autre. Mais en plus, chaque narration nouvelle est mieux identifiée et, avec, une trop grande dilution : pour faire simple, chaque fait (chapitre) dépassant trois pages (ou plutôt 8000 caractères, soit 8 pages classiques de roman) doit être probablement remanié. Au boulot !
(13/01/2020)

 

 

Côté écriture, 2019 avait commencé avec la parution de Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace. J'attendais peu de cette parution en janvier. Les précédentes expériences m'ont montré qu'il ne se passait pas grand-chose lors de cette rentrée littéraire. Mais on ne peut pas toujours publier en septembre, on a l'air de courir après les prix, ce qui, en ce qui me concerne, n'a jamais été une priorité. Donc, Sans trace a été conforme à ce que j'attendais, bien sûr, il y a eu de bons échos dans quelques journaux nationaux (Le Monde, l'Huma, le Figaro, le Magazine Littéraire) et sur quelques blogs ou sites dont la présence me ravit autant. En revanche, pas de radio (télé, n'en parlons pas…), peu d'invitation de libraires, sauf celles que j'ai suscitées et la rencontre inattendue et bien sympathique de Liège (note d'écriture du 26/11/2019). La surprise est cependant venue à travers l'écho positif, élogieux et fervent de lecteurs qui ont véritablement accroché à mon histoire (enfin mes trois histoires entremêlées).
Mais enfin, surtout, 2019 a été dévolu à l'écriture de Y, terminé en décembre et dont la profusion m'a imposé un rythme hebdomadaire minimum d'un équivalent-roman de vingt pages minimum. Objectif atteint : en 2019, c'est plus de mille pages qui ont été rédigées. A noter que pour m'aider j'en ai rendu compte chaque semaine par SMS à Anne et Pierrot : merci pour vos encouragements (et dire combien je suis fier de participer à l'aventure de l'aiRNu avec vous tous (j'en parlerai très prochainement).
J'avais compté en 2019 sur une actualité littéraire plus fournie et le remplissage plus dense de mon agenda un peu plus relâché les années précédentes à cause de la thèse en 2017 et d'une année blanche au point de vue parution en 2018. L'année a surtout été marquée par mon retour aux ateliers d'écriture, Argenteuil d'abord, puis Charleville, avant celui proposé dans ma ville pour accompagner les jeunes migrants mineurs qui y débarquent, ce qui forme vraiment la bonne surprise de cette année en terme d'implication, de suivi collectif et d'enjeux. Du coup, 2020 va se poursuivre sur la même trajectoire, le retour marqué des ateliers avec un grand enthousiasme : celui de ma ville va se terminer en mars, mais d'autres vont se poursuivre, celui au Lycée Chanzy de Charleville avec la poésie en ligne de mire et une restitution pour le printemps des poètes, et un tout nouveau qui va m'emmener dans le département voisin de la Meuse et dont la forme, les objectifs et les participants me seront précisés ce mois-ci. A noter aussi que le travail sur Instants cuisine avec l'ami peintre Delatour, va lui aussi se doubler d'interventions au profit de la municipalité de Carignan : cela aussi va se préciser dans les prochaines semaines. Si j'ajoute à cela ma participation aux rencontres d'auteurs organisées par Interbibly à Epernay, Stenay et Reims prochainement, je m'aperçois que l'agenda du premier trimestre 2020 est déjà aussi fourni que l'ensemble de l'année 2019. Tout cela sera entremêlé avec les corrections de Y qui seront à la mesure de sa profusion avant sa parution en septembre cette fois-ci. D'autres news sont attendues pour 2020, mais il est trop tôt pour les évoquer.
(06/01/2019)