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Notes d'écriture


2025 a vu la parution de Père patrie. Ça m’a soulagé de renouer ainsi avec la publication et avec ma maison d’édition. Fayard était dans la tourmente depuis plusieurs mois et il a fallu attendre que cela se tasse. Grand plaisir donc à retrouver les personnes que je côtoie depuis plus de vingt ans pour certaines. Grand plaisir également à retrouver le fonctionnement efficace de « la librairie Arthème Fayard » qui existe depuis 168 ans.
Concernant Père patrie, cependant, les changements récents et la mainmise de Bolloré m’ont embarqué vers des médias auxquels je n’adhère pas et quelques gesticulations littéraires m’ont laissé pantois (le prix Edgar Faure). A part cela, il ne s’est pas passé grand-chose, aucune participation à un quelconque salon d’automne et les quelques rendez-vous autour du livre sont surtout dus à mes relations, comme la rencontre prévue vendredi 20 mars prochain, à la médiathèque Jean Ferrat d’Argelès-sur-Mer.
Ceci dit, d’une manière générale, le ressenti des lecteurs autour de Père patrie est plutôt bon. J’ai déjà émis l’hypothèse d’une suite, quelques amis l’attendent, mais plus que cette injonction, c’est l’idée de continuer à faire vivre les personnages (que je laisse en plan brutalement dans Père patrie) qui m’a taraudé. J’ai déjà écrit mollement quelques pages. Je connais la trame de l’histoire que je pourrais écrire, J’ai même le titre, l’épigraphe. Tout cela, je l’ai lentement retourné dans ma tête, ça me poursuit parfois la nuit ou dans mes rêveries. C’est plutôt bon signe.
La suite donc, pourrait (devrait) être écrite plus gaillardement. Il faudrait que je m’y attelle plus sérieusement et plus régulièrement surtout. Il faut désormais que j’élimine les dernières réticences, notamment celles liées à la réception de Père patrie, qui somme toute, s’est bien passée et qui est derrière moi maintenant. Il faut surtout que je bâtisse une suite que je puisse justifier par rapport au roman qu’elle continuera en quelque sorte. Je m’y attelle, mais c’est une affaire plus complexe que je ne l’avais pensé au départ. D’abord, il y a l’idée qu’une suite constitue un roman du roman précédent, une mise en abyme de la fiction, en quelque sorte, et, quand comme moi on a été baigné dans les injonctions du Nouveau roman, ce pas supplémentaire vers une « fiction augmentée » n’est pas naturel (j’envie Pierre Lemaître, passé maître dans l’art de créer de véritable sagas). Mais l’enjeu en vaut la peine et je me range désormais sans fausse honte dans la catégorie des romanciers.
Il y a aussi dans la perspective 2026 un évènement littéraire qui devrait aboutir, qui ne me concerne nullement, mais dont la fierté que j’éprouve à l’avoir induit, me pousse moi-aussi à créer et à écrire. Espérons que cet aiguillon, ainsi que toutes les réserves qui sont en train de se lever, contribueront à me faire rejoindre ma table de travail plus volontiers et plus fréquemment les prochains mois.
(16/01/2025)


L’année 2025 a été dense côté rencontres, ateliers et animations diverses : 31 interventions recensées dans l’agenda, plusieurs chaque mois, sauf en août. Mais ce n’est pas la parution de Père patrie chez Fayard pour la rentrée de septembre qui aura monopolisé les programmations. Ma vie littéraire se situe désormais ailleurs.
Je termine ainsi l’année avec trois rendez-vous en décembre, une rencontre avec Ismaël Keita dans un supermarché Leclerc, la restitution du Festival de l’écrit pour le département de la Meuse et ma participation dans un lycée troyen pour une « nuit de l’écriture ». Interventions provinciales donc, au plus près des gens, pas forcément avec de grands lecteurs, ce qui n’exclut pas la richesse de ses rencontres.
Les clients du supermarché qui déambulent dans la préparation des fêtes ce samedi 6 décembre sont ainsi surpris de remarquer au rayon livres deux auteurs, Ismaël Keita et moi, annoncés à grand renfort d’affiches. Le supermarché à bien fait les choses et Ismaël, qui rencontre un phénoménal succès local (voir en Notes d’écriture du 21/11/2025), a déjà quasiment épuisé sa réserve de livres avant même ce rendez-vous. Pour ma part, je propose Père patrie (qui sera la deuxième présentation dans ma ville avec celle de septembre à la librairie Larcelet). Même si les clients ont en tête l’achat des chocolats de Noël, il est bon toutefois que la littérature soit présente et les quelques livres que j’ai dédicacés et déposés au fond des caddies ont rempli leur office.
Dix jours plus tard, c’est dans la Meuse, à Verdun, que se déroule la cinquième et dernière séance de la restitution du Festival de l’écrit, une par département qui participe à cette grandiose entreprise. Comme pour les autres rencontres, le public est venu nombreux et, avant la rencontre plénière et la remise des prix du festival l’après-midi (avec la participation désormais actée de Céline et Vincent Bardin qui mettent en musique et en voix les lectures des textes lauréats), j’ai animé deux mini-séances d’ateliers d’écriture le matin, avec une dizaine de personnes à chaque fois. C’est toujours un grand moment d’improvisation (ce qui n'est pas pour me déplaire : la littérature en ressort toujours grandie dans ces contraintes) et cette dernière séance n’a pas échappé à la règle : une petite salle m’était réservée, avec onze chaises, pas une de plus, et aucune table, excepté un bureau qui, je suppose, était pour moi. Heureusement, il y avait un tableau. L‘improvisation s’est naturellement tournée vers la construction collective d’un poème de fin d’année. Pour cela, j’ai honteusement pillé dans les incipits qui m’avaient été proposés pour la Nuit de l’écriture.
Car celle-ci a eu lieu le lendemain soir à Troyes. L’obscurité tombant vite en hiver, c’est à partir de 18 heures que nous avons accueilli avec Marie, la professeure de français, une dizaines d’élèves au CDI du lycée Chrestien de Troyes. J’avais participé, toujours avec Marie, deux ans auparavant à une « nuit » similaire (note d’Étonnements du 08/12/2023). L’organisation et mon rôle étaient les mêmes. Après une brève présentation du métier d’écrivain, j’ai aidé les lycéens à construire le début d’une petite nouvelle, dont la première phrase était l’incipit d’un roman en lien avec la fin de l’année.
Nous avions ainsi quatre exemples : « C’était un froid affreux ; il neigeait et la nuit commençait à se faire. Le dernier soir de l’année, la veille du jour de l’An. », Hans Christian Andersen – La Petite Fille aux allumettes ; « On était en pleine nuit. Il était environ deux heures du matin. Il y avait dans la cour une seule petite fenêtre éclairée, et c'était celle de la cuisine... », Victor Hugo – Les Misérables (Partie 2, Livre 5, Chapitre 1 : La petite Cosette) ; « Noël ne sera pas Noël sans cadeaux”, grogna Jo, les mains dans ses poches. », Louisa May Alcott – Les Quatre Filles du docteur March ; « Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais non, je ne réveillonnerai pas !», Maupassant – Nuit de Noël.
Chaque élève a ainsi choisi la phrase qui l’inspirait le plus et nous avons ensuite gravité d’un participant à l’autre pour aider à faire émerger les idées. Belle expérience une fois de plus. J’ai même offert l’un de mes livres, Yougoslave, à une lycéenne pour son grand-père, originaire de Croatie.
Ainsi se termine les rencontres 2025 avec comme point commun entre toutes, celui d’avoir côtoyé des personnes de tous âges, de toutes conditions et de toutes origines, bref une humanité belle, simple et réelle, avec des livres comme prétextes. Encore faut-il comme préalable à ces rencontres que la littérature si intimidante pour tous, consente à descendre du piédestal où nous l’avons abusivement hissée.
(09/01/2026)