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Notes d'écriture


Thèse, encore et toujours : en ce moment ça forme l’essentiel de l’écriture, donc des notes d’écriture, et ce n’est pas prêt de s’arrêter, du moins pas avant fin octobre, date encore à choisir mais qui se précise. J’ai rencontré mon directeur de thèse vendredi dernier (au retour, voir « Café Bellevue » en note d’étonnements). Je lui avais fourni la rédaction d’une deuxième partie à vérifier. Au final, l’impression de peu de choses à revoir, ou peut-être que je m’habitue enfin à cette manière de travailler ensemble : à moi, la naïveté du premier jet (naïveté est un terme un peu fort : savoir que la prose académique est précise, mesurée, argumentée), à lui, la connaissance des pièges universitaires, travers à éviter, toute une compréhension des arcanes institutionnels. La rédaction d’une thèse est très différente d’une écriture romanesque, on s’en doute, mais les relations entre le premier lecteur (celui qui vous conseille) et l’auteur, sont comparables aux prestations entre un écrivain et son éditeur. En ligne de mire, on cherche les réactions de ceux qui vont vous lire. Si le lectorat du roman demeure incertain, celui de la thèse est connu : d’abord les membres du jury, nombre restreint, unis par des préoccupations semblables, une connaissance commune du sujet. Cela peut paraître plus facile que pour un roman, on connaît le lectorat, on va pouvoir échanger avec lui de vive voix, en profondeur, en argumentant sur les choix rhétoriques, sur la pertinence de la problématique. A la réflexion, c'est casse-gueule : vous êtes l’apprenti, votre lectorat a suffisamment d’expérience pour jauger la pertinence de votre discours, examiner les pistes qui s’offraient à vous, lever des manques, des approximations.  L’éditeur de roman a une tâche moins précise, plus floue : d’abord regarder l’attrait, la nouveauté de ce que vous proposez, la langue, votre style, la cohérence avec les livres précédents ; tenter d’évaluer et d’anticiper les réactions d’un lecteur inconnu ; et surtout, parce l’édition n’est pas une entreprise philanthropique, appréhender  le potentiel commercial de votre projet de roman. Autre différence importante : dans l’édition, le professionnel (l’écrivain) c’est vous ; pour un doctorat, vous demeurez une sorte d’amateur destiné à être adoubé par ses pairs. En ce qui me concerne, le jeu est un peu différent : 99% des thèses sont un tremplin pour une carrière professionnelle, ce qui n’est pas mon cas, ma thèse est juste un plaisir de recherche (le mot plaisir, dans ce cas, étroitement mêlé à contrainte, rigueur, parfois de l’émoi, de la contrariété, de l’inquiétude). Le plaisir, cependant, se cache aussi dans l’inattendu : plaisir des découvertes, et j’en apprends beaucoup sur ma façon d’aborder la fiction en étant régi par les règles strictes de la rédaction universitaire. Nul doute que ces manières de réfléchir, d’organiser, me seront utiles par la suite, hormis la connaissance brute du sujet de la thèse qui fait de vous un spécialiste. Donc, deuxième partie remise, corrections maintenant à revoir et s’acheminer de suite vers la troisième partie. Nous avons défini les prochains rendez-vous, trois déjà avant les vacances. Le reste du travail est important : à vue de nez, c’est la charge d’un roman de 500 pages à rédiger en 5 mois, ça monte en tension… Pas d’autres choix qu’un boulot suivi avec le printemps et l’été qui seront souvent admirés par la fenêtre du bureau.
(03/04/2017)

 

Je n’ai jamais été rigoureux. Ou du moins, je ne me suis jamais considéré comme tel. Dans mon travail, j’ai souvent passé pour quelqu’un de pas très administratif, pas toujours ordonné. Dans la vie, parfois nous avons été (sommes encore ?) considérés comme des originaux pas toujours fiables auxquels il faut rappeler la ponctualité (ce qui est ridicule, je suis toujours à l’heure). Hier encore, à propos d’une erreur minime de placement dans un concert, une connaissance m’a dit cette phrase qui m’a énervé : cela te servira de leçon pour la prochaine fois. Je n’ai pas besoin de leçon, et la rigueur n’est jamais qu’une perception dans le regard d’un autre (qui souvent manque lui-même de rigueur…). Quand je regarde les faits, peu de choses à me reprocher : côté administratif, je n’oublie jamais une échéance, impôts et factures à temps, côté vie, tout est réglé comme du papier à musique, entretien de la maison, du jardin, des véhicules y compris ceux de mes enfants, ce qui fait tout de même 4 voitures, entrainements sportifs réguliers, 12 livres en 16 ans, études reprises jusqu’à cette fameuse thèse : sans rigueur, comment aurais-je pu organiser tout cela ? Alors d’où vient cette perception à laquelle je souscris ? Au quotidien, probablement. Livré à moi-même, je tarde à me mettre au boulot, j’ai toujours une bonne raison pour reculer l’échéance. Et depuis janvier, il est vrai que je suis dans cette ambiance monacale. La thèse bien sûr m’accapare, avec cette échéance d’automne, je ne peux plus reculer. À savoir m’obsèdent les heures qui s’égrènent au long des jours, dans cette tension qui vous laisse croire qu’on n’aura jamais le temps de tout faire, tout relater, rechercher, déterminer et rédiger. Il faut se représenter ce que c’est qu’un travail de thésard : un amoncellement de livres (à ce moment précis, je compte dans mon bureau deux caisses qui contiennent 93 livres et 43 ouvrages sont répandus dans des sacs, sur le sol, sur la table – ces derniers sont remués pour certains plusieurs dizaines de fois chaque jour). Il faut imaginer le temps qu’ont pris les recherches, résumées dans les 25 pages de ma bibliographie, au total près de 400 références, livres, articles, ressources web qu’il a fallu éplucher, classer se souvenir, annoter. Il y a ce calepin somptueusement intitulé « Feuilles de route » (sic !) et qui me sert de carnet de thèse, à noter des remarques, des choses à ne pas oublier, des recherches à faire ultérieurement, tout ce qui se trame en parallèle de la rédaction. La rédaction : pour exemple, rédigé une partie en un mois que je dois présenter à mon directeur de thèse, équivalent de 70 pages de roman, mais en plus argumenté, prouvé, cité : j’ai déjà 360 notes de bas de page, j’en suis à peine au tiers de la rédaction. Et tellement différente que pour un roman, peu de créativité, s’effacer derrière chaque affirmation, la prouver scrupuleusement, faire attention à l’oralité qui est un tic persistant pour moi, rien de vraiment naturel. Alors la rigueur, j’en manque. Par exemple, pourquoi revenir à l’instant de 2 heures de vélo (temps magnifique), alors que j’aurais pu mettre à profit le même temps pour remettre en ordre ma bibliographie, avancer sur ma troisième partie (remarquez que je suis à mon bureau puisque j’écris cette note, il me suffit de changer de fichier…). Jours de rigueur commencés en hiver, donc, et dans le sens où, à part quelques échappatoires sportives, ménagères ou autres (j’ai même joué au régisseur pour un concert ce week-end), je ne profite pas vraiment du printemps, rosiers taillés à la va-vite, longues heures dans les bouquins et toujours cette sensation étrange de mollesse. Au final, peut-être que la rigueur réclame ces diversions. J’ai toujours eu l’impression d’approcher mes préoccupations d’écritures en stries concentriques, ne pas y aller de front, analyser, regarder l’extérieur. Peut-être que c’est le fondement de toute recherche, universitaire ou autre, tout prendre en compte, laisser divaguer son esprit et son corps, c’est probablement faire preuve d’encore plus de rigueur.
(27/03/2017)

 

Mon Journal de la canicule est paru en poche : c’est l’actualité du moment. Rien à faire de mon côté : j’ai juste eu à donner mon aval pour la couverture, qui demeure curieusement très proche de l’édition originale. Le livre était paru en octobre 2015, la parution en poche suit un an et demi plus tard, c’est la règle. Et c’est une règle qui me convient : grande joie de voir le quatrième de mes livres en format poche, après Retour au mots sauvages, Ils désertent, Faux nègres. Pour la petite histoire j’avais oublié que ce titre, paru juste après la rentrée littéraire et au demeurant fort discret, devait paraître en poche. J’avais cru qu’il s’agissait d’une erreur, en l’occurrence de Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, également déjà prévu, mais pas dans l’immédiat. Aussi, grande joie à voir ce livre s’ajouter à la recension de mes œuvres, fameux format poche qui vous laisse croire un instant au milieu des autres parutions bon marchés et populaires, qu’on est une sorte d’auteur déjà un peu mort, comme Beckett, déjà un peu people comme Beigbeder, déjà mélangé à de vieux Balzac, Baudelaire, Bobin, Bon, Butor pour rester dans la série alphabétique. J’ai reçu à mon domicile une dizaine d’exemplaires d’auteurs, et je me suis empressé d’en fourrer un dans le sac à dos qui m’a accompagné à Bruxelles le lendemain (voir en Étonnements). Là, dans une chambre inhabituelle, j’ai relu mon propre livre, avec la découverte qu’il sied à un tel ouvrage, de surcroît assez maigre et peu onéreux (120 grammes à la balance de ménage et 6,90 euros chez votre libraire). C’est pas mal ! Plutôt bien écrit par ce type au nom imprononçable Thierry B quelque chose. C’est l’histoire d’un mec qui écrit un journal pour se disculper d’une aventure mal engagée pour lui : ayant pénétré (par hasard ?) au domicile de ses voisins disparus depuis deux à trois mois, il décide de raconter son enquête et la litanie des jours de l’été caniculaire de 2003 (d’où le titre). Voilà pour l’intrigue. Évidemment, je connais plutôt pas mal le bouquin, mais je relis souvent les mêmes passages : le long chapitre qui commence à la page 58, les pages 128, 129 et toute la fin à partir de la page 186. C’est drôle, ça me fait toujours cela de me relire en poche, comme si un autre auteur que moi avait écrit le livre. Pour Faux nègres c’est pareil, peut-être un peu moins pour Retour au mots sauvages ou Ils désertent, enfin je ne sais pas trop, j’ai à chaque fois l’impression de n’avoir écrit ce livre que pour le retrouver quelques années plus tard dans le petit format et pouvoir le relire. J’oublie alors qui est l’auteur, je ne suis qu’un lecteur. Peut-être que cette question (forcément intime) n’a été que peu abordée par la critique universitaire : est-on lecteur de soi-même ? de quelle manière ? J’attendrai le prochain poche pour redécouvrir « mon » Rimbaud…
(20/03/2017)

 

Le week-end précédent a été bien occupé. Le samedi, les amis de Rimbaud m’ont offert la joie de participer à une de leur réunion pour exposer ma Vie prolongée d’Arthur Rimbaud. Et le dimanche, j’ai participé au salon du roman historique à Levallois-Perret. Rien d’extraordinaire, j’ai l’habitude de ce genre de manifestation où on attend le chaland devant son étal. Cela ne me gène pas, je suis plutôt du genre bavard. Pas du tout intéressé pour placer mes livres, je préfère parler de tout et de rien. Certains collègues n’hésitent pas, tendent leur livre d’une main impérative à qui passe devant eux. D’autres sont abonnés au succès, j’ai ainsi côtoyé une fois un écrivain qui félicitait chaque lecteur pour le choix d’un de ses livres en affirmant avec modestie et sérieux à chaque fois : Vous avez raison, celui-là est vraiment mon chef d’œuvre… Bref, pas trop mon truc d’alpaguer le potentiel client. Pourtant, pour une fois j’ai joué mon rôle, j’ai apporté des précisions à VPAR ou à Faux nègres, j’ai parfois convaincu et certains sont repartis avec un livre. La surprise est venue toute seule, ou plutôt deux surprises. Une dame tout d’abord, en décidant d’acheter mon livre sur Rimbaud, a déclaré : D’autant plus que je m’appelle « Baudelaire »… Certes, ça ne s’écrivait pas pareil, il y avait une lettre en plus, mais tout de même, je me suis fait un malin plaisir d’ajouter à la dédicace, en plus de son prénom, le fameux nom célèbre. Elle m’a aussi affirmé qu’elle avait bien un lien de parenté, lointain mais réel, avec le célèbre poète. Une heure plus tard, alors que j’étais encore en pleine rêverie, un monsieur cette fois, saisit VPAR. Je discute un peu, je fais l’article, il me tend le livre pour que je lui dédicace tout en affirmant : Vous savez, je m’appelle « Rimbaud ». Certes, là encore, la calligraphie était différente, mais tout de même, rencontrer Rimbaud et Baudelaire dans la même journée et leur dédicacer un livre, ce n’est pas banal. Seul regret : j’avais aussi sur mon étal le livre que j’ai consacré à Picasso en 2007 (1937, Paris Guernica), mais hélas, personne ne s’est présenté en revendiquant s’appeler Cézanne ou Matisse. On en veut toujours plus…
(06/03/2017)

 

Proust commence, vers 1910. Dans Contre Sainte-Beuve, il note : «  Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère ». Puis Sartre anone la formule dans Les mots en 1964 : « On parle dans sa propre langue, on écrit en langue étrangère ». Enfin Barthes renchérit six ans plus tard en 1970 : « L’écriture est une langue étrangère par rapport à notre propre langue, et cela même est nécessaire pour qu’il y ait écriture ». On pourrait trouver d’autres exemples. Cela suffit à me ravir, moi qui cultive le complexe de ne savoir parler aucune langue étrangère. L’anglais, que je sais à peu près comprendre et lire, mais que je suis incapable d’écrire et encore moins de parler sans faire répéter trente fois mon interlocuteur, est mon grand regret. Ah ! J’aurais tant aimé être bilingue comme Beckett ! Soit. Mais revenons à cette langue des romans qu’on prétend étrangère. Je me souviens dans un débat scolaire qui réunissait plusieurs auteurs, une lycéenne m’avait apostrophé : « Ouah, m’sieur, vous écrivez trop chelou. Faut un dico pour piger chaque mot. On  comprend rien ». J’avais répondu qu’écrire, c’est comme parler une langue étrangère, on ne comprend pas tout, mais le sens général est là. Et surtout ça nous déporte, on voit d’autres couleurs, d’autres sensations (enfin moi, ça me le fait). Et à force de lire, comme de parler une autre langue, on précise les descriptions, les paysages, les dialogues. On était myope et la lecture vous fait comme des verres correcteurs. Et puis, je ne sais pas écrire autrement. Je viens d’un pays forgé par Queneau, Vian, Fallet, Cendrars, Genevoix, Simon, Duras… Je peux aligner des centaines de références, elles ont toutes en point commun d’avoir été nourries également par cette fameuse langue étrangère forgée au début du XXème siècle, héritage d’Anatole vieille France. La langue évolue et c’est tant mieux. Mais elle le fait à son rythme, rivière en crue ou canalisée, on voudrait la dompter mais c’est impossible. On veut la brusquer, pire, on l’institutionnalise par des stupidités (effacer grec et latin, nénufars, etc.). Reste donc ce sentiment de la langue étrangère, vieille lune qui cohabite avec d’autres regrets, comme par exemple le fait que le français ne serait pas une langue littéraire (Diderot lance le pavé dans la mare le premier). Que d’autres seraient plus douées, l’anglais (encore lui…). On reproche à notre langue son inexpressivité. Bref, à force de taper sur elle, dans ce sport typiquement national, on a fini par la considérer comme une langue morte : « ça doit mourir. Il faut s’y résigner », clame Céline, « la langue des romans habituels est morte, syntaxe morte, tout mort ».  Ce n’est pas gai. Est-ce pour cela qu’on imagine une autonomisation de la langue littéraire ? Bourdieu évoque la naissance d’une bohème artiste incapable de l’assimiler et prônant l’art pour l’art. La langue littéraire est une langue de bobos. C’est parfois souvent vrai et c’est énervant. Lorsque j’écris, je ne me pose pas ces questions, sinon je n’avancerais jamais. Je trace mes phrases, j’énumère mes adjectifs. Quelquefois une phrase bancale convient mieux. A d’autres moments, on aimerait creuser la langue comme pour y enterrer quelque chose. On a des tics. Des réflexes salvateurs aussi : toujours se méfier d’une phrase qui vous plait. La langue, ma langue en tous cas, est vivante, elle remue en moi. Elle est étrangère, en ce sens qu’elle me dépayse.
(27/02/2017)

 

Proust filmé ! C’est ce qu’affirme un chercheur canadien qui a visionné le film du mariage d’un de ses amis en 1904. La découverte est extraordinaire, d’autant plus que le film est d’une excellente qualité. Proust s’y reconnait aisément. Mais autant il est également extraordinaire de retrouver un cliché de Rimbaud, autant ce plaisir se décuple en voyant le personnage s’animer. Proust est rapide, double le cortège sans manière dans les escaliers, allure de sportif. Il a trente-trois ans et ne s’est pas encore enfermé dans sa chambre pour écrire la Recherche. Il emmagasine sans doute bien des visions qu’il restituera plus tard : ainsi cette scène de mariage, peut-être inspirée par cette journée : « Et mes regards s’arrêtant à ses cheveux blonds, à ses yeux bleus, à l’attache de son cou et omettant les traits qui eussent pu me rappeler d’autres visages, je m’écriais devant ce croquis volontairement incomplet : « Qu’elle est belle ! Quelle noblesse ! Comme c’est bien une fière Guermantes, la descendante de Geneviève de Brabant, que j’ai devant moi ! » Et l’attention avec laquelle j’éclairais son visage l’isolait tellement, qu’aujourd’hui si je repense à cette cérémonie, il m’est impossible de revoir une seule des personnes qui y assistaient sauf elle et le suisse qui répondit affirmativement quand je lui demandai si cette dame était bien Mme de Guermantes. Mais elle, je la revois, surtout au moment du défilé dans la sacristie qu’éclairait le soleil intermittent et chaud d’un jour de vent et d’orage, et dans laquelle Mme de Guermantes se trouvait au milieu de tous ces gens de Combray dont elle ne savait même pas les noms, mais dont l’infériorité proclamait trop sa suprématie pour qu’elle ne ressentît pas pour eux une sincère bienveillance et auxquels du reste elle espérait imposer davantage encore à force de bonne grâce et de simplicité. »
(20/02/2017)

 

Aléas, non pas au sens des hasards et des imprévus de la vie, mais au sens de l’aléatoire, du choix hypothétique, hasardeux. Aléa, c’est aussi une fonction du tableur Excel et, tant que j’en suis à ranger les livres (voir en Étonnements), je dépoussière aussi mon ordinateur. C’est ainsi que j’ai retrouvé quatre fichiers nommés ALEA, qui sont en réalité des petits programmes constitués avec cette fonction du tableur. Le principe est simple, j’ai constitué des listes de noms, une structure de phrase précise et, à chaque ouverture, le tableur vient puiser de manière aléatoire dans les listes pour former un petit haïku.
L'ordinateur vous propose ainsi : 

Crépuscule qui resplendit
L'escargot aperçoit tranquillement
.
ou encore :
Paysage d'automne                                        
Même l'enfant gagne le ciel
.
ou bien :
L'homme signale l'élégant     
Comme la jeunesse pour le chien
.
ou également :

Matin qui brille
J’aperçois un esprit
.
Ce dernier est particulièrement évocateur. Il est, comme les autres, composé uniquement par une machine. Mes petits moteurs d’écriture datent de 1998. A cette époque je me souviens que j’étais très impressionné par les travaux de Jean-Pierre Balpe et la fabrique automatique de textes. J’avais même, au début des années 2000, fabriqué un générateur de comptes-rendus de réunion conçu de la même manière que pour mes haïkus. Jargon d’entreprise, formules passe-partout, ça se tenait et je me souviens que j’en impressionnais plus d’un à bâtir ainsi en un clic de souris mes comptes-rendus…
(13/02/2017)

 

Week-end à Nîmes pour le festival de la biographie (voir aussi en Webcam). Tout est sur place : on sort de sa chambre d’hôtel pour aller s’asseoir à sa table au rez-de-chaussée, derrière sa pile de livres, discuter avec ses coéquipiers, les passants, dédicacer quelques exemplaires. Ici, je fais figure d’iconoclaste. Ma biographie de Rimbaud n’en est pas une, les visiteurs s’attardent à lire les quatrièmes de mes romans, dont les titres et les couvertures interpellent. Pas de titres du genre Shakespeare, l’espion des âmes, comme ma passionnante voisine Henriette Chardak, pas de couvertures avec portrait accrocheur style Jack London en situation. La preuve, je ne me souviens pas avoir signé un seul VPAR pendant deux jours, grand plaisir cependant à évoquer RMS ou ID. Et puis grand plaisir à retrouver Michel Bernard (Deux remords de Claude Monet, La table ronde) et faire la connaissance de Françoise Cloarec (L’Indolente, Stock) qui a écrit sur Marthe Bonnard, l’épouse du peintre. Il y a aussi Bernard Chambaz, que je souhaitais depuis longtemps rencontrer. Grande joie d’avoir échangé avec lui, venu pour évoquer Aryton Senna (A tombeau ouvert, Stock). Nos conversations auront aussi porté sur une autre passion sportive (voir La petite bibliothèque du coureur, en Notes de lecture). Beau week-end, donc, avec en plus deux footing de 12 km le matin à la fraiche, pluvieux le premier jour, ensoleillé le deuxième. Je ne connais pas de plus grande satisfaction à découvrir de cette manière une ville que je ne connais pas. Á Nîmes, je suis passé en petites foulées devant tous les monuments, la maison carrée, la tour Magne en haut d’un parc très agréable, redescente jusqu’au stade de foot, retour via les arènes dont la circonférence fait cinq cents mètres avalés à fond, histoire de clôturer l’entrainement. Après dix jours de températures négatives dans mon grand Est, cette douceur était bienvenue.
(06/02/2017)

 

Jamais je n'aurais pensé prendre autant de plaisir à rédiger une bibliographie. Bien sûr ce travail s'apparente à celui de moine copiste que j'évoquais dans cette même rubrique quinze jours auparavant. Normes éprouvées, rédaction au millimètre, suite de noms d'auteurs, d'ouvrages, lieux, maisons d'édition, dates de publication, les lignes s'entassent, déjà plus de vingt-quatre pages d'ouvrages repérés, lus, annotés, cités. Rien de fastidieux justement, je me replonge dans l'histoire de ma thèse. Je connais souvent les ouvrages que je cite depuis plus de dix ans, et grand plaisir à retrouver ce compagnonnage, à réunir des articles de presse, des revues critiques disséminés un peu partout, sur des étagères, au fond des bibliothèques de la maison, mais aussi cachés dans les fichiers numériques constitués au fil des années, regroupés dans des dossiers, éclatés dans les différents ordinateurs de la maison ou sur des clés USB. C'est un travail que j'aurais dû probablement entreprendre depuis longtemps, mais j'étais plus dans la rédaction " en dur " de ma thèse, ce qui est probablement une erreur. A organiser cette biographie, la fameuse problématique du doctorant s'éclaire, la thèse que l'on veut défendre se précise, au sens d'affirmation, opinion, démonstration, position. C'est à la fois bien et préférable dans cette dernière ligne droite de quelques mois qui va précéder la soutenance, mais c'est aussi effrayant, tant il me semble que tout ce que j'ai rédigé jusqu'à présent doit être remanié. J'ai peur que le temps me manque. Je me console en me disant que c'est probablement un effet naturel que doivent connaître tous les doctorants. En même temps que j'élaborais cette biographie, j'ai ouvert un carnet de thèse, manuel, dans lequel je griffonne au crayon les idées qui me viennent et que je n'ai pas envie d'oublier sur le moment, ce petit historique des jours de travail est important. En plus ce carnet est beau, j'ai utilisé celui qu'une libraire m'a très aimablement offert : il s'appelle " Feuilles de route ", c'est dire…
30/01/2017)

 

En rangeant mes tiroirs de travail, j’ai retrouvé le ticket de caisse d’une librairie de Châlons. Le 2 mars 2010, j’avais acheté La Centrale d’Elisabeth Filhol. Et de suite me vient à l’esprit les porosités que la littérature a distillé au fil des jours de labeur. Parfois, dans les heures de bureau, il me venait une irrépressible envie d’acheter un livre. Il fallait que je sorte dans l’immédiat jusqu’à la librairie la plus proche. Par moment, je n’avais pas de besoin précis, il me fallait juste un livre, un petit carré de feuilles et si, par malheur, je repartais bredouille, n’ayant su choisir, ou affligé par de maigres étals (une fois, j’ai demandé Cesare Pavese, on m’a demandé comment ça s’écrivait, et au bout de lentes recherches, on m’a répondu qu’on ne faisait pas les auteurs peu connus…) je trainais mon ennui au retour, incapable de me mettre au travail, de rédiger un compte-rendu ou de prévoir une réunion. Perméabilité ainsi d’attitude entre travail et lecture. D’autres fois, c’était de belles surprises. Je me souviens de ces nouvelles de Beckett lues dans un Mac Do à l’heure de la pause-déjeuner, moi en costume de boulot, la prose de l’irlandais si magnifique et qui se heurtait aux murs artificiels de la restauration rapide. Je me souviens du Journal de Jean-Patrick Manchette, acheté à Beauvais en sortant d’un rendez-vous de travail. J’ai gardé en photographies les livres qui m’accompagnaient lorsque je partais plusieurs jours (exemple : La Route de Mac Carthy, bien nommée, dans cette page spéciale VRP).
Porosité de la littérature, côté écriture aussi : j’ai parfois rédigé quelques paragraphes d’un livre en cours dans le décor de mon bureau, affiches de propagande au mur, dossiers sur la table, au milieu, les lignes incongrues d’un futur livre sur l’ordinateur. Ça durait peu, à peine une paire d’heures volées au salaire, j’avais la réputation de travailler vite, ça compensait. Et puis j’ai toujours bossé par objectifs, je sais ce que j’ai à faire et dans quels délais, ça m’a servi au boulot et pour l’édition. Là encore souvenirs croisés : les lieux de travail qui alimentent l’écriture, comme dans Central, plus curieusement Bestiaire domestique avec les pigeons si proches de mon bureau sous les toits. J’ai toujours mêlé littérature et vie professionnelle, vie tout court d’ailleurs. J’ai fait mienne depuis longtemps la phrase de René Fallet : « Je n’ai jamais mis de frontière entre la vie et la littérature. J’ai toujours pensé qu’il me fallait vivre le plus littérairement possible». On m’a collé parfois l’étiquette d’écrivain du travail (ce qui ne me gêne absolument pas) et, aujourd’hui, alors que le travail salarié s’arrête et va se confondre en un seul bloc avec la littérature, nul doute que cette phrase va m’aider à continuer.
(23/01/2017)

 

En fait cet article devait s’appeler « rédaction académique », et, en prononçant le titre, d’emblée le lapsus de « réaction » s’est imposé. Non pas réaction au sens de réactionnaire comme une marche arrière, mais quelque chose de plutôt tiré vers l’avant, le mouvement, le panache de vapeur dans le ciel de l’avion à réaction, quelque chose de survenu, de rapide, d’irréfléchi, tout le contraire de ce que l’on pourrait envisager via le vocable de « rédaction », l’écriture sensée, pesée, appuyée par le sentiment d’académisme, d’institution, la vénérable pesanteur des Lettres, l’académie, l’université. C’est une remarque que l’on me fait, tandis que je suis friand de conseils bienvenus pour la thèse que je prépare. C’est important, bizarrement gratifiant d’être là, d’avoir roulé 200 km pour ce rendez-vous. On ne dévoile pas assez les coulisses des aventures doctorales, ceux qui s’y collent évacuent leur thèse terminée avec un soupir de soulagement, c’est éprouvant, ça dure, ça clôt le chapitre des études françaises, on est au sommet, enfin ça implique, ça use, ça modifie : souvenir de ce couple qui a retardé leur premier enfant le temps que madame termine sa thèse. Ça caricature aussi : voir ce fameux extrait du film On connaît la chanson. Enfin c’est utile, l’avenir en dépend pour beaucoup afin d’atteindre le top de l’université, parfois flirter avec les meilleurs spécialistes internationaux de la recherche. Mais chercher quoi ? Je recommence, vous ne comprenez pas : la thèse universitaire, le doctorat institutionnel, le graal académique est l’entrée dans la Connaissance, L’Intelligence, la Compétence, la Science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme. C’est cela que l’on cherche, il faut de la méthode et c’est pour cela ces 200 km, cet allant, la bienfaisante excitation d’être bousculé, remis en cause : réaction plutôt que rédaction, donc
Mais c’est après ma rédaction qu’il en a, celui qui me reçoit : la mienne manque d’académisme, j’écris avec oralité, je parle tout haut, je converse, je conférence, j’apostrophe, je bavarde, j’harangue. Je le sais : ces Feuilles de route sont le reflet depuis tellement longtemps de mes paroles jetées au vent. J’ai du mal à faire autrement. En même temps, ce qu’il me dit me travaille : il n’y a pas que cette langue académique qui me fait défaut, et la difficulté traverse en osmose mes tirades littéraires. Mes constructions narratives sont de la même trempe, énoncées à voix haute, ânonnées, récitées, psalmodiées, déclamées comme le « gueuloir » de Flaubert. Mes personnages sont bavards, ils pensent tout haut à travers mes lignes, ils sont moi, un Don Quichotte toujours partant pour embrocher des mots au hasard. Et c’est sans doute le vrai défi de cette thèse, remettre en cause cette écriture, lui donner profil bas, voix souple de récitant, phrases nettes de tâcheron, plus précises, les mots plus simples, moins d’imprévus, de possibles, d’adjectifs, changer, modifier l’ordre de ma représentation romanesque, voir ailleurs. Rédaction académique : j’aurais pu laisser croire à des enjeux poussiéreux, à de vieilles manifestations séculaires, ce n’est pas ça. L’académie, ça remue, ça me remue d’autant plus que je n’y ai pas d’intérêt, c’est une thèse pour le plaisir et celui que j’y prends maintenant vient de cette liberté de chercher, ne pas forcément trouver mais avoir accompli un chemin, avoir accroché une lampe en haut d’un arbre, redescendre de l’escabeau et m’apercevoir qu’elle est déjà éteinte, mais que d’autres à leur tour vont monter sur l’escabeau, rallumer la lumière. Il me faudra réserver cette logorrhée pour ici et ces débordements pour plus tard : voici venu le temps du moine copiste.
(16/01/2017)

 

 

« Nous sommes en 2017, précisément le 10 janvier 2017, à Louvemont, en Haute-Marne, France, Europe, Monde, Système Solaire et Univers. Il ne s’est rien passé depuis vingt ans. Ou si peu…».
Donc, nous sommes maintenant « le 10 janvier 2017 », comme dans mon livre. A l’époque de sa parution, je me souviens avoir dit en forme de boutade aux acheteurs (120 francs ! l’euro viendrait peu après) que je m’engageais à les rembourser si ce que j’avais prédit ne se réalisait pas. Mais comment mesurer ? Il reste toujours des vaches (heureusement) mais l’Europe que j’imaginais toute puissante, fédérale et avec trente-six nations, a perdu sa crédibilité et sa capacité d’agir. Bien sûr, le monde s’est durci, World Trade Center, attentats, guerres, terrorisme : à la réflexion, rien qui ne change vraiment chez les humains belliqueux depuis des millénaires. En revanche, il ne fallait pas être grand devin pour imaginer qu’à l’échelon local « Il ne s’est rien passé depuis vingt ans. Ou si peu… ». Le président du Conseil général (devenu départemental) était déjà en place, il y est toujours. Lui aussi a créé sa réserve bucolique, comme le jeune fonctionnaire Simon de mon livre, avec un projet nommé Animal explora, lancé depuis presque vingt ans aussi et qui peine à voir le jour. Depuis cette époque, on nous rabâche aussi que le site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure n’est qu’une expérimentation. Oui, rien n’a changé. Notre département qui fabriquait autrefois les plaques d’égout de la capitale, servira de poubelle, c’est le destin d’ici, zone en marge dépeuplée d’habitants, pas d’intérêt politique. Les indigènes qui restent sont modestes et prennent de l’âge, des Faux nègres que Marine Le Pen récupère à Brachay. Nous vivons dans une réserve comme je l’avais prévu dans mon livre. D’ailleurs ma proximité avec Vincent, père de Simon, un personnage qui me ressemblait et dont le « le 10 janvier 2017 » était le premier jour de sa retraite, n’a jamais été aussi forte : j’arrête mon activité salariée dans une semaine. Huit jours d’écart pour une anticipation qui date de vingt ans, c’est plutôt bien prévu… Autres prédictions proches, j’habite toujours au même endroit, à quinze kilomètres du village de Louvemont, je mets d'ailleurs un point d'honneur à le photographier ce 10 janvier. J’écrivais aussi « Par la fenêtre, la lune est ronde […] il doit geler ». La pleine lune est dans deux jours et il gèle toutes les nuits… Je peux continuer comme cela sur beaucoup de coïncidences : par exemple, mon fils est établi à Bruxelles, et Simon s’y rendait souvent pour son projet de ferme touristique. Bref, je décide unilatéralement que ce que j’avais prédit se réalise sur beaucoup d’aspects  étonnants, par conséquent, je ne me sens pas redevable à rembourser mes chers premiers lecteurs (qui sont par ailleurs toujours mes amis – le resteront-ils après cette déclaration fracassante ?).
Ce que je n’avais pas prévu également, c’est la venue de la télévision pour un reportage à propos de mon premier livre. J’avais proposé l’idée au journaliste présent lors de mon récent passage à Midi en France, et, dès la fin de l’année, nous avons imaginé avec l’antenne champenoise de France 3 un court sujet, dans lequel nous pourrions comparer la situation actuelle d’un éleveur haut-marnais, avec celle que j’avais décrite dans La Réserve. Je suis très heureux d’avoir pensé à Rachel et à son mari Emmanuel, agriculteur à Millières. J’avais rencontré plusieurs fois Rachel à Nogent, bibliothécaire passionnée, qui travaille de concert avec Philippe, connu dès La Réserve grâce aux écrivains de Haute-Marne, et dont l’implication de plus de trente ans à la médiathèque de Nogent est une référence. Je suis d’autant plus heureux parce que leur situation professionnelle n’est pas fameuse : un changement de direction a balayé leur bel enthousiasme, car c’est cela aussi l’inconvénient de nos faibles départements, plus fragiles que les autres. Les remarquables réalisations reposent sur une ou deux personnes et on peut annuler par une décision irréfléchie le fruit d’une vie de labeur : qui se soucie du patrimoine littéraire disparu ? Ainsi, le jour de tournage avec l’équipe de France 3 a été l’occasion de réunir ceux qui comptent pour moi. Nous avons commencé chez Françis Zahn, libraire et éditeur au Pythagore à Chaumont, nous avons continué chez Rachel et Emmanuel, ambiance chaleureuse pour le jour le plus froid de l’année, le thermomètre est descendu à moins onze dans leur ferme. Les vaches sont sereines, elles vont seules au robot de traite ou sous le rouleau qui les brosse (voir en Webcam) Comme dans La Réserve où Bernard, l’agriculteur appelle ses vaches par leur prénom, Emmanuel et son associé les respectent de la même façon. Nous irons à l’étable, dans les prés gelés avec Epée, la douce vache salers, joyeuse sous le soleil. Nous déjeunerons tous ensemble avec l’équipe de tournage, Rachel a prévu un repas de communion, et c’est vraiment la fête. Le tournage durera la journée : une parenthèse enchantée en guise de conclusion et que je n’avais pas prévue dans La réserve. Diffusion du
reportage de FR3 La Réserve vendredi 13 janvier 2017, à 10h30 et 19h15 sur France 3 Champagne-Ardenne.
(10/01/2017)

 

L’année qui vient, pour la première fois depuis trois ans, ne verra pas s’agrandir la liste de mes parutions. Après Faux nègres en 2014, Journal de la canicule en 2015 et Vie prolongée d’Arthur Rimbaud en 2016, pas de nouveauté pour 2017, hormis la parution en mars prochain de Journal de la canicule en poche (grand plaisir à voir la liste des poches se compléter, ce sera le quatrième). Mon parcours d’un livre annuel marque une pause, ma réputation locale d’Amélie Nothomb en souffrira. Mais je ne resterai pas inactif côté lettres : j’ai déjà des rencontres programmées dans la suite du S.A.V. de VPAR. D’ailleurs, en parlant de rendez-vous, mon agenda 2016 affirme que, cette année, j’ai donné suite à trente-huit rencontres, interviews, rendez-vous divers et variés aux quatre coins de la France et même à Londres.
2017, cependant, reste dévolue à un seul objectif…. roulement de tambour… ma thèse ! Je mets tout en œuvre pour concrétiser cette fameuse étude sur la littérature du travail qui me passionne depuis longtemps. J’avoue que, depuis que je l’ai entreprise, j’ai trainé pour cause de publications (cinq livres et deux nominations au prix Goncourt, ça occupe), mais la motivation reste intacte. J’avance, pas assez vite à mon goût, mais la réflexion de type universitaire que j’entreprends ne souffre pas d’incertitudes. Au final, un peu de rigueur ne fait pas de mal aux êtres imaginatifs que sont les écrivains. J’aimerais prévoir sa conclusion, sa soutenance donc, au début de l’automne.
L’année 2017 sera aussi à marquer d’une pierre blanche : c’est ma dernière année de travail salarié, je devrais même dire, c’est mon dernier mois, et ce point, que j’avais romancé et prévu vingt ans auparavant dans mon premier livre La réserve, Haute-Marne 2017, se réalise avec une différence minime de huit jours seulement (on en reparlera très bientôt). Je quitte donc avec un peu d’avance mon job nourricier, que j’effectuais d’ailleurs à temps partiel depuis plus d’un an. Cette liberté nouvelle n’est pas rien : j’ai tout de même consacré trente-neuf ans sans aucune interruption à mon travail « dans les télécommunications » comme il est indiqué sur les quatrièmes de couvertures de mes premiers romans. J’ai eu la chance de rester en bonne santé, je ne me souviens pas m’être arrêté, les dernières années ont glissé avec une facilité et un vrai bonheur au travail.  Ce nouveau temps libre sera évidemment consacré en premier à la rédaction de ma thèse. Il est drôle de penser que ma réflexion sur la manière dont les écrivains racontent le travail se concrétise au moment où j’arrête le mien.
(02/01/2017)