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Notes de lecture

 

 

La Robe blanche, de Nathalie Léger, P.O.L.
La robe blanche en question est une robe de mariée, celle de l’artiste italienne Pippa Bacca qui avait décidé de relier en auto-stop le Moyen-Orient pour y promouvoir la paix en arborant cette robe comme symbole. Hélas, elle fût assassinée en Turquie en 2008. Nathalie Léger a eu la bonne idée de vouloir écrire sur ce sujet. Ce court récit, tout en délicatesse, ne se contente pas de retracer l’aventure de l’artiste, il implique aussi la narratrice qui se prend de passion pour ce sujet et désire en faire un livre. Cette mise en abîme originale a le mérite de détourner le fait divers et de le rendre plus terrible encore en le mêlant à la banalité parfois violente de nos vies : en parallèle, la mère de la narratrice qui a vécu une séparation douloureuse demande à sa fille d’écrire un livre sur elle pour la venger.
Je cite ce passage étonnant de La Robe blanche pour moi qui vient de lire Le Pont sur la Drina d’Ivo Andric dont l’histoire se passe à
Višegrad : «[…] a-t-elle vu le mémorial bosniaque du génocide à Višegrad, la stèle où le mot «génocide» gravé en relief dans la pierre a été buriné par les uns puis rajouté au feutre par les autres ? Posant la question, je ne cherche qu’à comprendre ce qu’elle a voulu faire : a-t-elle vraiment pensé que la traîne de sa robe pouvait effacer l’horreur ? Mais pourquoi avoir l’air de le lui reprocher ? ».
Questions éternelles sur la violence, aucune réponse bien-sûr, mais ce n’est pas une raison pour oublier Pippa et surtout la beauté du combat symbolique qu’elle voulait mener.
(14/01/2019)

 

 

Doggerland, d’Elisabeth Filhol, P.O.L.
Elisabeth Filhol est l’un des écrivains que j’apprécie le plus. Auteur de peu d’ouvrages (celui-ci est le troisième), elle met dans la rédaction de chacun d’eux une passion extraordinaire et une persévérance peu commune. Tous sont argumentés, ont fait l’objet de longues recherches préalables, et rien dans son écriture n’est laissé au hasard. Doggerland bien entendu n’échappe pas à cette règle et chaque lecteur devrait s’en souvenir en abordant les 350 pages de ce récit (le plus long qu’elle ait écrit) : savoir que 4 ans de labeur ont été requis, que les fragments nécessaires à sa rédaction étaient trois fois plus nombreux, qu’une visite sur place a été essentielle.
Doggerland en effet est une terre disparue, qui fût située entre l’Angleterre et le Danemark. Habitée par des hommes préhistoriques, elle a été soudainement immergée. Il en reste des traces qui apparaissent à chaque grande marée, souches d’arbres, mais aussi os d’animaux et d’humains que des pêcheurs remontent régulièrement dans leurs filets. Les hauts fonds qui attestent de l’île servent de bases d’amarrage pour les nombreuses plateformes pétrolières de la mer du Nord. Ce contexte à la fois ancien et moderne, de civilisation disparue et de libéralisme actuel ne pouvait qu’inspirer Elisabeth Filhol, attachée aux doubles enjeux des ressources de la planète et de la survie des humains depuis Central, basé sur l’exploitation nucléaire, mais aussi avec Bois II, qui retrace l’aventure industrielle de la métallurgie en commençant par l’ère primaire qui ouvre le récit. Chaque livre en revanche est une fiction et la part romanesque emporte ces histoires car le roman est toujours la meilleure démonstration qui soit de la destinée humaine.
Pour Doggerland, l’intrigue concerne plusieurs géologues que l’université a réuni, notamment l’anglaise Margaret qui se consacre aux recherches sur le Doggerland et le français Marc qui a rejoint comme beaucoup après ses études l’industrie pétrolière, grande pourvoyeuse d’emploi et de belles carrières à accomplir. Un colloque sur l’impact environnemental de la production d’hydrocarbures dans cette région les regroupe à nouveau tous les deux vingt ans plus tard. L’histoire bascule ainsi des temps immémoriaux vers des vies simplement humaines. Il faut retenir l’adresse avec laquelle Élisabeth Filhol dans un tour de force extraordinaire creuse chaque strate de son récit, mettant à jour, phrase après phrase nos contrariétés, expliquant avec précision un passé vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années et révélant dans l’instantané du présent nos sentiments. Le livre se dévore de bout en bout avec émotion et le tout dernier chapitre est inattendu et magnifique.
(07/01/2019)