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depuis septembre 2000
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Notes d'écriture
Jai déjà évoqué cette parenthèse qui a englobé le
premier jet de Martin Martin, ma toute première tentative décrire un roman,
et la reprise de ce texte afin de le terminer dix ans plus tard (note décriture du 01/02/2012).
Jai lhabitude de raconter (de fanfaronner) sur cette injonction qui ma
obligé à terminer Martin Martin dix ans plus tard. Ainsi, je plastronne sur la
révélation que javais eu, à lépoque, quun livre, réalisé à chaque
décennie, ne me permettait pas denvisager une carrière dauteur. Il est vrai
que les années suivantes, lobsession dune rapidité décriture
obligatoire a ainsi lancé la machine.
Pour autant, entre ces deux Martin, il y a eu ces années vides (ou presque) de toute
écriture. Je ne pense pas avoir déjà raconté cette vacuité. Lépisode de la
balle de Souchon (voir en étonnements) ma replongé en fait à lintérieur de
ces années. Sans doute que ce temps sans stylo était-il compensé par dautres
activités. Peut-être faut-il que je procède à la manière dun CV pour retracer
cette période, en faire linventaire et la comprendre.
- Juillet 1978 (mon relevé de carrière me fait commencer ma carrière professionnelle
précisément le mardi 18 juillet quatorze jours plus tard je fête mes 20 ans) à
lautomne de cette même année, je suis à Toulouse, je me destine aux métiers des
PTT, spécialité « bureaux mixtes » suite à un concours passé au printemps
de la même année. Jachète un cahier et je rédige 45 pages de Martin
Martin.
- Novembre 1978 à avril 1979 : je suis affecté en région parisienne dans le 93 à
Villepinte. Je débarque dans un foyer ou mon colocataire trafique dur. Je me barre au
bout dune semaine et jatterris dans une maisonnette où je vis comme un
ermite. Martin Martin reste en plan, mais je découvre René Fallet pendant ce
temps-là. Je dévore les livres, Barjavel également. Viendront Cendrars, Genevoix plus
tard.
- Avril 1979 à mars 1980 : service militaire. Amiens dans linfanterie, puis
dans lOtan à côté de Châlons-en-Champagne où jexerce le seul métier où
lon séchine vraiment à larmée : barman. Pas le temps
décrire, bien sûr. Pendant une perm, je rencontre une fille qui devient ma
marraine de guerre. Jécris des lettres, cest bien suffisant.
- Avril 1980 à juillet 1981 : retour à la vie civile, je reviens dans le 93 à
Sevran. Jhabite chez une vieille dame qui me loue une pièce dans le garage à
côté de la chaudière où vit son chien qui pue. Je renoue avec des copains-copines,
jai retrouvé ma marraine de guerre, la vie est belle, jai une Simca 1000, je
cours les bals de province, les virées à droite à gauche : pas le temps
décrire.
- Juillet 1981 : je suis muté dans la ville qui maccueille toujours. Grande
décision : je coupe ma moustache. Je pars en vacances avec un étudiant qui bosse en
été à la poste. Il me présente sa cousine : coup de foudre. Pourquoi
écrire ?
- Je suis amoureux, la tête sur un nuage mais les pieds bien par terre. Je fais
connaissance avec sa famille. Elle a un petit frère, je nen ai jamais eu,
cest super. Je fais tout pour que mon étudiante ne manque de rien. Je lui achète
des livres dont je ne comprends pas les titres : Manuel dhématologie, Guide de
lexamen clinique, Précis de thérapeutique. Par mimétisme, pendant quelle
révise, je prépare un concours administratif de niveau supérieur. Je nai plus le
temps décrire. Et puis son petit frère sen va vers les étoiles, les
voiles : je nai plus le goût décrire.
- Janvier 1985 : jai réussi mon concours (sur les deux cents acceptés, je
termine 19ème, je suis plutôt fier). Grand saut donc vers les télécommunications. Un
an plus tard, je reviens dans ma ville et je deviens chef au Central téléphonique.
Japprends le métier, on fait des projets, logement, mariage, enfants, ne pas
oublier sa thèse à passer. Franchement, est-ce que jai le temps
décrire ?
- Mars 1988 : les projets se sont concrétisés. Je suis un papa tout frais. Nous
avons aussi un ordinateur tout neuf pour rédiger sa thèse. Nous nous relayons au
traitement de texte, sa mère et moi. Elle la passe en juin, brillamment, avec notre fille
sur les genoux.
- Juillet 1988 : je retrouve le cahier initial de Martin Martin. Tiens ?
Et si je le recopiais à lordinateur ? Et si je le continuais ?
(30/01/2025)
2025 a vu la parution de Père patrie. Ça ma soulagé de renouer ainsi avec la
publication et avec ma maison dédition. Fayard était dans la tourmente depuis
plusieurs mois et il a fallu attendre que cela se tasse. Grand plaisir donc à retrouver
les personnes que je côtoie depuis plus de vingt ans pour certaines. Grand plaisir
également à retrouver le fonctionnement efficace de « la
librairie Arthème Fayard » qui existe depuis 168 ans.
Concernant Père patrie, cependant, les changements récents et la mainmise de
Bolloré mont embarqué vers des médias auxquels je nadhère pas et quelques
gesticulations littéraires mont laissé pantois (le prix Edgar Faure). A part cela, il ne sest pas passé
grand-chose, aucune participation à un quelconque salon dautomne et les quelques
rendez-vous autour du livre sont surtout dus à mes relations, comme la rencontre prévue
vendredi 20 mars prochain, à la médiathèque Jean Ferrat dArgelès-sur-Mer.
Ceci dit, dune manière générale, le ressenti des lecteurs autour de Père patrie est plutôt bon.
Jai déjà émis lhypothèse dune suite, quelques amis lattendent,
mais plus que cette injonction, cest lidée de continuer à faire vivre les
personnages (que je laisse en plan brutalement dans Père patrie) qui ma
taraudé. Jai déjà écrit mollement quelques pages. Je connais la trame de
lhistoire que je pourrais écrire, Jai même le titre, lépigraphe. Tout
cela, je lai lentement retourné dans ma tête, ça me poursuit parfois la nuit ou
dans mes rêveries. Cest plutôt bon signe.
La suite donc, pourrait (devrait) être écrite plus gaillardement. Il faudrait que je
my attelle plus sérieusement et plus régulièrement surtout. Il faut désormais
que jélimine les dernières réticences, notamment celles liées à la réception
de Père patrie, qui somme toute, sest bien passée et qui est derrière moi
maintenant. Il faut surtout que je bâtisse une suite que je puisse justifier par rapport
au roman quelle continuera en quelque sorte. Je my attelle, mais cest
une affaire plus complexe que je ne lavais pensé au départ. Dabord, il y a
lidée quune suite constitue un roman du roman précédent, une mise en abyme
de la fiction, en quelque sorte, et, quand comme moi on a été baigné dans les
injonctions du Nouveau roman, ce pas supplémentaire vers une
« fiction augmentée » nest pas naturel (jenvie Pierre
Lemaître, passé maître dans lart de créer de véritable sagas). Mais
lenjeu en vaut la peine et je me range désormais sans fausse honte dans la
catégorie des romanciers.
Il y a aussi dans la perspective 2026 un évènement littéraire qui devrait aboutir, qui
ne me concerne nullement, mais dont la fierté que jéprouve à lavoir induit,
me pousse moi-aussi à créer et à écrire. Espérons que cet aiguillon, ainsi que toutes
les réserves qui sont en train de se lever, contribueront à me faire rejoindre ma table
de travail plus volontiers et plus fréquemment les prochains mois.
(16/01/2025)
Lannée 2025 a été dense côté rencontres, ateliers et
animations diverses : 31 interventions recensées dans lagenda, plusieurs
chaque mois, sauf en août. Mais ce nest pas la parution de Père patrie chez
Fayard pour la rentrée de septembre qui aura monopolisé les programmations. Ma vie
littéraire se situe désormais ailleurs.
Je termine ainsi lannée avec trois rendez-vous en décembre, une rencontre avec
Ismaël Keita dans un supermarché Leclerc, la restitution du Festival de lécrit
pour le département de la Meuse et ma participation dans un lycée troyen pour une
« nuit de lécriture ». Interventions provinciales donc, au plus près
des gens, pas forcément avec de grands lecteurs, ce qui nexclut pas la richesse de
ses rencontres.
Les clients du supermarché qui déambulent dans la préparation des fêtes ce samedi 6
décembre sont ainsi surpris de remarquer au rayon livres deux auteurs, Ismaël Keita et
moi, annoncés à grand renfort daffiches. Le supermarché à bien fait les choses
et Ismaël, qui rencontre un phénoménal succès local (voir en Notes décriture du
21/11/2025), a déjà quasiment épuisé sa réserve de livres avant même ce rendez-vous.
Pour ma part, je propose Père patrie (qui sera la deuxième présentation dans ma
ville avec celle de septembre à la librairie Larcelet). Même si les clients ont en tête
lachat des chocolats de Noël, il est bon toutefois que la littérature soit
présente et les quelques livres que jai dédicacés et déposés au fond des
caddies ont rempli leur office.
Dix jours plus tard, cest dans la Meuse, à Verdun, que se déroule la cinquième et
dernière séance de la restitution du Festival de lécrit, une par département qui
participe à cette grandiose entreprise. Comme pour les autres rencontres, le public est
venu nombreux et, avant la rencontre plénière et la remise des prix du festival
laprès-midi (avec la participation désormais actée de Céline et Vincent Bardin
qui mettent en musique et en voix les lectures des textes lauréats), jai animé
deux mini-séances dateliers décriture le matin, avec une dizaine de
personnes à chaque fois. Cest toujours un grand moment dimprovisation (ce qui
n'est pas pour me déplaire : la littérature en ressort toujours grandie dans ces
contraintes) et cette dernière séance na pas échappé à la règle : une
petite salle métait réservée, avec onze chaises, pas une de plus, et aucune
table, excepté un bureau qui, je suppose, était pour moi. Heureusement, il y avait un
tableau. Limprovisation sest naturellement tournée vers la construction
collective dun poème de fin dannée. Pour cela, jai honteusement pillé
dans les incipits qui mavaient été proposés pour la Nuit de
lécriture.
Car celle-ci a eu lieu le lendemain soir à Troyes. Lobscurité tombant vite en
hiver, cest à partir de 18 heures que nous avons accueilli avec Marie, la
professeure de français, une dizaines délèves au CDI du lycée Chrestien de
Troyes. Javais participé, toujours avec Marie, deux ans auparavant à une
« nuit » similaire (note
dÉtonnements du 08/12/2023). Lorganisation et mon rôle étaient les
mêmes. Après une brève présentation du métier décrivain, jai aidé les
lycéens à construire le début dune petite nouvelle, dont la première phrase
était lincipit dun roman en lien avec la fin de lannée.
Nous avions ainsi quatre exemples : « Cétait un froid affreux ; il
neigeait et la nuit commençait à se faire. Le dernier soir de lannée, la veille
du jour de lAn. », Hans Christian Andersen La Petite Fille aux
allumettes ; « On était en pleine nuit. Il était environ deux heures du
matin. Il y avait dans la cour une seule petite fenêtre éclairée, et c'était celle de
la cuisine... », Victor Hugo Les Misérables (Partie 2, Livre 5,
Chapitre 1 : La petite Cosette) ; « Noël ne sera pas Noël sans
cadeaux, grogna Jo, les mains dans ses poches. », Louisa May Alcott Les
Quatre Filles du docteur March ; « Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais
non, je ne réveillonnerai pas !», Maupassant Nuit de Noël.
Chaque élève a ainsi choisi la phrase qui linspirait le plus et nous avons ensuite
gravité dun participant à lautre pour aider à faire émerger les idées.
Belle expérience une fois de plus. Jai même offert lun de mes livres, Yougoslave,
à une lycéenne pour son grand-père, originaire de Croatie.
Ainsi se termine les rencontres 2025 avec comme point commun entre toutes, celui
davoir côtoyé des personnes de tous âges, de toutes conditions et de toutes
origines, bref une humanité belle, simple et réelle, avec des livres comme prétextes.
Encore faut-il comme préalable à ces rencontres que la littérature si intimidante pour
tous, consente à descendre du piédestal où nous lavons abusivement hissée.
(09/01/2026)
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