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Étonnements

 

Du nouveau chez Rimbaud cette année.
Passons bien-sûr sur les fausses images du poète générées par IA, qui sont anecdotiques. Il y en aura d’autres, n’en doutons pas.
Attardons-nous d’abord sur le Cahier de Douai qui a été choisi pour représenter la poésie du XIXème siècle au programme du bac de français 2024. On nomme ainsi deux liasses manuscrites sur lesquelles sont recopiés les premiers poèmes du jeune Rimbaud, alors âgé de 16 ans en 1870. Y figure notamment Sensation et Le Dormeur du val. Arthur s’était enfui à cette époque de chez lui pour Paris, mais, sans un sou, il est arrêté. Pour le sortir de ce mauvais pas, il contacte son professeur de Français Georges Izambard, qui habite Douai et qui le recueille là-bas. Revenu à Charleville, il refait une fugue un mois plus tard et repart directement à Douai. Là-bas, il a rencontré le poète Paul Demeny, habitant également cette ville, et qui vient de publier un recueil Les glaneuses. C’est lui qui sera destinataire du Cahier de Douai, donc, de la vingtaine de poèmes recopiés qu’Arthur dépose chez lui avant de rejoindre Charleville où sa mère attend de pied ferme le galopin… A noter que Rimbaud avait demandé à Paul Demeny de détruire les poèmes qu’il avait recopiés. Ce dernier n’en fera rien : ouf ! (il paraît que Le Dormeur du val n’est connu que par ce biais).
Mais hormis cette programmation au bac de français par l’Éduc Nat, la véritable nouveauté cette année concerne quatre documents, dont trois offerts au musée de Charleville-Mézières par un mystérieux donateur.
Ce don fait suite à une vente effectuée par la maison Piasa à Paris en décembre dernier, vente dans laquelle la ville de Charleville-Mézières fera l’acquisition pour 78 000 euros d’une lettre écrite en février 1891, et où le poète racontait le début de sa maladie. Au cours de cette même vente, la municipalité n’avait pu acquérir le manuscrit du poème L’Eternité, car son prix avait atteint 700 000 euros.
Cependant, beau lot de consolation, au cours de ces mêmes enchères, avaient été vendues deux autres lettres d’Arthur, l’une à sa mère, datée de 1883, l’autre à sa sœur écrite en juin 1891, ainsi qu’un poème (« Ce qui retient Nina ») recopié par Verlaine en 1880. Et le mystérieux acquéreur les a offerts à la ville pour son musée Rimbaud.
Ce legs, d’une valeur de 280 000 euros tout de même, a été remis le week-end dernier. Pour l’occasion le musée a été ouvert gratuitement. On a ainsi pu connaître le nom du généreux mécène : il s’agit de l’entrepreneur Pascal Urano, ex-joueur, entraineur et président du club de foot de Sedan. Son attachement pour les Ardennes l’a conduit à offrir ces documents inestimables. Son rêve serait qu’une Fondation Rimbaud voit le jour, à l’exemple, dit-il, de la Fondation Guggenheim installée à Bilbao et qui a su redorer l’aspect culturel de la ville portuaire.
Si Charleville n’a pas la dimension de la ville espagnole, elle possède néanmoins beaucoup d’avantages comme la proximité de la Belgique et une passion certaine pour le fameux poète, immanquablement associé à la vie ardennaise. Alors, à quand la fondation Rimbaud ?
(23/02/2024)

 

Pour faire suite à mon inventaire télévisuel de la semaine dernière, pas fait depuis 15 ans, voici le panorama des entrailles de mon smartphone, représenté par le fameux « temps d’écran ». Je ne suis jamais penché dessus auparavant, mais il est vrai qu’en 15 ans, nos téléphones portables se sont mués en outils indispensables.
Je n’ai pas succombé tant que cela au prolongement inconditionnel de l’écran tactile. Il n’est pas greffé en permanence à ma main, ni tendu devant mes yeux lorsque j’arpente les trottoirs, ni préféré aux conversations de restaurant dont l’usage place les couples en tête à tête dans des bulles hermétiques. Il me faut toutefois anticiper les utilisations de mes voisins, faire gaffe aux lycéens qui traversent les yeux rivés sur la lueur magique, deviner l’automobiliste obnubilé par son téléphone, m’énerver devant les sonneries intempestives en plein concert ou au milieu d’une réunion.
Ceci dit, je continue à utiliser des ordinateurs portables ou de bureau, une tablette, d’autres machins qui diversifient l’utilisation de mon smartphone. Mais voilà : le petit rectangle plein de technologie est presque toujours à ma proximité (en ce moment, posé sur mon bureau à 10 cm de ma main gauche, prêt à être saisi). Je le prends en permanence, je l’enfourne dans une poche, il me suit partout, comme une proéminence physiologique, disponible à l’emploi. Il remplace les montres que je ne porte presque plus, il m’invite à chercher en permanence un signe extérieur qu’on m’aurait adressé, une notification WhatsApp, un nouveau mail reçu. Parfois même je reçois un appel téléphonique…
J’ai cependant récemment changé de mobile : le nouveau a un appareil-photo hors pair dont la technologie n’a rien à envier avec les bons vieux Reflex amateurs : facile, un évènement familial, un voyage, une excursion, clic-clac Kodak, le cliché est transféré, partagé en moins de deux minutes.
Tout cela bien sûr augmente le fameux « temps d’écran », qui a envoyé aux oubliettes le « temps de cerveau disponible » réservé à la télévision. Il paraît que le temps moyen d’écran sur smartphone est d’environ 5 heures par jour, hors activité professionnelle, durée qui a presque doublé en 10 ans.
Récemment, démonstration a été faite à une adolescente de mon entourage qui se plaignait de maux de tête, d’un temps d’écran de 53 heures par semaine. La palme d’or du temps d’écran revient à l’emploi des réseaux sociaux. Bien entendu, cette comptabilité alimente les aigris de tous poils, vieux ou jeunes, adeptes du « c’était mieux avant » et pourfendeurs du progrès. Mais les réseaux sociaux sont devenus indispensables, mêmes chez ceux (j’en fais partie) qui continuent à refuser les X-twitter, Facebook, Insta ou TikTok. Bien-sûr, j’ai installé WhatsApp, ne serait-ce que pour pouvoir téléphoner en Belgique fréquemment ou partout dans le monde occasionnellement, et je fais partie de groupes familiaux, amicaux, associatifs.
Du coup, mon temps d’écran - au demeurant plutôt faible : moins de 2h par jour – est dévolu pour moitié à la catégorie « réseaux sociaux » via WhatsApp (avec quelques incompréhensions toutefois : pourquoi 40 mn de temps de connexion à cette application entre 12 et 13h hier, alors que mon portable était loin de moi ?). Un quart de mon temps d’écran est aussi réservé à mes mails, et le reste à la gestion de l’Agenda, à l’utilisation de la calculette, consultation de la météo, GPS, lampe torche et autres utilitaires. Car – et c’est la grande force de l’outil -, le machin sert à tout, au point qu’il est devenu illusoire de vouloir gérer ses déplacements ou les actes de la vie courante sans smartphone.
Mais surtout sans Internet ; une récente étude a conclu que notre temps sur le Web est de 2 heures par jour (les trois-quarts réalisés sur mobile). En effet, la moindre démarche requiert Internet. On sanctionne même ceux qui le refusent par des complications supplémentaires, voire une impossibilité de bénéficier de services. Tous les organismes (impôts, sécu, mutuelles et autres obligations légales) imposent désormais une accessibilité à tout moment, pour tous les citoyens, y compris pour ma mère de 95 ans, qui se désintéressait déjà des avancées techniques à l’époque du Minitel.
Notre téléphone de poche sert donc à tout, rarement à téléphoner – ce qui est un comble.
Un silence pesant tend ainsi à remplacer la conversation, le dialogue. Nous l’avons tous vécu : silence devant une requête administrative, silence devant une réclamation, silence devant l’absence de réponse, silence devant l’insupportable attente d’un accusé de réception, d’un mail ou d’un message.
Temps d’écran en hausse ? On préfère se gausser de l’utilisation abusive des réseaux sociaux, mettre l’accent sur les influenceurs, les trucs qui font le buzz, plutôt que de remarquer la hausse de l’absurdité des demandes numériques indispensables à nos vies.
A l’heure où on parle de plus en plus de l’illettrisme numérique (rejetant ainsi la faute aux utilisateurs), on ferait peut-être mieux de s’interroger sur la facilité illusoire avec laquelle nous avons augmenté notre communication numérique : formulaires exclusivement en ligne sans possibilité de contact, chatGPT comme unique discussion, utilisation abusive des réseaux sociaux pour diffuser des informations (qui n’a pas Facebook est exclu de la vie municipale, associative, d’entreprise…).
A l’illectronisme, donc, il faut créer en parallèle un concept de « politesse numérique » afin que chacun puisse avoir droit aux échanges courtois que n’importe quelle sollicitation est en droit d’attendre. Et pourquoi ne pas l’intégrer à nos statistiques de temps d’écran (nombre de réponses reçues, émises, d’accusé de réception, pertinences des échanges, cordialité…etc.) ?
(16/02/2024)

 

Il y a longtemps que je n’ai pas fait d’inventaire télévisuel. Si j’en crois la mémoire fiable de FdeR, ça date du 26/09/2008 dans cette même rubrique et ça fait plus de 15 ans, mince !
Mes habitudes de téléspectateurs ont-elles évolué depuis ce temps si long ? A priori, probablement, d’abord parce que la télévision a elle-même changé, ainsi que le rapport que nous entretenons avec ce média. D’ailleurs, de nos jours, on ne se pose même plus la question de ce que l’on regarde et pendant combien d’heures, on a remplacé cette comptabilité par le « temps d’écran » passé sur nos smartphones, qui ont largement remplacé les vieux postes (tiens il faudra que je consacre un article à ce temps d’écran prochainement dans cette rubrique).
Car il faut avoir un âge canonique ou être dans une génération de grands-parents pour s’intéresser encore à la chose télévisuelle. A l’époque de mon dernier recensement, j’avais été capable de retracer jour par jour mon addiction, toute relative, autour d’une heure par jour en moyenne. Le premier constat que je pourrais faire aujourd’hui, c’est que je ne suis plus capable de compter d’une manière précise mon « temps d’écran TV ». C’est probablement beaucoup plus qu’à l’époque, peut-être de l’ordre de 2 à 3 heures par jour, car mon « poste » (ça fait ORTF comme terme) demeure souvent allumé, je ne cherche pas forcément à regarder quelque chose de précis, c’est plutôt une sorte de veille télévisuelle qui m’anime.
Prenons une journée type. Quelque chose qui, en revanche, n’a pas changé, c’est le rituel de Télématin de 7h30 à 8h, avec toutefois quelques modifications, je change (très) souvent de chaine : il suffit que l’invité politique me défrise (genre FN, Ciotti et autres hurluberlus) pour que j’aille faire un tour sur Arte : ça tombe bien, mon émission favorite Invitation au voyage commence avant 8h. Arte reste ainsi allumé toute la matinée. Je regarde parfois un petit reportage, mais souvent je vaque à mes occupations très rapidement. La télé demeure donc en fond sonore (la maison est grande, je l’entends vaguement au loin) jusqu’à 12h30 où je regarde mollement quelques infos en zappant. Parfois, il arrive que je me fasse capter par une rediffusion d’Arte en début d’après-midi (comme aujourd’hui Vacances avec Audrey Hepburn, et auparavant les excellentes fictions Hôtel fantôme et Le Silence des ânes de Karl Markovics). Mais ce n’est pas vraiment de la télévision, plutôt du cinéma. Le soir en revanche, c’est calme plat, les programmes sont désespérants pour qui n’aime pas les divertissements et autres niaiseries. Je me rabats sur Arte TV (encore !) ou des séries courues d’avance (Alex Hugo a le mérite des beaux paysages de montagne). Les mystères insondables du manque d’imagination des producteurs m’atterrent (mais pourquoi faut-il toujours une femme-commissaire au caractère imbuvable dans la moindre série policière française ? Et pitié pour nos oreilles : pourquoi faut-il que les dialogues de la langue de Molière soient aboyés à toute vitesse ?). Bref, après avoir attendu des plombes un dénouement fastidieux, je peux m’endormir d’un sommeil d’abruti (non sans avoir toutefois réparé mon temps de cerveau disponible -dixit autrefois TF1- par de nombreuses lectures).
Mais heureusement, tout cela n’est qu’éphémère, ma vie est autrement trépidante et riche, pleine de sollicitations diverses, rassasiées d’expériences sur l’écriture (par exemple FdR), remplies d’interrogations sur le monde des lettres, d’énigmes sur le sens de ma vie, d’exigences philosophiques, de démarches spirituelles, de controverses idéologiques, de questions qui me taraudent : qui suis-je ? où vais-je ? dans quel état j’erre ? que vais-je regarder à la télévision ce soir ?
(09/02/2024)

 

Après Lyon la semaine précédente, voici la Normandie ce week-end à l’occasion d’une projection particulière de L’homme debout dans un château. Il s’agissait d’une toute première rencontre cinématographique, dans un lieu habitué à recevoir des plasticiens et des créateurs. Il semblait tout naturel que le septième art puisse bénéficier de ce très bel endroit, d’autant plus que la petite salle de projection (une quarantaine de places) était dotée d’une technique suffisante pour se croire dans une vraie salle de cinéma. Bref, l’endroit idéal pour regarder des films comme la splendide adaptation d’Ils désertent, longs métrages à la fois intimistes et ayant connu un succès mesuré. Ceci dit, Florence Vignon, la réalisatrice, qui m’a, une fois de plus, embarqué dans cette aventure, m’a annoncé que « notre » film avait dépassé les 30 000 entrées, ce qui est plutôt pas mal pour celui-ci que nous avons tenu, Florence et moi, à bout de bras tout au long de sa sortie au printemps dernier.
Nous nous sommes ainsi prêtés avec grand plaisir au jeu des questions/réponses après la projection, avec un public conquis par la poésie du film. Belle première édition de ce nouveau festival qui, n’en doutons pas, deviendra un rendez-vous incontournable.
Le temps d’échanger avec les participants autour d’un verre, et nous voici, cette fois-ci dans le véritable château, la projection ayant eu lieu dans les Grands communs, 500 m2 tout de même, refaits à neuf avec une splendide bibliothèque. Nous étions ainsi les hôtes de nos châtelains à particule, qui nous ont fait la visite guidée de leur demeure familiale – portraits illustres, nobles et généraux, académiciens ou prix Nobel, tout une partie de l’ethnographie française que je n’ai jamais eu l’occasion de côtoyer (si une fois, dans un salon du livre dans le XVIème en 2002 pour Composants). Grand moment pour moi, dont la haute lignée se résume à un père chauffeur-routier et une mère vendeuse en boulangerie. Ainsi, ce monde existe, si, si, je l’ai rencontré, il y avait même un ambassadeur et son épouse… Éminemment sympathiques, toutefois nos hôtes, avec cette décontraction distinguée qui laisse rêveur : Madame, pétulante, extraordinairement jeune, roule en scooteur à Paris mais chasse le canard sur ses terres ; Monsieur nous emmènera le matin en Kubota utilitaire faire le tour de l’immense propriété, et nous voici à l’arrière, secoué comme des sacs de patates, avec des chapeaux de feutre munis de plumes de faisans…
Bref, je n’ai pas boudé ces plaisirs normands, comme quoi, l’écriture de ce fameux Ils désertent continue à m’embarquer 12 ans après sa parution vers des aventures étonnantes.
(02/02/2024)

 

Lyon : nous y arrivons ce samedi vers midi, échappés de la circulation touristique ; les véhicules surmontés de skis ont contourné la métropole à grande vitesse, pressés d’apercevoir la neige des Alpes. En ce début de week-end, nous sommes loin également de la circulation laborieuse de la semaine. Villeurbanne Gratte-Ciel nous accueille, mélange d’immeubles et de pavillons de périphérie. Mais c’est le souvenir d’un discret faubourg d’une petite ville d’enfance qui nous réunit là, quelques éléments disparates d’une histoire familiale dont nous démêlons encore et toujours les fils.
Ne pas croire que le roman familial a entretenu nos relations. Chacun a suivi sa route, chacun a élaboré son univers, conjoints, enfants, petits-enfants, nos vies, nos souvenirs, nos joies et nos peines nous appartiennent, rien n’a été partagé avec une parenté qui, jusque-là, a été ignorée : bâtir sa propre vie est une tâche solitaire.
Et pourtant, ce samedi vers midi, les sourires en disent long sur nos joies à l’idée d’être réunis de nouveau, maintenant sexagénaires et plus, tous membres d’une généalogie dont nous cherchons à démêler les feintes et les brisures. Rien d’extraordinaire : toutes les dynasties, ascendances, descendances, filiations ont leur énigmes, leurs cachoteries qui se perdent dans les arcanes des générations. Tolstoï débute Anna Karenine par cette célèbre phrase : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon. ». Le malheur, pour chacun d’entre nous, ne se sent pas, n’est pas évoqué. Il y a eu des drames particuliers, bien entendu, mais c’est la joie qui nous réunit.
Cependant, certains, plus que d’autres, ont souffert des secrets anciens, ce qu’on taisait par souci du « qu’en dira-ton » ou pour dissimuler l’inavouable. Nous nous étonnons : c’est presque un groupe de parole qui prend forme. Nous en convenons : les drames, les épisodes douloureux, même vieux d’un siècle, même tus autant que faire se peut, ont traversé les générations, alimenté un malaise persistant, introduit des doutes et des questions sans réponse, ont parfois orienté nos agissements.
Tout cela est raconté, échangé entre nous, précisé. Nous sommes surpris de nos trajectoires. L’un est devenu pilote de voltige aérienne, et nous comprenons la formidable allégorie : comment affronter les mystères immatériels de sa parenté autrement que par des pirouettes célestes ?
Mais les zones d’ombre se dévoilent. La généalogie, les états-civils ont apporté leurs lots de réponses. Le brouillard des ans est déjà moins épais. Les discrets faubourgs qui en furent le théâtre, qui nous ont embarqués autrefois au hasard des visites et des rencontres, justement, ne sont plus le fruit du hasard : nous sommes réunis à Lyon, tout exprès.
(26/01/2024)

 

Quelques extraits d’Étonnements publiés il y a 20 ans :
« avoir éteint le téléviseur lorsque j’ai vu la tête de Sarkozy et avant même d’écouter ce qu’il disait. De plus en plus d’ailleurs, je coupe les journaux d’actualités au bout d’une ou deux minutes, par une sorte de saturation des problèmes franchouillards-franco-français qui y sont évoqués » (28/01/2004)
« constater que des événements comme la guerre en Irak, la situation Israël Palestine, pour ne citer qu’eux, influent sur la teneur générale d’un discours et du langage qui y est associé. Les conséquences de ce langage guerrier sont sous-estimées : peu importe finalement que la France se soit opposée à la guerre, les mots "terrorisme ", "check point ", " attentats ", " voitures piégées " vrillent notre cerveau » (25/02/2004)
Nous voici donc une génération plus tard… Qu’est-ce qui a changé ?
Rien : j’ai ajouté des noms à la liste de ceux qui me font éteindre le téléviseur. Par exemple, notre ministre de l’intérieur (en 2004 c’était Sarko), visé pour 2 plaintes pour viol, et notre ministre de la justice qui s’est auto-blanchi de son procès. Je rajouterai certainement sous peu d’autres noms du nouveau gouvernement qui me feront changer de chaîne (je me suis aperçu qu’il existait un ministère de la « souveraineté alimentaire » (sic), qu’on a fait un package mêlant travail, santé et solidarité ou sport et éducation nationale, tandis qu’un ministre est entièrement dévolu aux relations avec le parlement : ça en dit long sur l’intérêt qu’on porte aux simples citoyens par rapport aux élus députés et sénateurs). Je boude aussi notre président qui défend les indéfendables, je conspue le FN qui se multiplie à grande vitesse (désolé, je n’arrive pas à changer le nom du parti d’extrême-droite). Tous sont au service de l’esprit « franchouillards-franco-français », bien protégé désormais par la nouvelle loi immigration.
Rien de nouveau non plus côté international : la guerre en Irak s’est achevée par la destruction du pays où règnent désormais insécurité et corruption. La situation Israël Palestine dépasse en horreur l’inimaginable. Y rajouter la guerre en Ukraine depuis 2 ans, les pays abandonnés depuis plus longtemps, l’Afghanistan, Haïti…
Les mots terrorisme et attentats ont décuplé leurs sens : attentats, Paris, Nice, Bruxelles, Madrid pour ne citer que quelques exemples occidentaux survenus depuis le jour où j’écrivais ces rubriques. De même terrorisme est utilisé dans un sens identique par tous les gouvernements pour justifier d’actions guerrières disproportionnées.
Et, bien évidemment, rien n’a changé concernant discours et langage : le flou et l’abscons s’imposent. Par exemple, désormais, en France, le mot « territoire » est un euphémisme de plus pour désigner l’absence d’action politique et sa division en « zones » (d'aménagement du territoire, d'éducation prioritaire, de redynamisation urbaine ou rurale, ZEP, ZRU, ZRR, il en existe une quarantaine pour diluer l’incompétence de nos élites - Il paraît que la France compte 14000 sigles ou acronymes, à titre de comparaison, la Belgique en a 500 et l’Italie 200).
Cependant, quelques tics langagiers sont plus inquiétants d’une dérive guerrière : je n’ai pas voté pour entendre un président me parler la semaine dernière de « réarmement » civique ou démographique. Je préfère me régaler des contrepèteries qui émaillent les titres des médias rendant compte de la gesticulation gouvernementale sur tous les sujets : « Cet hiver, le plan grand froid » ou, tout récemment, « Emmanuel M, son grand plan pour lutter contre l’infertilité ».
(19/01/2024)

 

Se retrouver en note d’étonnements sous un simple prénom n’est jamais bon signe. Après François le 23/01/2021, de vieux tontons et des tatas disparaissent, vicissitudes du grand âge ou de maladies soudaines.
Coup sur coup, à deux jours de différence, à cheval sur deux années, c’est maintenant Françoise une dizaine d’heures avant 2024, puis Bernard, le lendemain du nouvel an.
Françoise avait 94 ans et son cœur a lâché brutalement.
Bernard a eu une brève maladie implacable : quelques mois auront suffi pour diminuer cet oncle avec qui je discutais avec vivacité en juillet dernier lors d’un mariage familial : il me disait sa fierté, il venait d’apprendre qu’on allait le décorer de la médaille du mérite. Impliqué dans plusieurs associations depuis des décennies, il est vrai que son engagement était réel et important. Pendant des années, chaque semaine, il nous a apporté du vrai lait de ferme à l’époque où je fabriquais moi-même les yaourts de mes enfants.
Et Françoise, pareillement, symbolise aussi la chance que nous avons d’habiter un petit département délaissé et rural. Le verger familial, héritage de son père, continue à nous réunir depuis des années. Elle n’avait pas son pareil pour nous délecter dans ce lieu de sa fameuse tarte « à la galiche ». On trouve des traces régulières de ces émotions champêtres dans FdR, par exemple en Webcam le 10/07/2008 ou le 26/09/2007 où j’avais écrit un sonnet pour l’occasion. Je le recopie, il me parait de circonstance. Je le dédie à Bernard, à Françoise, à Michel, son frère (mon beau-père) parti 11 ans avant elle, et à Bernadette, son épouse (ma belle-mère) disparue voici 26 ans, le premier janvier 1998. Les débuts d’année ne nous portent pas chance…
Et pourtant : j’étais passé au verger le 29 décembre pour cueillir du gui afin que l’on s’embrasse dessous en se souhaitant bonheur et joie comme le veut la tradition.

C'est l'histoire d'un verger familial qui perdure
Les saisons y trépassent comme des bougies de cire
Les tablées et les nappes envolent nos souvenirs
Ajoutant pour chacun un peu de sa verdure

C'est par exemple aux pommes que nous forçons l'allure
Grimpant sur des échelles, le ciel en ligne de mire
Nous éloignons la terre propre à nous engloutir
Nous cueillons et les fruits, et le temps, sa fêlure

Nous rions des démons, préférons les génies
habituels de ces lieux. Les pommes rouges et or
garnissent nos paniers et tombent en harmonie

Avec des bruits ténus, elles réveillent nos morts,
ceux qui venaient aussi cueillir ces ambroisies
Et qui reposent céans dedans nos poésies.

(13/01/2024)