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Dans le bricolage, figure imposée pour tout un chacun, la plomberie occupe pour moi une place de choix. Non pas que je prétende y faire figure de spécialiste, simplement peut-être que les pannes liées aux canalisations et autres transports d’eau chaude ou froide sont celles auxquelles on ne peut sursoir. Du regard de compteur à protéger du gel jusqu’au moindre robinet, on craint la fuite, on guette le moindre dysfonctionnement. Ma pratique plombière à cependant évolué. Alors que je n’hésitais pas à fabriquer autrefois des collets battus sur des tuyaux de cuivre, à braser et à souder des canalisations (souvenir d’avoir soudé à l’argent une conduite de gaz – je ne reculais devant rien), je résous maintenant les problèmes de robinet d’une manière plus globale et je ne m’évertue plus à vouloir changer, ici un joint, là à démonter un mécanisme. En deux ans par exemple j’ai renouvelé l’ensemble des mitigeurs de la maison en guettant soldes et promotions. Le dernier en date, c’était celui d’une douche il y a quinze jours. Par extension, les réceptacles de faïence, W.C., lavabos, éviers, bacs de douche font partie de l’histoire de ma plomberie. Si l’urinoir exposé par Duchamp en 1917 préfigurait une certaine conception de l’art moderne, j’aurais pu filmer la performance artistique qui m’avait fait défoncer à coups de masse sonores une baignoire en fonte pour pouvoir la sortir d’une salle de bain en réfection (j’en garde avec étonnement le souvenir attendri d’un grand défoulement). En revanche, plus énervants sont les problèmes de mécanisme de chasse d’eau qui se grippent, s’usent, provoquent des fuites, se couvrent de tartre et laissent couler une quantité incroyable d’eau que généralement on découvre en retour de week-end ou de vacances dans le silence de la maison retrouvée, aimablement soulignée par un discret glougloutement qui a persisté depuis le départ. Idem : pas la peine de vouloir régler l’appareil, de tordre les tiges du mécanisme : crise de nerfs assurée et piètre résultat. L’expérience là aussi m’a appris que changer tout est paradoxalement synonyme d’économie. En dernière réalisation, alors que j’avais simplement remplacé les piles d’un hygiénique bouton infra-rouge de chasse d’eau, je me suis aperçu que la faïence déjà fêlée de la cuve s’était aggravée, provoquant sa perméabilité. Pourquoi la céramique de nos récipients sanitaires se fend-elle ? Cela reste un mystère… Nous avons hasardé diverses explications : la maison longue de vingt mètres travaille, les réceptacles reposent sur des bases bancales… Rien n’est satisfaisant, mais là encore, pas d’échappatoire : il fallait changer les toilettes en entier, bricolage plus facile à dire qu’à faire, trouver les bons raccords, assurer la stabilité, l’horizontalité, la parfaite symétrie et résoudre tout début de fuite m’auront occupé pendant plusieurs heures. Heures que j’aurais pu mettre à profit pour écrire, ce que devait faire Proust confortablement installé dans son lit, son pot de chambre à côté.
(17/03/2019)

 

La floraison des jonquilles, ô combien signalée par Pierre Bergounioux dans ses Carnets de note (note de lecture du 14/03/2012), adulée par ses afficionados, comme chez L’Employée aux écritures, se manifeste chez moi depuis une dizaine de jours. Pas d’avance, ni de retard, juste le même émerveillement de découvrir qu’elles ont « dépliés leur corolle » comme l’écrit poétiquement Bergounioux. J’avais remarqué auparavant quelques perce-neiges et leurs délicates « gouttes de lait », du moins le peu qu’il m’en reste, leur terrain étant maintenant presque entièrement colonisé par des cyclamens de Corse que j’avais implantés il y a plus d’un quart de siècle, qui forment un couvre-sol magnifique jusqu’à la fin de l’été où leur feuillage bigarré semble disparaître sous terre pour laisser place à des fleurs roses qui persistent parfois jusqu’en octobre. Mais là, en cette époque de transition entre hiver et printemps, si les rustiques roses de Noël, qui font ma fierté, demeurent épanouies depuis l’automne, les perce-neiges ont abandonné rapidement leurs éclats pour laisser place aux jonquilles et aux narcisses. La période où ses deux plantes sont seules en floraison est rapide. Déjà les premières violettes se cachent, les pâquerettes se montrent et les primevères essaient leurs couleurs. Mais manifestement, durant un laps de temps de quelques jours, les reines du jardin sont ces deux fleurs jaunes. Il suffit d’un rayon de soleil pour les apprécier (entre deux averses et deux coups de vent en ce moment), pimpantes et gaillardement dressées malgré les assauts de la brise. J’ai une préférence pour les jonquilles sauvages. Celles que j’ai chez moi viennent de bois proches, quelques pieds prélevés quelques années auparavant, mais qui possèdent la magie de refleurir chaque année dans mon jardin. Je les préfère car elles sont plus modestes et déliées, mais d’un jaune éclatant. Elles me rappellent l’opportunité joyeuse que j’ai dû avoir à les ramasser avec leurs bulbes au détour d’un bois lors d’une promenade familiale probablement : symboles du bonheur. Cette année, elles illuminent un coin de jardin. De mon bureau, je ne les vois pas, un arbuste me les cache mais dès que je rejoins la grille, à chaque entrée ou sortie, elles me saluent d’un petit signe doré. C’est une vision nouvelle : j’ai dû couper à la fin de l’été dernier un arbre tué par la sécheresse et la place laissée vacante les révèle à ma vue. Les narcisses, plus aristocratiques, forme une touffe serrée sur une plate-bande. Si leur floraison à pleine vue me ravit toujours, je les trouve plus nobles et moins touchantes. Elles semblent toujours retarder leur éclosion, minauder, se faire attendre. Et s’il faut convenir que leurs fleurs, constituées d’ivoire et d’ambre, sont exquises, mais je leur préfère néanmoins les jonquilles. Du moins c’est ainsi que je nomme par différence mes pieds sauvages par rapport à ceux que l’on peut acquérir en jardinerie. Il paraît cependant que je me trompe : ce que je nomme des jonquilles ne seraient en réalité qu’une variété de ces amaryllidacées, appelée « narcisse trompette », commune dans mon Grand Est, et désignée ainsi car sa corolle est disproportionnée par rapport aux pétales, imitant ainsi l’instrument à vent.
(11/03/2019)

 

J’ai passé en ce début d’année, le 6 février exactement, le cap des dix mille kilomètres de course à pied. C’était dans le beau parc de Sceaux et j’avais gravi au cours de cet entrainement de neuf kilomètres les trois pentes raides qui bordent la pièce d’eau. Ça représente 150 mètres de dénivelé sur deux kilomètres de trajet, excellent pour le souffle et les jambes. Tout cela (les dix mille km aussi), je le sais grâce au fichier Excel tenu depuis 2009, dix ans donc. J’y note le temps, la vitesse, le parcours, s’il faisait beau, si j’étais en forme, les évènements particuliers (noté par exemple le 9 septembre 2010 : retour de Paris et première course d'un sélectionné Goncourt ! Besoin de me défouler, bon souffle, pouls 150, temps doux.). Dix mille kilomètres en dix ans, probablement très peu pour les sportifs accomplis, tout de même une régularité de mille km par an et vingt par semaine. Ça représente aussi plus de mille heures passées avec la tenue de sport, les chaussures, les gants et le bonnet en hiver, le débardeur sous trente à l’ombre en été. Mille heures, ça fait 42 jours, un mois et demi à ne penser à rien, à écouter de la musique, son souffle, à écrire parfois des pages de livres dans sa tête, à longer un canal, à visiter ainsi des villes, Nancy, Lausanne, Bruxelles, Thiers, Mont-de-Marsan, Nîmes, Besançon, Toulon, Reims, Lille, Charleville, la Sicile et bien d’autres endroits découverts à même la peau des trottoirs.
J’ai commencé à noter mes courses au lendemain d’une compétition où je m’étais inscrit gaillardement et sans fausse honte à une course de trois km et demi. Après, il m’a fallu six mois pour tenter dix kilomètres. A l’époque, c’était un vieux rêve, celui de reprendre l’entrainement que j’avais commencé vers vingt-cinq ans, le vague désir d’un marathon à l’époque des tenues en coton digne de Dustin Hoffman dans Marathon man. Et puis la vie et ses bonheurs, enfants, famille avaient occupé tout l’espace. Il est drôle de penser que je revois régulièrement le collègue avec lequel je courais au moment de mes premiers entrainements juvéniles. Lui n’a jamais arrêté, et si à l’époque il courait le marathon en moins de trois heures, il monte maintenant fréquemment sur le podium de courses locales que nous partageons parfois. Au début de la reprise, je prenais mon pouls régulièrement et je terminais les entrainements avec 160 pulsations. Avec le temps, mon corps s’est modifié. Mon cœur au repos est au-dessous des 60 pulsations et au dernier test d’effort cardiaque, je n’ai pas réussi à dépasser 145. L’âge s’accumulant, je cours moins vite. J’ai atteint le maximum de mes performances à 56 ans, ce qui semble logique. En revanche, je n’ai jamais abandonné aucune compétition. J’en ai seulement fait une trentaine, ce qui est peu, mais la course est un art de vivre et mon fichier compte à ce jour près de 1500 lignes, une par entrainement ou compétition. Il est vrai que j’y compte aussi les heures de marche qui approchent 20km lorsque le beau temps le permet ou les randonnées à vélo qui partagent depuis deux ans en part presque égale mes exploits sportifs. A noter aussi que depuis cinq ans, je ne cours quasiment plus qu’avec des Fivefingers et que je n’ai jamais eu le moindre problème musculaire ou articulaire. Allez, on continue !
(04/03/2019)

 

Grand Est, je nommais autrefois avant l'appellation de la nouvelle région, la vaste contrée qui me servait de terrain de boulot, un vrai grand quart Nord Est, Champagne, Nord, Picardie, j'y rajoutais volontiers la Bourgogne universitaire, mes terres natales, la Lorraine si proche, l'Alsace, la Franche-Comté, bref, tout ce qui parait exotique à un bordelais ou un breton ou terre de froidure à un marseillais. Au fur et à mesure, j'ai annexé d'autres territoires coutumiers, les Ardennes amicales de Rimbaud, la Belgique et Bruxelles, et même Paris, qui demeure pour moi une simple banlieue de ma ville. Grand Est, parce que la semaine dernière j'ai écumé la vaste province, chez moi d'abord (l'écrivain en son royaume), puis dans ma ville natale pour un anniversaire familial, ensuite Soissons et Bruxelles pour ramener ma progéniture, enfin un petit tour en ski de fond dans les Vosges et terminer par un concert d'Ange qui fêtait cinquante ans de carrière à Vitry-le-François, premier groupe de rock français dans les années soixante-dix, excusez du peu et, là encore, tous les musiciens sont issus du Gand Est.
Et puis en ce moment, mon Grand Est prend une signification particulière, il s'étend vraiment vers L'Est, traverse l'Autriche, la Hongrie, rejoint les rives du Danube, s'arrête devant la mer noire. J'y convoque Tolstoï au siège de Sébastopol, voire à Bruxelles en mars 61 où il se trouve au même moment que Victor Hugo qui visite Waterloo pour les futurs Misérables. Bref, un Grand Est étonnant : citons encore le franco-autrichien Ami Boué, fondateur de la Société de Géologie Française et auteur d'un essai remarquable en 1840, La Turquie d'Europe. Ce professeur Tournesol parodiait le héros de Tintin en agitant son pendule : " un peu plus à l'Est ", disait-il. Il a vécu en effet à Vienne et a épousé une de mes aïeules au joli prénom d'Éléonore : étonnant n'est-ce pas ? D'où cette rubrique où je constate que je suis vraiment marqué du Grand Est.
(25/02/2019)

 

Lors de ma dernière visite à la librairie Rimbaud en automne dernier (note d’Étonnements du 19/11/2018), nous avions pris date pour renouveler une rencontre à l’occasion de la sortie de ST. C’était ce samedi. J’ai déjeuné au passage chez Alain et Odile et nous avons évoqué avec joie ce projet qui nous tient au ventre, un Instant cuisine, destiné à compléter le fameux Instants handball qui nous a mené si loin (on en reparlera). Bref, cuisine, il en a été question à la librairie Rimbaud dans la digestion de l’après-midi : cuisine de l’écriture, des rencontres, des lectures. Je n’ai pas connu l’affluence qui avait présidé en novembre dernier où il avait fallu démonter la vitrine pour que je puisse dédicacer mon VPAR en nombre suffisant. Mais enfin, je n’ai pas vu le temps passer, j’ai discuté avec un spécialiste de Cendrars, avec un lecteur de Rimbaud communiste et communard, et surtout avec une professeure de français, passionnée de littérature haïtienne, avec qui j’ai parlé de la très belle expérience vécue le jeudi précédent à Argenteuil (voir en Notes d’écriture) et que j’espère renouveler. Le temps ainsi a passé bien vite et je suis reparti heureux.
A Charleville, la librairie Rimbaud est incontournable et toujours remplie. C’est drôle, mais j’aime m’installer dans cet endroit, sur la petite table réservée à cet usage derrière une pile de bouquins au milieu du passage. La libraire est juste à côté et nous discutons livres en regardant déambuler les clients. Beaucoup d’auteurs, paraît-il, n’aiment pas se rendre ici : trop loin de la capitale, pense-t’elle, trop de trajets, trop provincial... Prétextes… Il est vrai que dans l’absolu, s’installer derrière une pile de livre dans l’anonymat, comme un vulgaire bonimenteur de foire, ne facilite pas la reconnaissance d’un ego souvent disproportionné chez les écrivains. Mais enfin, soyons juste, un auteur n’est qu’une infime partie dans un fond de librairie, un simple nom appliqué sur une couverture. En revanche, il a la chance de voisiner par ordre alphabétique à côté de prédécesseurs forts honorables (Balzac, Baudelaire, Beckett pour moi). Les sirènes de l’actualité littéraire qui font qu’on se retrouve ici à l’occasion de la sortie d’un livre ne doivent pas faire croire qu’on sera la vedette du lieu l’espace d’un instant, mais plutôt que c’est une occasion inespérée de sortir de nos pages, lesquelles nous tiennent souvent prisonniers.
(11/02/2019)

 


Je n’ai pas couru depuis près de quinze jours. D’abord la neige, ensuite la neige. Treize centimètres le mercredi 9 février, ça a fondu, mais bon. Et puis quatre centimètres le mercredi suivant et trois le jeudi. Pas couru non plus même si les magnifiques photos d’une amie qui a l’habitude des trails dans les vignes de Reims m’ont fait envie (ah, les traces d’animaux dans le blanc tout frais). Je me suis consolé en faisant marcher mes bras. Il est vrai que si les jambes n’ont jamais de soucis d’endurance, les bras en revanche restent inertes, hormis les tâches ménagères, le violon (si, si) et taper comme un sourd sur le clavier pour écrire. Et parfois en été lorsque je me mets sérieusement à nager mille mètres de crawl.
Bref, pelleter la neige est un doux sport, surtout lorsqu’on possède comme moi, un outil imparable, un plateau tout aluminium de soixante cm de large, qu’il faut soulever une fois rempli de la couche glacée. Mais j’aime cet effort régulier à faire, le bruit de la pelle qui râcle le sol, le moment où on la lève avec les muscles qui se tendent, le retour pour entamer une nouvelle strate. Je ne fais pas les choses à moitié : je dégage entièrement la partie goudronnée de la cour, c'est-à-dire sur sept mètres de large et quinze de longueur. Je rajoute cinq mètres pour atteindre la route. Puis je dégage le trottoir pour les passants sur une largeur d’un mètre cinquante et quarante en longueur : l’ensemble du travail me prend moins d’une heure, c’est un plaisir et une obligation pour les habitants de le faire. Ceci dit, j’ai constaté que j’étais le premier voisin à le faire à huit heures du matin. Je me souviens autrefois que j’étais parmi les derniers à débarrasser la neige. De la même façon, je crois me souvenir que les rues étaient dégagées : maintenant, c’est un comble, les trottoirs sont propres mais les rues demeurent encombrées toute la journée. Côté circulation aussi, cela a changé. Beaucoup de conducteurs ne savent pas rouler sur la neige, et surtout ne sont pas équipés au minimum de pneus, sinon d’hiver, au moins en bon état. J’ai appris à rouler à Langres, ville froide, et mon grand plaisir était d’attendre la neige pour aller faire des dérapages sur les petites routes du plateau avec la 4L de ma frangine. Qui sait faire un dérapage au frein à main maintenant ? C’est pourtant un excellent exercice sur route mouillée et toutes les auto-écoles devraient le proposer. Bon, je vais arrêter de jouer au vieux con, le fameux « c’était mieux avant ».
Et je reprends mes calculs : j’ai donc dégagé au total deux cents mètres carrés avec vingt centimètres de neige en cumulé. Les abaques utilisés pour la résistance des toitures estiment qu’un centimètre de neige pèse un kilogramme au mètre carré, aurais-je ainsi pelleté quatre tonnes de neige ? A peu près autant qu’un libraire qui range ses romans en période de rentrée littéraire ? Merci mes bras.
(04/02/2019)

 

La cacasse à cul nu est un plat traditionnel ardennais qui existe depuis très longtemps. Il parait qu'Arthur Rimbaud adorait cette cuisine simple et roborative : pour preuve, ce poème inspiré du Dormeur du val.

La cacasse à cul nu (date inconnue)

C'est un fond de cocotte où chante une rivière
D'huile, accrochant follement du lard et des oignons,
Où le feu sous le culot de fonte fière
Crépite : c'est un petit roux qui mousse sans façon.

Un affamé, bouche ouverte et tête émue,
Et la nuque baignant dans la belle odeur bleue,
Lève la robe des patates, les voici nues
Rissolant dans leur lit où la lumière pleut.

Les pieds dans le persil, elles dorment. Souriantes comme
Sourirait un enfant malade, elles font un somme :
Nature, berce-les chaudement : elles ont froid.

Et le doux parfum fait frissonner la narine
De l'affamé qui se tord la main sur sa poitrine :
Il a faim, il a une crampe au côté droit.

Le dormeur du val (octobre 1870)

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

(28/01/2019)

 

De temps en temps, passant le long d’une des bibliothèques de la maison (là, c’était celle de la chambre), je repère un livre oublié, ou coincé entre les autres, ou peut-être même surgi dans les rayonnages par génération spontanée : la semaine dernière, c’était Traces de Philippe Delerm, courts textes qui s’appuient sur des photographies de Martine Delerm (épouse ? mère ? fille ?). Je le feuillette et tombe sur la photographie d’un sapin enrobé dans du scotch et délaissé sur un trottoir, attendant probablement la tournée des éboueurs. Le texte s’appelle À dégager. Ayant « dégagé » le mien à la déchetterie trois jours plus tôt, j’en décide d’en faire une note d’Étonnement pour FdR…
C’était donc le mardi neuf janvier. Je devais passer à l’excellente librairie Larcelet de ma ville afin de les prévenir que j’y avais donné rendez-vous à un journaliste pour une interview le lendemain et pour prévoir avec cette excellente librairie une date de rencontre-dédicace à l’occasion de la sortie de Sans trace (ce sera le 15 février, c’est noté en Agenda). Et comme je suis un type super-organisé en plus d’être un écrivain hors-pair et un sportif accompli (en toute modestie), sur mon chemin j’ai emmené à la déchetterie dans l’infatigable Kangoo le sapin de Noël que j’avais bazardé une semaine auparavant en le jetant sans pitié par-dessus le balcon, dépouillé tout de même des boules et des guirlandes. Il avait atterri sur la pelouse, attendant là son triste sort. Je ne lui en voulais pas particulièrement, je lui savais même gré de n’avoir perdu quasiment aucune aiguille, ni dans la véranda qu’il avait égaillé pendant un mois, ni lors des manœuvres pour le mettre à nu et le passer par la porte-fenêtre. Mais bon, il faut bien avancer dans l’année nouvelle et nos sapins de Noël ont la fâcheuse manie de nous rappeler la léthargie des fêtes et les excès en tous genres. Bref, jeter un sapin, c’est déjà se projeter vers le printemps, guetter la lumière du jour qui recommence à augmenter.
Philippe Delerm écrit qu’« on le jette sans commentaire, avec une petite pointe de remords ». En ce qui me concerne, c’est faux : s’en débarrasser est une grande joie, la même que celle de revenir avec vers mi-décembre, de tailler son pied à la serpe en pestant car ce putain de sapin pique les doigts et ne veut pas s’enfiler dans ce bordel de support prévu-soi-disant-pour-tu-parles ! Bonheur bruyant donc, de la même manière que j’aime à le décorer de la manière la plus kitsch possible (Milan Kundera affirme que « le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d’émotions » – suite dans la note d’écriture du 04/04/2012). Mais de la même manière, je le dépouille en janvier avec entrain, j’enfourne guirlandes lumineuses, boules et contenu de la crèche dans un grand carton qui va rejoindre pour un an sa place dévolue. En fait, ce que j’aime dans le sapin, c’est le rituel qu’il provoque (souvenir ému lorsqu’on me l’apportait à domicile – voir note d’Étonnements du 19/12/2001, dix-sept ans déjà…).
Comme chaque année, je sais qu’il faudra que je redéballe le carton car j’ai oublié de ranger une étoile dépliée, restée accrochée au plafond, un mini sapin en tissu posé sur une tablette, une ou deux boules qui avaient roulé dans un coin. Derrière moi, à un mètre de la fenêtre de mon bureau où j’écris en ce moment, il y a dans l’herbe un des petits objets que j’accroche aux branches, c’est un cor de chasse miniature, oublié lorsque j’ai dégarni le sapin, élément d’une collection d’instruments de musique en métal doré qui diversifient la décoration. Il faudra que je pense à le ramasser avant de passer la tondeuse. Et nul doute qu’avant de le ranger, je ferai semblant de souffler dans ce minuscule cor de chasse, histoire de sonner les beaux jours.
(21/01/2019)

 

La dernière fois que j’ai vu la Maison du handball, c’était en novembre 2016 : un vaste trou creusait l’endroit, des grues et des bulldozers y ajoutaient la seule touche colorée. Nous étions avec Alain Delatour dans un barnum de toile blanche pour fêter la pose de la première pierre. Quelques-uns des tableaux et des textes d’Instants handball accrochés sur des cloisons amovibles tentaient d’égayer le moment. Deux mois plus tard, « nos » tableaux étaient exposés au stade Pierre Mauroy de Lille pour le championnat du monde organisé par la France (Webcam du 30/01/2017). Avant encore, il y avait eu Voiron, Dunkerque, après il y aurait Paris : autant d’expositions qui nous avaient fait transformer notre idée initiale en « world tour » (un seul regret, la Réunion où l’expo devait se tenir, mais resté sans suite).
Toujours accompagné de l’inséparable compère de ce projet, j’ai revu la Maison du handball mercredi dernier pour son inauguration : locaux luxueux avec deux terrains d’entrainements, une salle de ciné et tous les équipements derniers cris, un véritable hôtel quatre étoiles, deux restaurants dont l’un diététique et réservé aux joueurs. Le grand intérêt de cette structure est de mêler athlètes de haut niveau et personnel administratif, staff et tous ceux qui permettent au hand français d’évoluer à la toute première place mondiale avec six titres mondiaux jusqu’à la dernière victoire de l’équipe féminine aux championnats d’Europe. L’enjeu donc de l’inauguration était à la mesure des ambitions affichées avec la présence du Président de la République resté longtemps sur place. Et grande fierté pour nous aussi puisque onze des tableaux d’Instants handball sont accrochés à demeure dans ces lieux (voir en Webcam).
Le livre existe toujours, le seul revêtu du logo officiel du Championnat du monde 2017 (il est maintenant « collector »). Il raconte l’aventure de ce projet, les ateliers que nous avons animés et présente textes et tableaux dans le mélange toujours bénéfique du sport, de l’art et de la culture.
(14/01/2019)

 

 

Comme chaque année, voici le bilan des courses à pied et divers entrainements destinés à prouver que la littérature n’est pas une activité statique (n’est-ce pas, Rimbaud ?). Cette année donc, c’est plus de 150 séances de sports divers, 1025 km de course à pied, 1300 km de vélo, 450 km de marche et quelques hectomètres de nage. Au total ça fait 2775 km soit la distance Paris-Moscou ! Plus de 50 km de moyenne par semaine en fait, ou, pour donner une autre mesure, c'est comme si vous aviez tenté de rejoindre en un an la capitale russe en alternant tous les deux ou trois jours 20 km de course, 25 km de vélo et 10 km de marche. Cette distance est la plus grande que j’ai accomplie, au total ça représente 1000 km de plus qu'en 2017, dont 400 km de plus en course à pied mais il faut dire que la thèse de doctorat m’avait pas mal occupé.
Et puis côté compétitions, en plus des défis habituels sur dix ou vingt kilomètres (à Saint-Dizier, à Bruxelles), j’ai rajouté un premier marathon, distance mythique accomplie dans des conditions caniculaires un jour de juin, doublée du plaisir d’accompagner mon gendre, trente ans de moins. Il était également avec moi pour la 99ème édition des 24 km de Sedan-Charleville, dernière course  à laquelle nous avons participé. Dernier entrainement pour moi avant le nouvel an (mais j’ai déjà recouru depuis) le jour de Noël où j’avais proposé une séance remise en forme après un réveillon familial à Ancenis. Nous étions seulement deux motivés, dommage pour les autres, qui auront loupé les magnifiques reflets du soleil sur la Loire (pensée pour Julien Gracq et l’île Batailleuse toute proche).
L’année précédente (voir Étonnements du 22/01/2018), j’avais dans mes bonnes résolutions le projet de retrouver un peu de vitesse et de terminer avec plaisir toutes mes courses. Côté vitesse, je maintiens fréquemment une allure de dix km/h, comme l’écrivain Murakami, même si les entrainements spécifiques pour la longue distance du marathon m’ont fait envisager plus lentement pendant trois mois le rythme hebdomadaire de 40 km. Côté plaisir, toujours autant de joie même s’il faut parfois se faire violence pour sortir, et – touchons du bois – toujours aucune blessure à l’entrainement.
Dans moins d’un mois je devrais passer les dix mille kilomètres de course en moins de dix ans, la vie courante, quoi…
(07/01/2019)