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Étonnements


Lors de ma dernière visite à la librairie Rimbaud en automne dernier (note d’Étonnements du 19/11/2018), nous avions pris date pour renouveler une rencontre à l’occasion de la sortie de ST. C’était ce samedi. J’ai déjeuné au passage chez Alain et Odile et nous avons évoqué avec joie ce projet qui nous tient au ventre, un Instant cuisine, destiné à compléter le fameux Instants handball qui nous a mené si loin (on en reparlera). Bref, cuisine, il en a été question à la librairie Rimbaud dans la digestion de l’après-midi : cuisine de l’écriture, des rencontres, des lectures. Je n’ai pas connu l’affluence qui avait présidé en novembre dernier où il avait fallu démonter la vitrine pour que je puisse dédicacer mon VPAR en nombre suffisant. Mais enfin, je n’ai pas vu le temps passer, j’ai discuté avec un spécialiste de Cendrars, avec un lecteur de Rimbaud communiste et communard, et surtout avec une professeure de français, passionnée de littérature haïtienne, avec qui j’ai parlé de la très belle expérience vécue le jeudi précédent à Argenteuil (voir en Notes d’écriture) et que j’espère renouveler. Le temps ainsi a passé bien vite et je suis reparti heureux.
A Charleville, la librairie Rimbaud est incontournable et toujours remplie. C’est drôle, mais j’aime m’installer dans cet endroit, sur la petite table réservée à cet usage derrière une pile de bouquins au milieu du passage. La libraire est juste à côté et nous discutons livres en regardant déambuler les clients. Beaucoup d’auteurs, paraît-il, n’aiment pas se rendre ici : trop loin de la capitale, pense-t’elle, trop de trajets, trop provincial... Prétextes… Il est vrai que dans l’absolu, s’installer derrière une pile de livre dans l’anonymat, comme un vulgaire bonimenteur de foire, ne facilite pas la reconnaissance d’un ego souvent disproportionné chez les écrivains. Mais enfin, soyons juste, un auteur n’est qu’une infime partie dans un fond de librairie, un simple nom appliqué sur une couverture. En revanche, il a la chance de voisiner par ordre alphabétique à côté de prédécesseurs forts honorables (Balzac, Baudelaire, Beckett pour moi). Les sirènes de l’actualité littéraire qui font qu’on se retrouve ici à l’occasion de la sortie d’un livre ne doivent pas faire croire qu’on sera la vedette du lieu l’espace d’un instant, mais plutôt que c’est une occasion inespérée de sortir de nos pages, lesquelles nous tiennent souvent prisonniers.
(11/02/2019)

 


Je n’ai pas couru depuis près de quinze jours. D’abord la neige, ensuite la neige. Treize centimètres le mercredi 9 février, ça a fondu, mais bon. Et puis quatre centimètres le mercredi suivant et trois le jeudi. Pas couru non plus même si les magnifiques photos d’une amie qui a l’habitude des trails dans les vignes de Reims m’ont fait envie (ah, les traces d’animaux dans le blanc tout frais). Je me suis consolé en faisant marcher mes bras. Il est vrai que si les jambes n’ont jamais de soucis d’endurance, les bras en revanche restent inertes, hormis les tâches ménagères, le violon (si, si) et taper comme un sourd sur le clavier pour écrire. Et parfois en été lorsque je me mets sérieusement à nager mille mètres de crawl.
Bref, pelleter la neige est un doux sport, surtout lorsqu’on possède comme moi, un outil imparable, un plateau tout aluminium de soixante cm de large, qu’il faut soulever une fois rempli de la couche glacée. Mais j’aime cet effort régulier à faire, le bruit de la pelle qui râcle le sol, le moment où on la lève avec les muscles qui se tendent, le retour pour entamer une nouvelle strate. Je ne fais pas les choses à moitié : je dégage entièrement la partie goudronnée de la cour, c'est-à-dire sur sept mètres de large et quinze de longueur. Je rajoute cinq mètres pour atteindre la route. Puis je dégage le trottoir pour les passants sur une largeur d’un mètre cinquante et quarante en longueur : l’ensemble du travail me prend moins d’une heure, c’est un plaisir et une obligation pour les habitants de le faire. Ceci dit, j’ai constaté que j’étais le premier voisin à le faire à huit heures du matin. Je me souviens autrefois que j’étais parmi les derniers à débarrasser la neige. De la même façon, je crois me souvenir que les rues étaient dégagées : maintenant, c’est un comble, les trottoirs sont propres mais les rues demeurent encombrées toute la journée. Côté circulation aussi, cela a changé. Beaucoup de conducteurs ne savent pas rouler sur la neige, et surtout ne sont pas équipés au minimum de pneus, sinon d’hiver, au moins en bon état. J’ai appris à rouler à Langres, ville froide, et mon grand plaisir était d’attendre la neige pour aller faire des dérapages sur les petites routes du plateau avec la 4L de ma frangine. Qui sait faire un dérapage au frein à main maintenant ? C’est pourtant un excellent exercice sur route mouillée et toutes les auto-écoles devraient le proposer. Bon, je vais arrêter de jouer au vieux con, le fameux « c’était mieux avant ».
Et je reprends mes calculs : j’ai donc dégagé au total deux cents mètres carrés avec vingt centimètres de neige en cumulé. Les abaques utilisés pour la résistance des toitures estiment qu’un centimètre de neige pèse un kilogramme au mètre carré, aurais-je ainsi pelleté quatre tonnes de neige ? A peu près autant qu’un libraire qui range ses romans en période de rentrée littéraire ? Merci mes bras.
(04/02/2019)

 

La cacasse à cul nu est un plat traditionnel ardennais qui existe depuis très longtemps. Il parait qu'Arthur Rimbaud adorait cette cuisine simple et roborative : pour preuve, ce poème inspiré du Dormeur du val.

La cacasse à cul nu (date inconnue)

C'est un fond de cocotte où chante une rivière
D'huile, accrochant follement du lard et des oignons,
Où le feu sous le culot de fonte fière
Crépite : c'est un petit roux qui mousse sans façon.

Un affamé, bouche ouverte et tête émue,
Et la nuque baignant dans la belle odeur bleue,
Lève la robe des patates, les voici nues
Rissolant dans leur lit où la lumière pleut.

Les pieds dans le persil, elles dorment. Souriantes comme
Sourirait un enfant malade, elles font un somme :
Nature, berce-les chaudement : elles ont froid.

Et le doux parfum fait frissonner la narine
De l'affamé qui se tord la main sur sa poitrine :
Il a faim, il a une crampe au côté droit.

Le dormeur du val (octobre 1870)

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

(28/01/2019)

 

De temps en temps, passant le long d’une des bibliothèques de la maison (là, c’était celle de la chambre), je repère un livre oublié, ou coincé entre les autres, ou peut-être même surgi dans les rayonnages par génération spontanée : la semaine dernière, c’était Traces de Philippe Delerm, courts textes qui s’appuient sur des photographies de Martine Delerm (épouse ? mère ? fille ?). Je le feuillette et tombe sur la photographie d’un sapin enrobé dans du scotch et délaissé sur un trottoir, attendant probablement la tournée des éboueurs. Le texte s’appelle À dégager. Ayant « dégagé » le mien à la déchetterie trois jours plus tôt, j’en décide d’en faire une note d’Étonnement pour FdR…
C’était donc le mardi neuf janvier. Je devais passer à l’excellente librairie Larcelet de ma ville afin de les prévenir que j’y avais donné rendez-vous à un journaliste pour une interview le lendemain et pour prévoir avec cette excellente librairie une date de rencontre-dédicace à l’occasion de la sortie de Sans trace (ce sera le 15 février, c’est noté en Agenda). Et comme je suis un type super-organisé en plus d’être un écrivain hors-pair et un sportif accompli (en toute modestie), sur mon chemin j’ai emmené à la déchetterie dans l’infatigable Kangoo le sapin de Noël que j’avais bazardé une semaine auparavant en le jetant sans pitié par-dessus le balcon, dépouillé tout de même des boules et des guirlandes. Il avait atterri sur la pelouse, attendant là son triste sort. Je ne lui en voulais pas particulièrement, je lui savais même gré de n’avoir perdu quasiment aucune aiguille, ni dans la véranda qu’il avait égaillé pendant un mois, ni lors des manœuvres pour le mettre à nu et le passer par la porte-fenêtre. Mais bon, il faut bien avancer dans l’année nouvelle et nos sapins de Noël ont la fâcheuse manie de nous rappeler la léthargie des fêtes et les excès en tous genres. Bref, jeter un sapin, c’est déjà se projeter vers le printemps, guetter la lumière du jour qui recommence à augmenter.
Philippe Delerm écrit qu’« on le jette sans commentaire, avec une petite pointe de remords ». En ce qui me concerne, c’est faux : s’en débarrasser est une grande joie, la même que celle de revenir avec vers mi-décembre, de tailler son pied à la serpe en pestant car ce putain de sapin pique les doigts et ne veut pas s’enfiler dans ce bordel de support prévu-soi-disant-pour-tu-parles ! Bonheur bruyant donc, de la même manière que j’aime à le décorer de la manière la plus kitsch possible (Milan Kundera affirme que « le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d’émotions » – suite dans la note d’écriture du 04/04/2012). Mais de la même manière, je le dépouille en janvier avec entrain, j’enfourne guirlandes lumineuses, boules et contenu de la crèche dans un grand carton qui va rejoindre pour un an sa place dévolue. En fait, ce que j’aime dans le sapin, c’est le rituel qu’il provoque (souvenir ému lorsqu’on me l’apportait à domicile – voir note d’Étonnements du 19/12/2001, dix-sept ans déjà…).
Comme chaque année, je sais qu’il faudra que je redéballe le carton car j’ai oublié de ranger une étoile dépliée, restée accrochée au plafond, un mini sapin en tissu posé sur une tablette, une ou deux boules qui avaient roulé dans un coin. Derrière moi, à un mètre de la fenêtre de mon bureau où j’écris en ce moment, il y a dans l’herbe un des petits objets que j’accroche aux branches, c’est un cor de chasse miniature, oublié lorsque j’ai dégarni le sapin, élément d’une collection d’instruments de musique en métal doré qui diversifient la décoration. Il faudra que je pense à le ramasser avant de passer la tondeuse. Et nul doute qu’avant de le ranger, je ferai semblant de souffler dans ce minuscule cor de chasse, histoire de sonner les beaux jours.
(21/01/2019)

 

La dernière fois que j’ai vu la Maison du handball, c’était en novembre 2016 : un vaste trou creusait l’endroit, des grues et des bulldozers y ajoutaient la seule touche colorée. Nous étions avec Alain Delatour dans un barnum de toile blanche pour fêter la pose de la première pierre. Quelques-uns des tableaux et des textes d’Instants handball accrochés sur des cloisons amovibles tentaient d’égayer le moment. Deux mois plus tard, « nos » tableaux étaient exposés au stade Pierre Mauroy de Lille pour le championnat du monde organisé par la France (Webcam du 30/01/2017). Avant encore, il y avait eu Voiron, Dunkerque, après il y aurait Paris : autant d’expositions qui nous avaient fait transformer notre idée initiale en « world tour » (un seul regret, la Réunion où l’expo devait se tenir, mais resté sans suite).
Toujours accompagné de l’inséparable compère de ce projet, j’ai revu la Maison du handball mercredi dernier pour son inauguration : locaux luxueux avec deux terrains d’entrainements, une salle de ciné et tous les équipements derniers cris, un véritable hôtel quatre étoiles, deux restaurants dont l’un diététique et réservé aux joueurs. Le grand intérêt de cette structure est de mêler athlètes de haut niveau et personnel administratif, staff et tous ceux qui permettent au hand français d’évoluer à la toute première place mondiale avec six titres mondiaux jusqu’à la dernière victoire de l’équipe féminine aux championnats d’Europe. L’enjeu donc de l’inauguration était à la mesure des ambitions affichées avec la présence du Président de la République resté longtemps sur place. Et grande fierté pour nous aussi puisque onze des tableaux d’Instants handball sont accrochés à demeure dans ces lieux (voir en Webcam).
Le livre existe toujours, le seul revêtu du logo officiel du Championnat du monde 2017 (il est maintenant « collector »). Il raconte l’aventure de ce projet, les ateliers que nous avons animés et présente textes et tableaux dans le mélange toujours bénéfique du sport, de l’art et de la culture.
(14/01/2019)

 

 

Comme chaque année, voici le bilan des courses à pied et divers entrainements destinés à prouver que la littérature n’est pas une activité statique (n’est-ce pas, Rimbaud ?). Cette année donc, c’est plus de 150 séances de sports divers, 1025 km de course à pied, 1300 km de vélo, 450 km de marche et quelques hectomètres de nage. Au total ça fait 2775 km soit la distance Paris-Moscou ! Plus de 50 km de moyenne par semaine en fait, ou, pour donner une autre mesure, c'est comme si vous aviez tenté de rejoindre en un an la capitale russe en alternant tous les deux ou trois jours 20 km de course, 25 km de vélo et 10 km de marche. Cette distance est la plus grande que j’ai accomplie, au total ça représente 1000 km de plus qu'en 2017, dont 400 km de plus en course à pied mais il faut dire que la thèse de doctorat m’avait pas mal occupé.
Et puis côté compétitions, en plus des défis habituels sur dix ou vingt kilomètres (à Saint-Dizier, à Bruxelles), j’ai rajouté un premier marathon, distance mythique accomplie dans des conditions caniculaires un jour de juin, doublée du plaisir d’accompagner mon gendre, trente ans de moins. Il était également avec moi pour la 99ème édition des 24 km de Sedan-Charleville, dernière course  à laquelle nous avons participé. Dernier entrainement pour moi avant le nouvel an (mais j’ai déjà recouru depuis) le jour de Noël où j’avais proposé une séance remise en forme après un réveillon familial à Ancenis. Nous étions seulement deux motivés, dommage pour les autres, qui auront loupé les magnifiques reflets du soleil sur la Loire (pensée pour Julien Gracq et l’île Batailleuse toute proche).
L’année précédente (voir Étonnements du 22/01/2018), j’avais dans mes bonnes résolutions le projet de retrouver un peu de vitesse et de terminer avec plaisir toutes mes courses. Côté vitesse, je maintiens fréquemment une allure de dix km/h, comme l’écrivain Murakami, même si les entrainements spécifiques pour la longue distance du marathon m’ont fait envisager plus lentement pendant trois mois le rythme hebdomadaire de 40 km. Côté plaisir, toujours autant de joie même s’il faut parfois se faire violence pour sortir, et – touchons du bois – toujours aucune blessure à l’entrainement.
Dans moins d’un mois je devrais passer les dix mille kilomètres de course en moins de dix ans, la vie courante, quoi…
(07/01/2019)