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Me voici entré dans l'univers d'entre deux romans, période un peu vide après l'écriture rythmée de Y pendant seize mois à raison de vingt pages par semaine. Haruki Murakami, dont il sera beaucoup question dans cette mise à jour, précise dans Profession romancier que " C'est mon humeur du moment qui me dicte la longueur que prendra le texte ". Un peu plus loin, il ajoute " Et si le temps est venu pour moi d'écrire des nouvelles, je me concentre sur cette tâche sans me disperser ailleurs. " Je ne sais pas si le temps est venu pour moi d'écrire des textes courts. Je n'ai publié qu'un recueil de nouvelles en 2009, Bestiaire domestique. Je garde de ce moment là, une sensation de bonheur d'écrire, pas l'impression d'une obligation, ni de la nécessaire concentration d'aller au bout comme le laisse entendre Murakami. Ces retrouvailles avec ces écritures éparses et courtes, sans une contrainte forte, avaient suivi CV roman, paru en 2007, et dont la gestation avait été assez difficile, précédée d'une grande période de remise en question.
Sans avoir pour autant l'impression d'avoir accompli un périple pénible avec l'écriture de Y (au contraire, sensation d'une grande nécessité), il se trouve que j'aimerais bien donner une suite à ce Bestiaire domestique. J'ai pas mal d'histoires d'animaux qui se sont accumulées depuis et j'ai toujours le même sentiment que ces anecdotes en disent plus long sur notre condition d'humain et notre relative insignifiance au sein du monde animal (encore plus en cette période de pandémie).
Dernière historiette en date, ma rencontre avec un lucane cerf volant de huit centimètres de long qui s'était échoué sur mon balcon samedi matin. Il gisait au pied des tomates, retourné sur le dos et il agitait frénétiquement ses pattes pour se retourner. Hélas, sa taille et son poids ne lui permettaient pas la manoeuvre. Je l'ai délicatement retourné avec un balai et il est resté un peu sonné, faisant le mort, avant de se réfugier à l'abri entre le mur et le bac des tomates. La dernière fois que j'avais vu un insecte aussi gros, c'était l'été dernier, en Sicile : sous la lampe allumée, un grand capricorne étalait ses antennes de 8 cm de long. Avant il y avait eu en Guadeloupe, un ravet, un de ces grands cafards qui occupent les maisons et sortent dans le noir installé : une nuit aux Saintes, j'en avais senti un tomber sur moi alors que j'étais couché. Il faisait une chaleur étouffante et je le sentais avancer tranquillement dans l'obscurité sur ma peau. Je pouvais deviner à l'écartement de ses pattes qu'il s'agissait d'un gros spécimen : j'ai allumé la lampe et je l'ai chassé d'un revers de main : il mesurait bien 5 cm.
Pour en revenir aux lucanes, j'ai regardé sur le Web la nature de ces splendides hannetons géants. Celui que j'avais trouvé était un mâle, muni de deux énormes protubérances sur son crâne, ce qui fait aussi le nommer Cerf Volant, parce que la bestiole vole parait-il (la nuit surtout). C'est un insecte xylophage qui vit dans les troncs d'arbres morts. La larve reste plusieurs années avant de se métamorphoser en magnifique coléoptère (le plus grand d'Europe). Il n'est aucunement nuisible et à tendance à se faire rare, par conséquent il fait partie des espèces protégées.
Je suis retourné sur mon balcon pour récupérer l'égaré et le placer au pied des souches du peuplier décimé la semaine dernière (voir dans cette même rubrique), en espérant que ce biotype lui sera plus favorable que l'aridité de mon balcon. Fait étonnant : moi qui ne suis pas spécialement courageux, j'avais une furieuse envie de le prendre dans ma main pour l'emmener dans son nouvel habitat. Je l'ai un peu excité pour qu'il s'écarte du mur, le lucane s'est aussitôt dressé en position de défense, comme s'il allait m'attaquer avec ses cornes. J'ai approché ma main et il a grimpé dessus, comme s'il devinait que j'allais m'occuper de lui et qu'il n'avait rien à craindre. Nous sommes restés longtemps à nous comprendre, ainsi immobiles l'un et l'autre, moi l'examinant, et, à mon tour, regardé par le lucane.
(04/06/2020)


" Ivan Oroc remarqua un arbre mort. Il pensa bêtement que le virus avait eu raison de lui. (" C'est le moment que choisit l'arbre pour mourir tout à fait. Le haut peuplier est déjà dénudé de son faîte, perclus de moignons d'un bois lisse et blanc. Il faut l'abattre. " - Bestiaire domestique, Fayard, 2009, p. 108). Ivan Oroc choisit ce prétexte pour aller sonner à la porte. Après tout, il pouvait proposer ses services pour cette tâche de jardinage si on lui prêtait des outils. ".
Cela figure dans l'avant dernier chapitre (le 53) de Sur Ivan Oroc, le roman de confinement que j'ai scrupuleusement élaboré chaque jour du grand retrait. Cette scène contient elle-même un extrait de Bestiaire domestique, lui-même faisant référence à une anecdote réellement vécue en décembre 2004, (relatée notamment en Étonnements et en Webcam à la date du 22/12/2004). Écrire, finalement, est peut-être simplement cette mise en abyme, cet enchevêtrement de poupées russes qui mêlent fictions et réalités, vies et inventions.
La réalité, en fait, c'est que le grand peuplier est vraiment mort : il a commencé à dépérir l'été dernier après plusieurs mois de sécheresse (d'ailleurs il faudra s'attendre à d'autres dépérissements pour la troisième année d'aridité qui s'annonce). J'espérais qu'il renouvellerait son feuillage ce printemps, mais hélas, alors que, confiné, j'avais tout le loisir de regarder pousser ses feuilles nouvelles, il est resté glabre. Il fallait l'abattre sans tarder : les branches, vidées de sève, deviennent cassantes à la moindre saute de vent et l'arbre de douze mètres de haut est situé en bordure d'une route passagère. C'est quelqu'un que je connais depuis l'enfance qui s'en est occupé : devenu élagueur professionnel, c'était la personne idéale pour cette tâche (voir en Webcam). En une paire d'heures, il n'est resté du peuplier que quelques billots de belles tailles, le reste (une tonne de branches) a été embarqué à la déchetterie, le peuplier est un piètre bois de chauffage.
Le précédent abattage des arbres qui suit l'alignement de mon terrain date de seize ans, décembre 2004 (voir ci-dessus) et c'est moi qui m'en étais chargé tout seul : piètre bûcheron : il était tombé sur la balançoire…
Avant il y avait eu la tempête de 1999, un temps d'avant Feuilles de route, et je ne crois pas avoir relaté déjà cet épisode. Un grand peuplier de vingt mètres n'avait pas résisté à l'ouragan et était tombé en travers du carrefour, bloquant la circulation. Nous n'étions pas là en ces moments de Noël, seule ma belle-sœur était restée chez nous, habituée pourtant aux cyclones de sa Guadeloupe natale, elle avait eu peur devant la violence des vents. Lorsqu'on est revenu, la grande partie de l'arbre avait été emportée par les pompiers (il fallait rétablir la circulation). Ne restait que l'immense corolle des racines qui avaient soulevé la moitié du terrain et une partie du tronc écroulé dans la haie. Un nouveau peuplier l'a remplacé l'année suivante, il mesure au bout de vingt ans dix mètres de haut son tronc a un diamètre de trente centimètres. On peut comparer ses mesures avec celui nouvellement tronçonné dont la souche est deux fois plus large, cinquante ou soixante ans d'âge, probablement.
J'espère maintenant ne pas alimenter trop souvent cette rubrique avec mes histoires de peupliers, ou juste avec l'entretien classique de leurs étêtages, qu'il faudrait refaire, la dernière fois date de dix ans.
(28/05/2020)

 

C'est le journal local qui me l'a rappelé : cela fait dix ans que Jean Robinet a disparu. Figure régionale et littéraire, j'avais eu la chance et le bonheur de le connaître et j'avais consacré à ce grand homme le 20 mai 2010, sept jours après son décès, toute une mise à jour (note d'étonnements, note d'écriture, note de lecture et rubrique Webcam). A la fois agriculteur et écrivain, il avait l'habitude de dire " je suis un paysan qui écrit et non un écrivain qui laboure ". Comme beaucoup de ceux qui exercent deux activités en les plaçant sur le même pied d'égalité, le monde des Lettres lui a tenu rigueur de ne pas classer la littérature au premier rang et il n'aura jamais eu la place qu'il méritait, malgré son immense talent.
En revanche, sa campagne (cette France périphérique dit-on maintenant avec une condescendance sociologique) s'est reconnue dans cet écrivain qui était capable d'exprimer au mieux ses sentiments. Il a tenu une chronique hebdomadaire dans les éditions de l'Est Républicain et le Journal de la Haute-Marne durant plus d'un demi-siècle. Ainsi, c'était le premier article que je lisais chaque dimanche. On ne souligne pas assez l'importance de la presse locale, qui demeure ici très présente et propose un ensemble d'informations concrètes et vérifiées à usage des habitants du coin, alternative qui n'a jamais été aussi nécessaire à l'époque des réseaux sociaux et des fausses rumeurs.
Bref, je suis curieux de savoir quel regard Jean Robinet aurait donné sur la situation actuelle.
Dix ans déjà : je garde de Jean quelques images douces et sereines, sa maison dans son village, sa poigne de fer, les rencontres que nous lui faisions, sa gentillesse, son érudition et son intelligence toujours vive à 97 printemps.
Dix ans, donc, je venais de m'inscrire en thèse et il me restait sept ans à travailler chez les télécomiques, mon beau-père était encore de ce monde. Yvon Lallemand, autre écrivain, auteur de la très belle épitaphe pour son ami Jean " Terre, protège le bien, il t'a tant aimée " (voir Webcam du 21/05/2011) est parti neuf mois plus tard. Depuis la mort de Jean, j'ai publié six livres et le septième s'annonce, j'aurais " tant aimé " pour ma part les lui faire parvenir.
(21/05/2020)


Ainsi les premières journées, pour faire suite aux " dernières " évoquées dans cette même rubrique lors de la précédente mise à jour. En la relisant, je suis stupéfait : inconsciemment (je ne dois pas être le seul), j'ai borné l'épidémie pendant les deux mois qu'aura duré notre quarantaine. Or, je m'aperçois que je signalais déjà l'infection qui commençait à se répandre. J'ai simplement oublié qu'il y avait un " avant " et que toute la marche martiale du confinement (" nous sommes en guerre ") n'était pas venue sans raison.
Lors de la reprise, tout content d'avoir retrouvé une partie des libertés, j'ai ainsi oublié tout ce qui s'est joué " pendant " : il fut facile de demander à ce que le quidam " s'autorise à sortir " (à rester plutôt) ; il fut facile de détourner l'attention sur les mauvais citoyens qui bravent les interdits ; il fut facile d'applaudir les soignants à vingt heures, d'être aimable avec les éboueurs, les caissières, puisque rapidement nous les ignorerons de nouveau.
Bref, dès le surlendemain des municipales, là où j'avais vu un assesseur se mouiller le doigt avec sa salive pour tourner les pages du registre en saisissant chaque carte d'électeur qu'on lui tendait, le mardi 17 mars donc, nous fûmes astreints à la barrière des gestes, à tousser dans son coude pour ensuite généreusement le partager avec d'autres dans des simagrées destinées à éviter de se toucher les mains.
Dans ma dernière rubrique, la veille du confinement, j'avais évoqué les premiers touchés, relations ou voisins, les patients renvoyés chez eux, lâchés dans la nature avec leur proches, parce qu'on minimisait encore l'épidémie : c'était début mars. Quinze jours plus tard, la préfecture de mon département révéla 3 décès ; aujourd'hui il y en a 137, deux fois plus que la moyenne nationale ; à titre de comparaison, le Lot, département similaire en nombre d'habitants recense 27 décès, cinq fois moins : bienfait réel du confinement.
Ainsi, des connaissances ont disparu, les doigts des deux mains ne me suffisent plus depuis longtemps pour recenser les proches (et moi-même) qui ont été touchés, qui s'en sont heureusement remis pour la plupart. Très peu ont été testés : jusqu'à fin mars, il fallait accomplir au minimum 30 km pour être détecté dans le labo le plus proche et justifier d'une qualité de professionnel de santé. Ainsi les statistiques des cas avérés sont largement minimisées et la réalité est plus pesante, notamment dans ma ville où j'ai vraiment l'impression d'avoir parfois vécu l'horreur avec une succession de mauvaises nouvelles.
Mais assez joué le rabat-joie : finalement le confinement s'est passé d'une manière excellente avec une extension familiale venue se réfugier ici, et que nous avons réussi à préserver du virus environnant : air de vacances avant l'heure surtout aux beaux jours dans le jardin. Et maintenant, voici les premières journées de " l'après ": désormais le monde respire, on peut bouger. Le monde imite aussi Georges Perec, qui écrivait " j'avance masqué ". Le monde finalement n'a pas changé, toujours aussi prompt à oublier, à se dire que finalement cette période où on a pu se mettre au vert, n'était pas si pénible. Pour un peu on recommencerait, sans le virus bien sûr.
(13/05/2020)

 

Dernières journées : il faut bien les appeler ainsi dans " l'avant " normal qui précède l'inconnu. L'avant normal donc, le jeudi à Carignan avec l'ami Delatour et le premier contact avec le groupe sympathique " les potes au feu ". Ensuite, le vendredi à Charleville Mézières avec la classe de seconde du lycée Chanzy et les derniers préparatifs avant la lecture organisée le 20 mars. Puis les deux jours à Paris (lundi et mardi), l'appartement retrouvé, les transports en commun, la rencontre prévue au Select avant midi, puis la séance si plaisante du photographe ensuite, enfin la gare de l'Est et la joie d'un dernier rendez-vous avant de repartir. A peine l'inquiétude, bien sûr on fait attention : mes gants de cuir pour agripper l'inox du Métro. Le lendemain (mercredi), encore un " avant " normal, exaltant même : voilà la dernière séance de l'atelier Relais 52, la répétition de la restitution prévue dans les salons d'honneur de la sous-préfecture et eux, les jeunes migrants, si appliqués et enthousiastes. Le jour suivant (jeudi) est plus immobile : il s'agit de préparer la matinée de formation aux ateliers d'écriture que j'animerai le lendemain. Le soir Macron annonce les premières mesures. On se souvient alors, l'inquiétude rangée au fond des heures bien remplies, mais qui n'a fait que s'accroître : quelques cas préoccupants dans ma ville. Le vendredi donc, la formation et les consignes suivies, pas de poignées de mains, d'embrassades, mais une salle trop petite pour la dizaine de participants. Belle séance cependant. Au repas, on parle des mesures prises. Bien sûr, les premières annulations déjà s'empilent : lycées fermés, la restitution à la sous-préfecture, le concours " dis-moi dix mots ".
Alors la dégringolade commence, l'énergie accumulée les jours précédents se transforme en colère, en fatalité, en raison, en inconnu, avec l'inquiétude qui ne fait que grandir : on sait maintenant que personne ou presque n'est testé, que l'ARS a plusieurs jours de retard sur les statistiques, que la situation évolue très, très vite : on découvre pour de vrai des connaissances, des voisins touchés, un jeune sportif en détresse respiratoire. On comprend que la situation dépasse tout le monde : 50 masques seulement par médecin, le 15 dans l'impossibilité de comptabiliser, les patients renvoyés chez eux, lâchés dans la nature avec leur proches. Tout ça se passe chez moi.
Reste ainsi cette dernière soirée. Au dernier moment, on a invité des amis à dîner samedi soir. Pendant le repas, le gouvernement nous apprend le stade 3, la fermeture des commerces et des bars. La fin de la soirée prend ainsi des allures d'ultime rencontre, sensation d'une mobilisation générale, tristesse comme si on partait à la guerre.
(16/03/2020)


J'ai ramassé la mangeoire qu'un coup de vent avait fait tomber du balcon. Quelques coups de marteau pour assembler les planchettes et la voilà juchée à nouveau sur le rebord, à l'endroit habituel. Dans les arbres voisins, les oiseaux me regardent et attendent. Cela fait deux ou trois ans que j'ai pris l'habitude de leur proposer des graines chaque matin (cinq kilos cette année). Eux aussi ont pris l'habitude chaque matin de me regarder faire, perchés sur les branches de l'arbre de Judée ou du bouquet de hêtres. Ils sont de plus en plus nombreux à attendre cette pitance facile. Pour autant, lorsque le temps est doux ou pluvieux, ils la délaissent pour accomplir leur métier d'oiseau, picorer la terre, l'écorce, la mousse et débusquer insectes, vers et parasites. En revanche lorsqu'il gèle très fort ou que la neige recouvre le sol (aucun des deux ne s'est produit cette année), la mangeoire est apréciée. On m'avait dit : tu verras, tu seras toujours obligé de les nourrir ; sous entendu : ils vont devenir dépendants de toi, ne plus savoir s'alimenter par eux-même. Réaction un peu rapide et fausse, qui prête à la vie sauvage nos sentiments humains. Il suffit de voir aller et venir " mes " oiseaux sur tous les toits du voisinage pour se rendre compte que leur zone de subsistance ne m'est pas réservée. Pour autant, chaque matin, ils répondent présents.
Il y a d'abord ce couple de tourterelles, reine et roi incontestables de mon jardin, perchés tour à tour sur les fils électriques, les branches hautes et les toits. Depuis quelques jours, une pie vient parfois sur leur territoire. Les tourterelles restent à proximité, un peu inquiètes, mais pas aussi vindicatives que lorsqu'un corbeau bruyant s'avise d'occuper l'espace, chassé dans l'instant même. Je suis heureux du retour des pies, qui sont aussi de bonnes gardiennes, n'hésitant pas à s'attaquer aux chats du voisinage un peu trop curieux (à propos d'animaux terrestres, un lapin de garenne a traversé la rue ce dimanche matin alors que j'achetais mon pain à la camionnette de la boulangère). Et puis, tourterelles et pies vivent en bonne harmonie avec les autres oiseaux qui se rassemblent un peu plus bas, dans les haies, les buissons ou au cœur des lauriers, du cyprès ou du lilas. Ce sont des merles qui ne tarderont pas à monter d'un étage pour faire entendre leurs trilles d'été sur les faîtières, des mésanges charbonnières ou nonnettes, des bleues ou des noires, toujours vives et gaies, des moineaux sans gêne qui se disputent par demi-douzaine la mangeoire. D'autres passereaux sont plus épisodiques, on aperçoit par hasard le vol d'un pinson, le jabot d'un rouge-gorge, un chardonneret au visage de clown, une sitelle qui grimpe sur un tronc comme un lézard, l'éclat olivâtre d'un verdier, quelques étourneaux qui ne restent jamais, parfois une grive. J'ai même cru reconnaître un bruant jaune, l'automne dernier.
Mais il y a quelques jours, c'est un pic épeiche qui est venu nous rendre visite : par chance j'avais mon appareil photo à proximité.
(02/03/2020)



J'ai loupé la mise à jour du 02/02/2020, ce qui aurait été une véritable date palindromique. Pour rappel, un palindrome est un mot qui se lit indifféremment dans un sens ou dans un autre, comme les prénoms, Bob ou Anna, les noms Kayak ou sexes, l'expression " mon nom ", les facéties de Georges Perec : " ce repère Perec ", disait-il. Allez, j'invente moi-aussi un palindrome : " Léo n'a été nu ici un été à Noël".
Bref, je me rattrape un peu ce jour avec le 20/02/2020. Il faut dire que depuis l'année 2012, le jeu est plus délicat. Je n'avais pas loupé cette dernière date facile du 12/12/12 (voir en étonnements et en Webcam), j'avais même précisé que ce 12/12/12 à 12h12, je me trouvais dans un train qui m'emmenait dans une rencontre Annecy, dernière petite notoriété due à ma nomination au Goncourt trois mois plus tôt. L'année précédente, Anne Savelli n'avait pas non plus loupé la date du 11/11/11, puisque c'est celle qu'elle avait choisie pour la mise en ligne chez Publie.net de notre livre commun Autour de Franck, poussant la perfection à ce que l'heure précise soit 11h11. Mais depuis, force est de constater que je n'avais rien remarqué de notable, sauf une brève allusion en rubrique Actualités du 13/02/2013, même si la date " combinatoire et réversible " que je soulignais est tout de même imparfaite et bancale comme celle d'aujourd'hui. Je me suis doublement rattrapé ce jour, d'abord avec cette rubrique, puis en acceptant un rendez-vous malicieusement prévu le 3/3 à 3h et qui devrait durer 33 minutes…
(20/02/2020)

 

Pour parvenir jusqu'au nouvel endroit, il faut traverser la ville, dépasser le rond point, laisser à droite le supermarché, enjamber l'auto-pont avec la station d'épuration dessous et au loin les pistes d'atterrissage. En bas du pont, la vue s'évase sur des prés et des terres cultivables, avant de rejoindre plus loin un autre rond-point et que la ville reprenne, ou plutôt ses périphéries, faubourgs et villages mitoyens. Au milieu de la ligne droite, il faut tourner à gauche, s'engager sur le chemin en coupant la voie d'en face. Il faut être prudent : dans cette zone où l'habitat est moins dense, les voitures accélèrent toujours, leurs propriétaires sont distraits, mènent des vies pressées, rejoignent une grande surface ou leur domicile.
Le chemin est goudronné mais étroit. Si un véhicule survient (généralement une camionnette anonyme ou un fourgon blanc), il faut grimper sur l'herbe pour le laisser passer. Au passage, on te dévisagera, on se demandera ce que tu viens faire par ici. La route tourne ensuite à angle droit, sans raison, au milieu des champs. Sur ta gauche, un peu plus loin, tu aperçois quelques maisons basses et modestes. Il faut continuer à éviter les trous de la route, zigzaguer face aux flaques et passer devant les grillages qui délimitent les premières maisons et leurs hangars de parpaings aux toits en fibrociment. Il faut s'arrêter à la dernière adresse, placer les roues dans les ornières du bas-côté, faire attention à la boue en descendant de voiture. La grille est fermée mais on peut manœuvrer facilement la tige de fer qui fait office de fermoir. On te verra peut-être entrer dans la cour, mais on ne dira rien, on se doutera que tu viens à la salle. Il faut ensuite prendre le portillon de droite qui mène à un champ, ou plutôt à un reste de potager qui n'aurait pas été entretenu depuis longtemps (ne pas salir tes chaussures en traversant l'herbe). Tu passes maintenant à côté d'une épave d'auto de couleur framboise avec des mains appliquées dessus à la peinture blanche comme le faisaient les premiers hommes sur les parois des cavernes pour célébrer une magie obscure et des dieux inconnus. Maintenant tu peux rejoindre l'étendue de graviers qui longe le bâtiment. La salle est à l'étage, sous le toit. On y accède après avoir contourné la remise et emprunté l'escalier aux marches de fer qui grimpe raide.
Mais la porte est fermée à clé, il te faudra attendre les participants et l'éducateur qui emmène le trousseau. En patientant, si le temps est clair et si tu arrives en avance, profite de l'endroit. Regarde : c'est beau, il n'y a rien qui accroche le regard. Au loin, seules quelques vieilles fermes rendues aux broussailles, des vestiges de voitures ou d'engins agricoles, des meubles déglingués, comme si la ville avait recraché sur ses bords ce qui est devenu usé, inutile, passé de mode, toutes nos traces humaines en quelque sorte. Il est possible, probable même, qu'un avion de chasse décolle au-dessus de ta tête avec un bruit d'enfer : la base aérienne est tout près, ça ajoute à l'ambiance, ça accroche un trait d'union entre la terre qui s'agglutine en mottes épaisses dans les champs et le ciel aggloméré de nuages denses en hiver.
Un mercredi de forte gelée, il faisait bon attendre sous le soleil, assis sur une table en carrelage échouée au milieu du rien. Le givre traçait des étoiles sur les carreaux de faïence, l'herbe était blanche et luisait.
Lorsqu'ils arrivent, on se place au milieu des graviers, on les regarde s'approcher, ouvrir la grille, entrer dans la cour, passer le portillon du vieux potager, jeter un bref regard à la carcasse de voiture, te rejoindre. On se salue, puis on grimpe l'escalier de fer. La salle est grande, meublée de tables et de chaises récentes, il y a un tableau Velleda sur un mur. On allume les radiateurs, on dispose les tables sur le pourtour, les chaises au milieu : on va pouvoir commencer. On s'assoit en cercle. Je regarde leurs mains posées sur leurs genoux, je pense à celles peintes en blanc sur l'épave framboise juste en bas de la salle. Quelle magie allons-nous inventer aujourd'hui ?
(05/02/2020)

 

Longtemps que je n'étais pas venu à Paris. La dernière fois, il me semble c'était pour l'AG de l'AirNu, le 26 septembre dernier. De même, si l'appartement que je possède en banlieue est très régulièrement occupé, moi-même je n'y étais pas retourné je crois depuis novembre. Grand plaisir ainsi à retourner là-bas. Lorsque je suis dans la petite cuisine, je ne peux m'empêcher de penser à Paul Léautaud : la maison qu'il a occupée est un peu à gauche ma fenêtre, à moins un kilomètre à vol d'oiseau. Evidemment les bâtiments m'empêchent de l'apercevoir mais la colline qui grimpe les contreforts de Fontenay me donne l'impression de la toucher presque. Et à chaque fois, grande envie d'aller lui rendre visite.
Cette fois-ci je me décide et j'embarque l'appareil photo (voir en Webcam). Je retrouve facilement la petite rue Guérard, en pente, au milieu de laquelle il faut obliquer à gauche en direction d'une résidence cossue. Juste à l'entrée du chemin, une stèle posée par la municipalité rappelle que l'écrivain a vécu ici au N° 24. De fait, il suffit de tourner la tête à droite pour voir une de ces maisons du XIXème siècle, petite mais assez harmonieuse, qui tente de boucher un peu la vue à l'opulente résidence derrière elle. Je connais déjà la maison, j'y suis déjà venu. Cette fois, je suis surpris de l'aspect pimpant de la demeure dont la façade à visiblement été repeinte assez récemment. Un véhicule est garé devant, elle est donc occupée. Comme les autres fois, je contourne la maison pour apercevoir à gauche tout un bric-à-brac de jouets d'enfants délaissés sur la pelouse. Lorsqu'on contourne la maison dans l'autre sens, au-delà de la haie d'arbres, on peut apercevoir la façade arrière Rien ne semble avoir bougé depuis ma précédente visite. Comme la porte d'entrée est entrouverte, je me décide à pénétrer, histoire de demander au propriétaire de regarder plus précisément. Mais de suite je me heure à une entrée minuscule, encombrée de poussettes ou sont accrochées six boites aux lettres. Etant donné la modestie de la demeure (Paul Léautaud y vivait seul), je me demande comment on a fait pour aménager six appartements dans un espace aussi réduit. J'en profite pour photographier l'antique rampe d'escalier qui mène à l'étage et à d'autres logements, en imaginant la main du fameux Léautaud appuyée dessus avec les marches de bois qui grinçaient sous lui tandis qu'il appelait probablement l'un des nombreux chats ou chiens qui partageaient sa maison.
En réalité, à part la présence de la plaque, peu de choses rappellent Léautaud à Fontenay. La médiathèque n'avait aucun de ses livres au moment où j'y suis passé (mais un des miens !). Il y a tout de même une rue à son nom mais l'établissement scolaire juste en bas de chez lui se nomme collège des Ormeaux : de quoi demeurer fermé comme une huître à la réputation un peu sulfureuse du fameux diariste.
(28/01/2020)

 

François : dans la petite église, quelqu'un dit qu'il n'a jamais quitté son village, sauf pour ses trois ans de service militaire (Algérie oblige). Quelqu'un ajoute qu'il a été trente cinq ans conseiller municipal, chargé du comité des fêtes, porte drapeau aux cérémonies du monument aux morts. Quelqu'un précise encore qu'il a travaillé jusqu'à sa retraite dans la même usine située à une dizaine de kilomètres de là. Quelqu'un indique qu'il a été bon mari, bon père, excellent grand-père. Un autre affirme qu'il aimait aller à la pêche, aux champignons. On lit un mot poignant écrit par sa fille aînée, alors qu'elle cherchait en vain le sommeil dans la nuit qui suivit sa mort. Une belle-fille, qui s'est mariée récemment, lit aussi un billet, puis un des anciens combattants également. Il y a une chorale, des chants. L'église est minuscule, les portes sont ouvertes et la foule serrée reçoit dans son dos le vent frais de l'hiver. On invite les participants à bénir le corps. La file bouge lentement, chacun est encore engourdi par le froid. On sort par les côtés de l'église. François passe par la porte principale avec la haie des drapeaux, son cercueil porté par ses petits enfants.
On se retrouve, famille, amis, connaissances. Sur la place qui jouxte aussi la mairie, on a dressé un barnum pour un verre et un gâteau avant de se séparer à nouveau. On y échange des nouvelles. Il y a des rires aussi, c'est une famille joyeuse.
La dernière fois que nous nous sommes retrouvés c'était pour le mariage tardif du fils aîné de François, quelques mois auparavant. Et la belle-fille qui a dit un mot à l'église, avait aussi enterré sa mère deux jours avant son mariage. C'était néanmoins très gai et j'en avais fait une note d'étonnement le 03/09/2019. J'avais revu avec plaisir François à cette occasion : j'avais discuté avec lui sur le parvis de la mairie, là où nous sommes maintenant.
Je ne sais pas si je peux rajouter grand chose à ce billet : savoir que, comme beaucoup, j'ai des souvenirs de cueillettes de champignons ou d'asperges des bois avec François, d'activités bucoliques, de barbecues, de grillades. Ce sont des choses indicibles, comme l'affection que je porte à cette partie de famille. Quelqu'un a dit qu'il n'avait jamais quitté son village, François. Tous ses cinq enfants, par le plus grand des bonheurs, vivent aussi dans cette immédiate proximité et à l'heure où l'aménagement du territoire (ou plutôt son absence) est édictée depuis la capitale, c'est une vraie chance, c'est ce qu'aurait dit François..
(22/01/2020)

 

Carlos Ghosn et Pierre Lefaucheux : l'un possède trois nationalités, l'autre fût compagnon de la libération. L'un, paraît-il, a gardé en réserve plusieurs modèle de la Renault Vel Satis qu'il affectionne, l'autre conduisait une Renault Frégate. L'un est au Liban après une fuite rocambolesque, l'autre est mort dans ma ville d'un accident de la route dans sa Frégate après plusieurs tonneaux un jour de verglas. Les deux ont comme point commun d'avoir été PDG de Renault.
Je pensais à Carlos Ghosn et à l'indécence d'une fuite que seul les puissants peuvent organiser, lorsque je suis passé devant la stèle qui marque l'emplacement de l'accident de son prédécesseur (stèle si peu voyante qu'il faut vraiment connaître l'histoire pour s'en rappeler). Pas loin du monument, les gilets jaunes venaient en effet d'installer un baraquement où, à peine à l'écart du rond point qu'ils occupaient un an auparavant, ils tentent de retrouver la camaraderie qui les avait unis, faute d'actions concrètes. J'imagine que peut-être l'un d'entre eux a été voir ce qu'il y avait d'inscrit sur la stèle voisine, est resté en chasuble jaune bien campé sur ses jambes devant la mention du PDG mort dont le corps désarticulé avait été retrouvé là.
Et pourquoi j'évoque cette anecdote ? Probablement parce que l'actualité, les évènements, les faits divers se succèdent à un rythme effréné et finissent toujours par s'effacer. Lefaucheux fauché ici en 1955 : qui s'en souvient chez Renault ? Et Ghosn ? Combien mettra-t-il de temps avant qu'il ne tombe à son tour dans l'oubli ? J'espère en revanche que l'indécente retraite de 800 000 euros qu'il compte réclamer en justice, soit 50 fois celle d'un ouvrier de l'automobile tombera en revanche dans les oubliettes : quel travail organisé par un aréopage de directeurs peut justifier cela ? Sale temps en effet pour les PDG, notamment ceux qui fuient devant les responsabilités : au bout de dix ans le PDG d'Orange, à l'époque encore France Telecom, Didier Lombard ainsi que deux autres adjoints ont fini par être condamnés récemment à de la prison ferme. Ouf, on n'y croyait plus.
Le gilet jaune, à présent, est rentré dans sa cabane : il fait froid, camarades, trinquons, dit-il en levant son verre au destin et à l'espoir.
(13/01/2020)

 

Bilan des courses 2019, courses à pied bien sûr et pas celles en supermarchés ou magasins : 815 km de footing, 400 de vélo et 330 de marche, au total 1475 km. C'est bien moins que l'année passée, presque deux fois moins, et la distance Paris-Moscou que je me vantais avoir effectuée avec mes petits muscles (note d'étonnements du 07/01/2019), s'est réduite à un Paris-Rome. Mais l'entraînement dévolu au premier marathon (et probablement le seul que je ferai) que j'avais couru l'année précédente, n'a pas été renouvelé. Ceci dit, j'ai tout de même couru une moyenne de plus de 15 km par semaine. La seule compétition à laquelle je me suis inscrit a été la 100ème édition de Sedan-Charleville, 24 km parcourus à un train de sénateur mais toute de même accomplis. Ajouter à cela une légère blessure à la cheville et un retour prudent aux petites foulées, des balades à Cabourg et en Équateur à 5000 m. La déception aura été le peu d'assiduité en vélo et moi qui espérait rallier Sarajevo en 2020, c'est râpé par manque d'entraînement. L'innovation aura été tout de même l'acquisition d'un tapis de course pour Noël qui m'a déjà permis d'accomplir 70km et de garder souffle et jambes pour des sorties sur le terrain. Lorsque la passion qui me faisait sortir par tous les temps s'émousse, le tapis de course est un excellent refuge lorsqu'il pleut ou qu'il gèle dehors : plus d'excuses ! Résolutions pour 2020 : 20 Km de Bruxelles… à suivre…
(06/01/2019)